Les travaux de Mamadou Lamine Fall portent concrètement sur le Tomato Brown Rugose Fruit Virus (ToBRFV), un virus émergent à fort impact économique sur les cultures de tomates. Photos ; Archives TCN
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S'abonner maintenantTechnologie visant à recréer de façon synthétique un mécanisme de défense naturelle des plantes, l’ARNi (acide ribonucléique d’interférence) se veut une approche prometteuse pour développer des stratégies de phytoprotection plus ciblées et durables dans le futur.
Chercheur en épidémiologie des maladies virales au Centre de recherche et développement d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC), à Saint-Jean-sur-Richelieu, Mamadou Lamine Fall fait partie d’une équipe qui travaille sur ce concept porteur, mais qui comporte encore de nombreux défis avant d’en arriver à des applications sur le terrain.
« Dans la nature, quand un virus infecte une plante, il va produire un ARN double brin, une forme qui est jugée aberrante par les cellules de la plante. Quand elles détectent sa présence, elles enclenchent un mécanisme de défense visant à le repérer et le détruire. Avec le temps cependant, les virus ont aussi évolué pour bloquer la réaction de la plante afin qu’elle n’arrive plus à le percevoir », vulgarise le professeur associé à l’Université de Sherbrooke et l’Université de Dalhousie.
La technologie de l’ARNi consiste donc à identifier un virus spécifique à une plante, à reproduire une partie de son génome et à le transmettre à la plante pour lui fournir ainsi les outils pour se défendre. « Dès que le vrai virus va rentrer, la plante sera déjà préparée à répondre et le virus n’aura pas le temps de bloquer son système de défense », poursuit Mamadou Lamine Fall dont les travaux portent concrètement sur le Tomato Brown Rugose Fruit Virus (ToBRFV), un virus émergent à fort impact économique sur les cultures de tomates.
L’un des défis des chercheurs est maintenant de trouver le vecteur optimal pour lui transmettre une partie du virus.
Contrairement au virus humain qui se transmet par l’air ou les contacts, une plante a besoin d’un vecteur, que ce soit un insecte, un nématode ou un champignon pour accéder à l’intérieur des cellules de la plante.
Pour l’instant, ce sont les nanodots de carbone (CDs), des molécules permettant d’encapsuler les molécules d’ARNi, qui présentent le plus grand potentiel selon le chercheur en épidémiologie. « C’est une chose d’entrer dans la plante, mais c’en est une autre de les faire circuler de façon systématique pour que toutes les cellules de la plante puissent être sensibilisées », ajoute Mamadou Lamine Fall.
D’autres enjeux devront être résolus comme le moment et les intervalles d’application. « C’est le même principe que le vaccin pour la COVID-19. Souvenez-vous que les scientifiques se demandaient à quel moment on devait donner la deuxième application. Chez les plantes, c’est la même chose, il faut trouver la bonne fenêtre. C’est en quelque sorte la même règle que les pesticides qui doivent être appliqués à des moments précis. »
Présentement, un seul bio-insecticide à base d’ARN, approuvé par l’agence américaine EPA (Environmental Protection Agency), est sur le marché. Commercialisé depuis 2024, le Calentha est utilisé pour la lutte contre le doryphore de la pomme de terre. « Pour l’instant, ça donne des résultats qui vont au-delà même de ce qu’on pensait que ça allait être », conclut avec enthousiasme le chercheur à AAC.