Société 30 janvier 2026

La tradition du pain artisanal se poursuit à Rouyn-Noranda

Malgré le décès de l’artisan-boulanger Léandre Bergeron, l’été dernier, la tradition du pain maison se poursuit au magasin d’alimentation saine La Semence, de Rouyn-Noranda, grâce à la relève assurée par sa fille Déirdre Bergeron. 

Décédé à l’âge de 91 ans, Léandre Bergeron est parti sans l’assurance d’avoir la relève qu’il espérait tant. Mais son départ a ravivé quelque chose chez sa fille Déirdre Bergeron. Une sorte de volonté de revenir à l’essentiel. 

« J’avais ma vie à Montréal, je ne voyais pas trop ça comme quelque chose de possible, dit-elle. Quand notre cher Léandre nous a quittés, des questionnements sont revenus. Qu’est-ce qu’on fait de 40 ans à faire ces bons croissants, ces pains que les gens adorent? C’est l’attachement à ce legs-là qui m’a fait me remettre en question. Et l’amour des produits sains, faits à la main. » 

Car Léandre se faisait un point d’honneur de réduire la liste d’ingrédients. Ses pains ne contenaient que le strict minimum : farine, eau, levure, sel. La propriétaire de La Semence se réjouit de pouvoir continuer à compter sur ce produit d’appel. Selon Caroline Nolet, la clientèle se déplace pour les produits de boulangerie, mais en profite généralement pour faire le plein d’autres produits locaux, de vrac ou d’aliments biologiques. 

Il y a des gens de Québec, de partout, qui viennent en chercher des grosses batches pour amener ailleurs parce que c’est tellement particulier. On a beaucoup de clients qui achètent le pain de Léandre depuis plus de 40 ans. Ils étaient vraiment tristes de perdre ce qu’ils ne trouvent pas ailleurs.

Déirdre Bergeron

Une saga qui a fait couler beaucoup d’encre

Le fait que Léandre Bergeron boulange à la maison a provoqué un bras-de-fer qui a duré des décennies avec les inspecteurs du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ), qui lui reprochaient de préparer dans sa cuisine domestique une production supérieure à 100 kilos par mois de pains, destinés à la vente en gros, en contravention à l’article 1.4.4 du Règlement sur les aliments

Celui qui se décrivait comme le « boulanger récalcitrant » a donc décidé, en 2022, de donner son pain contre contribution volontaire. Déirdre Bergeron dit aujourd’hui « en faire très peu par rapport à ce que Léandre faisait ». Craint-elle un retour à la charge du MAPAQ?

« Si, par exemple, les choses changent et que je dois m’orienter vers une autre façon de produire, pour moi, c’est une adaptation. Mais ça ne veut pas dire que j’arrêterai parce qu’on m’interdit de le faire de façon identique à ce que mon père faisait. Je me dis que tant qu’on peut avoir une discussion sur les possibilités, il y a moyen de l’adapter à notre époque », plaide-t-elle. 

Elle espère d’ailleurs que la recette de pain de ménage plus que centenaire, que Léandre a hérité de sa mère, pourra continuer à être transmise à travers les générations. « Sa famille en a profité grâce à sa mère, on en a profité grâce à Léandre. J’espère bien continuer comme ça! » laisse-t-elle tomber fièrement.