Michelle Boivin, chargée de projet en recherche et innovation chez Agrinova, travaille depuis quelques mois à un projet de recherche afin de transformer les résidus de pommes de terre en emballages en fibres moulées. Photo : François Gervais
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S'abonner maintenantDans le but de valoriser les pertes considérables de pommes de terre lors des phases de stockage et de transformation, Agrinova a lancé un projet de recherche afin de transformer ces résidus en emballages en fibres moulées.
Dépendamment du marché dans lequel évoluent les intervenants (table, prépelage ou croustille), les pertes des pommes de terre varieraient de 10 % à 30 %. « Dans les entrepôts, il y a des pertes reliées à la germination hâtive, aux maladies ou tout simplement à un déclassement, tandis que chez les transformateurs qui font du prépelage pour faire des frites ou des chips, on se ramasse avec des quantités astronomiques de pelures », explique Michelle Boivin, chargée de projet en recherche et innovation chez Agrinova.
Si un producteur comme Patates Dolbec utilise ces résidus pour produire de l’alcool, d’autres s’en servent dans l’alimentation du bétail ou les dirigent vers un biométhanisateur dans la mesure de l’accessibilité de l’équipement. La grande majorité des résidus sera cependant tout simplement enfouie sous terre.
En collaboration avec le centre de recherche Innofibre à Trois-Rivières, Agrinova a réussi à produire six types de contenants, allant de la simple assiette à la barquette. « On a réussi à obtenir de beaux prototypes. Présentement, on pousse nos recherches plus loin pour savoir si dans la composition du mélange, on pourrait utiliser moins d’eau », poursuit Michelle Boivin.
Dans le procédé, l’amidon est tout d’abord extrait des résidus de pommes de terre afin de servir d’agent liant naturel. Par la suite, dans une proportion de 2 %, ce liant est mélangé avec des résidus de pommes de terre et de la pâte, soit de la pâte de bois tendre TMP (thermomécanique), de la pâte Kraft ou de la pâte à base de blé.
Nos meilleurs résultats ont été obtenus avec la pâte TMP. Et dépendamment du type de contenant, on utilisera moins ou davantage de résidus de patates, par exemple 10 % de pelure pour produire une assiette moulée et 25 % de tubercules pour fabriquer une barquette.
Agrinova et Innofibre ont également étudié la possibilité de valoriser les eaux blanches produites durant le processus de fabrication comme amendement pour les sols. « Malheureusement, c’est un procédé qui se fait à haute température et à la fin, il n’y a pas suffisamment de NPK [azote, phosphore et potassium] pour que ce soit intéressant à utiliser comme engrais », souligne Michelle Boivin.
La prochaine étape du projet consistera à mettre en place une chaîne de valeur afin de mettre en relation les producteurs de patates et les fabricants de contenants. Les Producteurs de pommes de terre du Québec (PPTQ) ont procédé à un sondage auprès de leurs membres afin de dresser une carte des résidus dans la province, tandis qu’Agrinova prévoit sonder à son tour l’industrie papetière afin de valider son intérêt vis-à-vis de ces résidus.
Le centre de recherche a soumis dernièrement une demande de financement afin de compléter son projet d’économie circulaire. « Dans la prochaine année, on veut organiser un atelier afin de mettre en contact les producteurs de pommes de terre, qui sont générateurs de ces résidus, et les fabricants de contenants qui pourraient obtenir une plus-value pour leurs produits », conclut la chercheuse.