Vu sa faible disponibilité au Québec, l’orge pourrait s’avérer une culture de pointe en 2026.
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S'abonner maintenantLa décision ne s’impose pas toujours d’emblée, d’autant plus qu’elle engage une multitude de variables pour chaque producteur. En tenant compte du contexte de culture, des besoins du marché et du climat qui peut aussi bien nuire qu’aider, sur quoi peut-on se baser pour choisir ses semis cette année?
D’entrée de jeu, il semble que la tendance aux automnes plus doux puisse favoriser l’émergence de certaines cultures.
« Le blé d’automne a pris beaucoup d’ampleur au Québec, sans doute dû aux changements climatiques. Ce marché est en pleine expansion. Auparavant, le blé d’automne était détruit trois années sur cinq en raison du gel et de la glace. Alors que maintenant, sur cinq récoltes, une seule est détruite et les quatre autres survivent, ce qui fait une belle rotation de culture », observe Claude Lafrance, président des Entreprises Lafrance division grains. L’entreprise de Saint-Hyacinthe vend le grain et offre des services de transport et d’entreposage.
Inverser la tendance
Pour Claude Lafrance, se tenir informé de ce qui se produit sur les marchés doit participer au processus décisionnel. « J’ai comme principe de suggérer à mes producteurs de toujours faire un peu l’inverse des tendances », explique le négociant, qui base en partie son raisonnement sur ce qui se passe au sud de la frontière. « On sait que les États-Unis ont battu des records d’ensemencement de maïs en 2025, alors qu’au Québec, on a battu des records d’ensemencement de soya. Étant donné qu’on a eu un printemps tardif, on pense que l’acrage [superficie) aux États-Unis dans le maïs peut être diminué un peu, et que les Américains pourraient revenir vers le soya pour soigner leur rotation. Alors, moi, j’ai un feeling qu’au Québec, à moins qu’on ait un printemps défavorable, le marché du maïs pourrait être très intéressant pour 2026 », explique M. Lafrance. « En ce moment, l’exportation roule à plein régime et le marché est bas, et tout ce qui est bas remonte. J’aurais donc tendance à semer un peu plus de maïs que la normale, pour éviter que tout le monde fasse la même chose et sature le marché. »

Le blé, mais pas seulement
Le producteur et négociant Jonathan Lussier parie aussi sur le blé cette année. « Me basant sur les données de rentabilité pour 2025, le blé d’automne a été le plus profitable. Le maïs s’est quand même bien défendu avec les prix qu’on a eus à la récolte, même si le rapport sorti en janvier a mis de la pression négative sur le prix. Mais dans le blé, bon an mal an, le Québec produit en moyenne 3,6 t/ha, tous blés confondus », rappelle-t-il, notant qu’il faut évidemment tenir compte des coûts de production, du contexte financier de la ferme et de la région. Pour lui, la performance de la rotation en place (ou à planifier) est un autre aspect crucial à considérer. « Un outil comme Rotation$+ peut aider les producteurs à s’orienter dans un schéma de rentabilité à plus long terme », mentionne-t-il ici. Disponible gratuitement auprès du Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ), l’application aide les agriculteurs québécois à planifier et à évaluer la rentabilité économique de leurs rotations sur 14 ans, en simulant différents scénarios.

« Le blé est toujours une option intéressante chez nous. Le blé de printemps, précisément, parce qu’il en manque au Québec », observe pour sa part Abel Lauture, négociant spécialisé chez Luthi Grains. Par ailleurs, la faible production récoltée dans l’orge et dans l’avoine cette année pourrait aussi contribuer à accroître la demande pour ces denrées, selon lui. « Souvent, c’est cyclique. Pendant 2-3 ans, on en produit à profusion, et après on arrête d’en semer parce qu’il y en a beaucoup et que les prix sont trop bas », se désole-t-il. « Le marché pour l’orge et l’avoine n’est pas énorme au Québec, mais il y a quand même de la demande et, en ce moment, on est dans le creux. Cette année, on doit aller en chercher dans les fins fonds de l’Île-du-Prince-Édouard, parce qu’on n’en trouve plus chez nous », déplore M. Lauture. Comme la faible production de cette année a fait augmenter le prix, l’orge et l’avoine pourraient certainement s’avérer des cultures intéressantes pour l’année prochaine, selon lui.