Forêts 26 janvier 2026

Nouveaux producteurs : à qui confier la réalisation de ses travaux?

Au lieu de s’équiper et de manipuler la scie à chaîne, certains nouveaux propriétaires forestiers préfèrent confier la réalisation de leurs travaux, dont ceux liés à la récolte de bois. Mais à qui s’adresser, dans ce cas, et comment procéder? Explications.

De façon générale, un producteur peut avoir recours, pour ses travaux, aux services d’un entrepreneur forestier ou encore à ceux d’un conseiller forestier. Ce dernier (à l’emploi d’un syndicat, d’un groupement ou d’une coopérative, par exemple) offre bien souvent un service de type « clé en main ».   

S’il n’en tient qu’à Serge Lemay, propriétaire d’un lot boisé d’un peu plus de 40 hectares à Saint-Honoré-de-Shenley, en Beauce, opter pour un service de type clé en main peut d’ailleurs être avantageux, voire instructif, pour un nouveau venu dans l’univers forestier. 

« C’est un monde, lance le technicien forestier retraité de l’Université Laval, à Québec. C’est pas mal compliqué pour quelqu’un qui n’a pas les compétences en foresterie de tout faire lui-même. » 

« Il y a toutes sortes de choses à considérer pour la réalisation des travaux, fait valoir le producteur de 75 ans. Aussi, ce n’est pas simple de négocier avec les scieries pour la vente du bois et avec un transporteur. » 

Bien qu’il soit familier avec cet univers et qu’il ait confié ses travaux à un entrepreneur en 2019, M. Lemay a plutôt opté l’an dernier pour un service clé en main, offert dans sa région par l’Association des propriétaires de boisés de Beauce. 

Danavan Rouillard

« Le conseiller forestier s’occupe de tout, de A à Z, explique l’ingénieur forestier Danavan Rouillard, responsable du service des récoltes à l’Association des propriétaires de boisés de Beauce (APBB). Ici, à l’Association, on fait la prospection pour déterminer les secteurs intéressants à récolter. On prépare la prescription [sylvicole] et le chantier. On supervise le transport, la mise en marché et on s’assure que ça respecte ce que le propriétaire veut. »   

Au terme du processus, un rapport détaillé des opérations et un chèque (fruit de la vente du bois) sont transmis au propriétaire du lot boisé. 

Si cette option est peu contraignante pour le propriétaire, son gain financier est toutefois moins grand que s’il effectue lui-même ses travaux ou les confie à un entrepreneur, par l’intermédiaire d’un contrat, nuance l’agent de mise en marché au Syndicat des producteurs forestiers du Sud du Québec, Christian Auclair.  

Si un propriétaire fait ses travaux ou retient les services d’un entrepreneur, dit-il, il peut profiter de l’aide financière prévue au volet exécution, à la condition que les travaux soient réalisés dans le cadre du Programme de mise en valeur des forêts privées. 

Certains nouveaux propriétaires forestiers préfèrent confier la réalisation de leurs travaux, au lieu de s’équiper et de manipuler la scie à chaîne.
Certains nouveaux propriétaires forestiers préfèrent confier la réalisation de leurs travaux, au lieu de s’équiper et de manipuler la scie à chaîne. Photo : Gracieuseté de l’APBB

Quel entrepreneur choisir?

Ghislain Leblond, directeur du Syndicat des producteurs de bois du Centre-du-Québec et de la Mauricie, ainsi que du Syndicat des producteurs acéricoles du Centre-du-Québec, recommande néanmoins, avant de confier ses travaux à un entrepreneur forestier, d’aller voir les chantiers que ce dernier a à son actif. Et de ne pas hésiter à obtenir plus d’une soumission. 

« Je dis souvent aux producteurs que ce n’est pas la grosseur de la machine qui fait la qualité des travaux, mais plutôt l’opérateur de la machine, illustre M. Leblond. Un petit équipement avec un mauvais opérateur peut faire des désastres et un gros équipement avec un bon opérateur peut faire de très beaux travaux. »

« Il faut magasiner son entrepreneur, conseille également Danavan Rouillard. Mais leur réputation les précède bien souvent. La règle d’or, selon moi, c’est : plus il est difficile à avoir, plus il est bon. »

Tous les intervenants sondés sont par ailleurs unanimes sur un point : un producteur qui confie ses travaux à un entrepreneur doit suivre de façon quasi quotidienne l’avancement des opérations pour réagir rapidement, si tout ne se déroule pas comme souhaité.

« C’est un peu comme quand on fait construire une maison, fait valoir M. Leblond. Il faut être présent. »  

Cette option nécessite un plus grand engagement du propriétaire, résume M. Rouillard.

Le contrat, un incontournable

Christian Auclair

Autre élément essentiel : un contrat précisant les obligations et responsabilités de chacun doit être conclu entre les deux parties. À cet effet, l’utilisation du contrat type de la Fédération des producteurs forestiers du Québec est « fortement suggérée » par Christian Auclair.

Ce contrat doit entre autres préciser les conditions de transport et de mise en marché du bois. Certains syndicats peuvent d’ailleurs veiller à répartir les revenus de vente du bois selon les pourcentages de chacun inscrits au contrat, relève M. Auclair.  

Un contrat précisant les obligations et responsabilités de chacun doit être conclu entre les deux parties. Photo : Gracieuseté de l’APBB

Mise en marché

Avant de procéder aux travaux de coupe, il est en outre recommandé par la Fédération des producteurs forestiers du Québec de communiquer avec son syndicat ou office régional pour connaître le marché du bois et les conditions de vente. Le site Internet prixbois.ca peut être consulté à titre indicatif.  

« Le marché du bois peut varier, souligne M. Leblond, à la direction du Syndicat des producteurs de bois du Centre-du-Québec et de la Mauricie. Ce qui est bon aujourd’hui ne le sera pas forcément dans trois semaines. »

« Parfois, il y a des marchés qui vont bien et qui, tout d’un coup, se mettent à moins bien aller, poursuit-il. Ça peut alors valoir la peine de viser un autre marché qui peut offrir une nouvelle opportunité et des revenus potentiellement plus élevés pour cette période-là. »

De façon générale, les principaux marchés pour la vente de bois au Québec sont ceux du sciage, des pâtes, du déroulage (majoritairement pour faire du placage), ainsi que du bois de chauffage.  

Certaines démarches sont incontournables avant de confier la réalisation de ses travaux forestiers à un entrepreneur ou à un conseiller forestier. Photo : Gracieuseté du Syndicat des producteurs forestiers du Sud du Québec

À ne pas oublier en cours de route

Certaines démarches sont incontournables avant de confier la réalisation de ses travaux forestiers à un entrepreneur ou à un conseiller forestier. En voici quelques-unes.   

Les nouveaux propriétaires doivent d’abord obtenir un plan d’aménagement forestier (PAF) pour leur lot, puis s’enregistrer comme producteur forestier, souligne l’agent de mise en marché au Syndicat des producteurs forestiers du Sud du Québec, Christian Auclair.

Ces deux démarches vont de pair, opine l’ingénieur forestier Danavan Rouillard, responsable du service des récoltes à l’Association des propriétaires de boisés de Beauce.

L’enregistrement de producteur forestier permet de profiter d’avantages fiscaux, dont ceux liés au programme de remboursement des taxes foncières. Le plan d’aménagement, signé par un ingénieur forestier, précise pour sa part l’état des différents peuplements d’un lot, de même que les travaux à prévoir, qu’ils soient commerciaux ou non. Le plan est valide pour une période de 10 ans.

Comme certains travaux peuvent nécessiter un permis, vérifier la réglementation de sa municipalité est avisé, relève au passage Christian Auclair.

Finalement, pour profiter de la mesure du remboursement des taxes foncières ou du Programme d’aide à la mise en valeur des forêts privées, les travaux doivent être recommandés par une prescription sylvicole d’un ingénieur forestier. Le rapport confirmant la bonne exécution des travaux est également nécessaire.

Autre avantage pour les producteurs forestiers : il est possible d’étaler les revenus forestiers sur une période de 10 ans dans son rapport d’impôt. Cette dernière mesure vient d’être prolongée par le gouvernement, jusqu’au 31 décembre 2027.