Pommes de terre 20 mars 2026

Des pommes de terre déclassées transformées en vodka artisanale

Grâce à un récent changement dans la réglementation, la Distillerie Aurel peut effectuer sa fabrication d’alcool, distillée à partir des pommes de terre cultivées sur sa ferme, sous un permis de production artisanale. Ce type de permis lui confère entre autres l’avantage de pouvoir vendre ses produits à la propriété, sans devoir payer de majoration à la Société des alcools du Québec (SAQ).

Serge Vachon, copropriétaire de la Ferme Pierre Vachon avec son frère Marc Vachon, a fondé la Distillerie Aurel en 2025 avec Mélanie Gaudreault, son ex-conjointe. 

Ils sont les premiers à s’être prévalus du permis de fabrication d’alcool artisanal pour distiller de la pomme de terre, ce que leur permettait un changement dans la réglementation survenu en 2023.

Auparavant, le permis de fabrication d’alcool artisanal était réservé aux producteurs agricoles distillant leurs propres fruits, miel ou sirop d’érable. Le changement dans la législation a introduit le droit de distiller des pommes de terre, du lactosérum et du grain, des matières premières nécessitant autrefois l’obtention d’un permis industriel.

On a commencé avec un permis industriel, mais ça nous obligeait à passer par la SAQ pour la vente de nos produits et ce n’était pas lucratif. Alors, quand la loi a changé, on a tout de suite passé au permis artisanal. On peut ainsi vendre nos produits sur place, sans devoir payer de majoration à la SAQ.

Mélanie Gaudreault

La famille Vachon cultive des pommes de terre depuis quatre générations sur sa terre de Saint-Ambroise, au Saguenay–Lac-Saint-Jean. La ferme étant située en zone de culture protégée (ZCP), se débarrasser de leurs pommes de terre déclassées conformément à la Loi sur la protection sanitaire des cultures engendrait des coûts importants, explique Mélanie Gaudreault. « On ne peut pas disposer de nos pommes de terre déclassées n’importe comment, pour ne pas répandre des maladies. Comme ça coûtait très cher pour s’en débarrasser, on a cherché une façon de les valoriser. C’est là que l’idée de les distiller pour en faire de la vodka nous est venue. »

La Ferme Pierre Vachon a transformé une bâtisse pour y accueillir un alambic importé de Pologne, spécialement conçu pour la distillation de la pomme de terre, pour un investissement total d’environ 250 000 $.

L’alcool de pomme de terre étant encore nouveau au Québec, le maître distillateur qui les a conseillés a dû apprendre en même temps qu’eux, raconte Mélanie Gaudreault.

Beaucoup de tests

« On a fait beaucoup de tests. On s’est demandé, entre autres, si la sorte de pommes de terre pouvait avoir un impact sur le goût. D’une patate rouge à une patate jaune, est-ce que le goût allait être différent? On en a testé une douzaine, puis on a décidé que non, parce que le but, avec la vodka, c’est d’en arriver à ce qu’elle ne goûte rien. » Les distillateurs ont découvert que certaines variétés de pommes de terre produisent plus d’alcool, selon la quantité d’eau qu’elles contiennent. 

De même, plus la pomme de terre est riche en amidon, plus elle produira d’alcool, puisque c’est l’amidon qui se transforme en sucre et permet la fermentation alcoolique. « Donc, les pommes de terre de fin de saison, qui ont utilisé leur amidon pour germer, produisent moins d’alcool », illustre Mélanie Gaudreault.

On pourrait penser que l’alcool de pommes de terre coûte moins cher à produire que l’alcool de grains. Pourtant, il n’en est rien. « En effet, la pomme de terre donne beaucoup moins d’alcool que le grain, alors il en faut davantage. Aussi, le goût est imprégné dans l’alcool. Il faut donc faire jusqu’à six distillations et ensuite filtrer au charbon plusieurs fois pour éliminer le goût. C’est vraiment plus de travail », explique Mélanie Gaudreault.

Depuis la fin des récoltes et jusqu’au printemps, la distillation roule en continu à la Distillerie Aurel. Des caméras surveillent l’alambic, ce qui permet aux producteurs de s’adonner à d’autres tâches, tout en gardant un œil sur le processus.

« Actuellement, notre objectif est de valoriser nos surplus. Pour être vraiment rentables, on calcule qu’il faudrait produire 50 000 bouteilles par an, mais pour ça, il nous faudrait un deuxième alambic », dit la propriétaire.

D’autres produits pourraient voir le jour à la Distillerie Aurel. Le permis artisanal leur permet uniquement de distiller les pommes de terre qu’ils cultivent comme matière première. Toutefois, des aromates pourraient être ajoutés à leur alcool, ce qui permettrait de créer du gin, par exemple. « Pour l’instant, on se concentre sur la vodka, mais on aimerait bien un jour faire des prêts-à-boire, avec notre vodka comme base », annonce ­Mélanie Gaudreault.