Pommes de terre 20 mars 2026

Un marché mondial saturé

L’absence de pluie dans les provinces de l’Est a provoqué une baisse de 1,8 % des récoltes canadiennes en 2025. Les producteurs canadiens ont récolté environ 125 835 000 quintaux de pommes de terre au cours de l’année dernière. Il s’agit de la plus faible récolte des trois dernières années puisqu’ils en avaient produit 128 173 000 quintaux en 2024 et 126 593 000 en 2023.

Cette baisse est principalement attribuable à la grande sécheresse subie par l’Île-du-Prince-Édouard, qui a causé une diminution de 15,9 % des récoltes dans cette province par rapport à 2024. Seulement 10 % des terres sont irriguées sur cette île, souligne Victoria Stamper, directrice générale des Producteurs unis de pommes de terre du Canada. Le Nouveau-Brunswick (-4,7 %) et la Nouvelle-Écosse (-4,9 %) ont aussi été affectés.

Victoria Stamper
Victoria Stamper

Dans l’ensemble, l’Ontario (1,3 %) et le Québec (0,1 %) s’en sont mieux tirés, malgré les temps chauds et secs qui ont prévalu à partir de la mi-juillet. Les rendements ont cependant varié de façon considérable d’un endroit à l’autre, note Mme Stamper : « Même au sein d’une même entreprise agricole, il était possible d’observer de très bons champs à côté de parcelles beaucoup moins productives. » 

Cette dernière souligne que les récoltes dans les provinces de l’Ouest, principalement en Alberta (+13,1 %), se sont avérées excellentes en dépit d’un temps aussi sec. Le recours généralisé à l’irrigation dans ces régions explique ces rendements supérieurs.

Plusieurs producteurs québécois, notamment en Gaspésie, envisagent d’ailleurs d’investir massivement dans des systèmes d’irrigation, affirme à ce sujet Jennifer Gagné, directrice générale par intérim des Producteurs de pommes de terre du Québec (PPTQ).

Baisse de la demande 

Aux États-Unis, la production a connu une baisse de 2,16 % avec des récoltes de 412 062 000 quintaux. Comme au Canada, la demande américaine s’est affaiblie en raison de nombreux facteurs. 

« Par exemple, la popularité de médicaments amaigrissants comme Ozempic a un impact sur le marché, car les consommateurs réduisent leurs achats à l’épicerie ou les sorties au restaurant », dit Victoria Stamper, citant une étude de l’Université Dalhousie.

La fermeture du gouvernement américain à l’automne a aussi eu des conséquences importantes sur le marché américain. Les exportations canadiennes vers les États-Unis ont diminué de 10 à 15 % par rapport à l’année précédente. « Même si l’inflation est désormais sous contrôle, l’incertitude persiste chez les consommateurs, qui surveillent attentivement les prix, privilégient les achats en solde, optent pour les marques privées et fréquentent davantage les supermarchés à escompte », affirme Mme Stamper, qui poursuit : « Ce changement de comportement se maintient, malgré une légère amélioration ­économique. »

Aux États-Unis, les bonnes récoltes en Idaho (+2,33 %) ont entraîné un surplus. Photo : © Shutterstock/Lance Fisher
Aux États-Unis, les bonnes récoltes en Idaho (+2,33 %) ont entraîné un surplus. Photo : © Shutterstock/Lance Fisher

Au Québec, les journées chaudes d’octobre ont retardé les commandes des acheteurs pour le marché de table, affirme Jennifer Gagné. « Chaque année, les ventes reprennent à partir de la rentrée scolaire. Mais les commandes ont démarré plus lentement l’automne dernier, car les gens ont plutôt acheté des fruits et des légumes frais pour faire des salades », dit la dirigeante des PPTQ.

Les ventes ont cependant repris leur niveau habituel à l’approche des Fêtes, précise-t-elle.

Nouveaux joueurs mondiaux

La Chine et l’Inde sont rapidement devenues des acteurs majeurs sur le marché des frites congelées à bas prix, ces dernières années. Bien que ces deux pays ne détiennent pas une part significative en Amérique du Nord, leur présence grandit en Asie, en Amérique du Sud et en Afrique, où la demande pour les frites est en forte progression. En deux ans, ces pays sont passés d’importateurs nets à exportateurs nets, souligne Victoria Stamper.

« Il y a actuellement beaucoup de pommes de terre sur le marché mondial », confirme Jennifer Gagné. En Europe, après deux années de pénurie causée par la météo, la récolte s’est révélée excellente, entraînant une forte baisse des prix. Aux États-Unis, le même phénomène s’observe, surtout pour les variétés blanches longues, en raison des bonnes récoltes en Idaho (+2,33 %) qui ont entraîné un surplus.

Au Canada, la gestion de la demande a permis de maintenir les prix plus stables pour ces variétés.

Incertitudes

L’année 2025 avait débuté d’une façon assez « rock’n’roll », selon les mots de Victoria Stamper, avec l’imposition de frais de douane par le gouvernement américain malgré l’accord de libre-échange Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). 

Ces frais n’ont été imposés que pendant trois jours, mais cela a créé beaucoup d’incertitude. Le secteur de la transformation a aussi annoncé des ­réductions de volume dans la même période. Cette instabilité a été difficile à gérer pour les producteurs. Ils n’ont pu fixer leur choix de variétés à planter qu’au dernier moment.

Victoria Stamper

Selon Jennifer Gagné, les relations canado-américaines tendues ont ébranlé les exportations vers les États-Unis au début de 2025. Le mouvement d’achat local a connu une vague de popularité dans les deux pays avant de s’estomper quelque peu. « Le retour à la normale a pris du temps », dit-elle.

Jennifer Gagné
Jennifer Gagné

L’instabilité politique persiste cependant, affirme Mme Gagné. L’avenir de l’ACEUM demeure incertain, si bien qu’il est ­difficile de prédire l’évolution du contexte commercial, qui change constamment.

« Nous sommes encore en train d’en évaluer les impacts, notamment sur les coûts de production. La réponse n’est pas pareille pour tous. Ça dépend du marché, de la pomme de terre et de plusieurs autres éléments. On est encore à tout analyser », dit-elle. « Mais c’est clair qu’il y a un ­changement. Est-ce que ce changement sera permanent? On ne le sait pas », admet-elle.

Perspectives 2026

Selon Mme Stamper, l’ensemencement total devrait demeurer assez stable en 2026. Le secteur des semences pourrait même connaître une légère croissance. 

Cependant, dans le secteur de la transformation, des réductions de volume sont encore attendues. Les grands transformateurs prévoient de planter moins, ce qui aura un effet sur l’ensemble de la filière.

Les producteurs pourraient se tourner vers d’autres cultures, comme le soya, le maïs ou le blé, mais les prix de celles-ci ne se révèlent pas particulièrement attrayants non plus. Les producteurs devront donc comparer les prix de marché et les différents coûts de production pour décider s’ils poursuivent la culture de la pomme de terre ou s’orientent vers d’autres productions.

Le secteur de la pomme de terre de table restera relativement stable, sans grands changements attendus du côté des superficies ensemencées, même si tout dépendra, comme toujours, des conditions météorologiques, rappelle Mme Stamper.

Au Québec

La situation au Québec reste nébuleuse, car les négociations sont complexes avec l’Association des transformateurs de légumes frais du Québec (ATLFQ), explique pour sa part Jennifer Gagné. 

« L’ATLFQ regroupe plusieurs acheteurs de marchés différents, ce qui rend la situation difficile à analyser. Les clients cherchent présentement à déterminer la tendance des consommateurs avant de dicter leurs commandes aux acheteurs », dit-elle. 

Selon la demande, certains producteurs vont peut-être diminuer leurs superficies ou changer de variétés, ajoute Mme Gagné.

En 2025, 53 % des superficies ensemencées étaient destinées au marché de table. Le prépelage (22 %), les semences (12 %) et la croustille (13 %) se ­partageaient le reste des superficies. 

La Goldrush trônait toujours au premier rang des variétés cultivées au Québec. La superficie ensemencée (7 270 acres) a cependant diminué de moitié par rapport à celle de 2023 (14 229 acres). La Caribou Russet, au deuxième rang, a connu une forte popularité avec 3 030 acres ensemencés. Les variétés Chieftain (2 714 acres), Colomba (2 674 acres), Viking (2 420 acres), Frito-Lay (2 409 acres), Mountain Gem Russet (2 235 acres) et Mystère (2 041 acres) se suivent au classement.