Pommes 30 janvier 2026

Des producteurs de pommes encore divisés

LA PRAIRIE – Comme l’an dernier, la mésentente entre les producteurs de pommes et les emballeurs concernant la façon de mettre en marché les fruits était manifeste, lors de la plus récente assemblée générale annuelle des Producteurs de pommes du Québec (PPQ). Dans une salle remplie, mais divisée, il a fallu compter les votes sur plusieurs résolutions, avant leur rejet ou leur adoption de justesse.

Une résolution portée par un emballeur et pomiculteur de Saint-Jean-Baptiste, en Montérégie, Pierre Jodoin, demandant l’abolition de frais de mise en marché perçus auprès des producteurs pour les aider à gérer les surplus de fruits, a laissé place à un débat particulièrement animé, le 27 janvier, à La Prairie. Ce mécanisme permet de baisser le prix des pommes vendues aux détaillants, sur une période donnée, pour encourager la mise en place de soldes en épicerie, sans affecter le revenu des producteurs. Car un fonds, auquel ils participent avec les frais perçus, vient compenser la réduction. Or, ce système fait l’objet de discorde depuis longtemps entre les producteurs et les emballeurs, ces derniers le jugeant lourd à gérer d’un point de vue administratif et incompatible avec la réalité du marché. 

« On a tellement débattu pendant des années à propos [de ce mécanisme]. Alors un moment donné, il faut passer à autre chose. […] En plus, c’est un sujet qui attise la mésentente dans les réunions. Si on veut développer la business, il faut arrêter de s’obstiner sur des choses comme ça. On est mieux de l’abolir, tout simplement », a fait valoir M. Jodoin, qui est vice-président de l’Association des emballeurs de pommes du Québec. 

De leur côté, de nombreux producteurs estiment que cet outil, prévu à la convention de mise en marché depuis une vingtaine d’années, est pertinent et tiennent à ce qu’il soit maintenu.

Éric Rochon
Éric Rochon

« Cet outil-là a permis vraiment de faire vivre et survivre une grande partie des pommes du Québec. Oui, ç’a créé de la discorde, parce qu’il n’est pas parfait, […] mais ça reste un excellent outil », a plaidé le président des PPQ, Éric Rochon.

Plusieurs autres producteurs sont intervenus pour défendre le système, dont Dominic St-Denis, de Saint-Joseph-du-Lac, dans les Laurentides : « La Régie [des marchés agricoles et alimentaires du Québec] nous a demandé de travailler [le système en place], et nous, à la place, on va le scrapper et en faire un autre? Je pense que c’est précipité », a-t-il soutenu.

Après de longs échanges au micro et la tenue d’un vote secret serré, l’assemblée a finalement décidé, à la majorité, d’abolir les frais de mise en marché perçus aux producteurs, à compter du 1er février. Il est aussi prévu que les sommes perçues de la récolte 2025 soient retournées aux producteurs.

Une autre résolution proposant l’instauration d’un prix plancher, payé aux producteurs, a laissé place à quelques pointes décochées au micro entre Pierre Jodoin et Éric Rochon, avant d’être rejetée à la majorité.

À la toute fin, le président des PPQ a conclu l’assemblée en remerciant les producteurs pour leur participation, soulignant que malgré les points de vue divergents, ils ont été « capables de délibérer humainement et en se respectant ». Il a appelé la salle à s’unir pour vendre les pommes en trouvant « des solutions ensemble ».