Photo : Martin Ménard/Archives TCN
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S'abonner maintenantQui dit érable pense temps des sucres. Or, pour produire la sève qui se transforme en délice sucré au printemps, ces arbres doivent être en santé 12 mois par année. Comme ils affectent d’autres activités agricoles, les changements climatiques ont aussi un impact sur l’acériculture.

Le fait que les précipitations soient de plus en plus abondantes, mais aussi plus espacées, a des conséquences sur les érablières, relève Tim Rademacher, qui a participé en novembre dernier à un panel sur les effets des changements climatiques dans le cadre de la Rencontre annuelle du Créneau Acéricole.
« C’est quelque chose qu’on remarque depuis plusieurs années, que ce soit des périodes de précipitations intenses ou des sécheresses plus ponctuelles, explique le professeur et directeur scientifique du Centre de recherche acéricole de l’Université du Vermont. Ça nous préoccupe de savoir comment l’érable peut réagir à ces stress hydriques. »
Comme les fortes précipitations occasionnent un « stress biologique » sur les arbres et affaiblissent le sol qui les retient, les sécheresses influencent-elles leur santé globale? C’est ce qu’a tenté de savoir le chercheur.
Les érables à sucre sont des arbres très résilients, mais il y a des limites à tout. On peut penser que l’arbre emmagasine des ressources pendant l’été afin de tenir l’hiver. C’est sûr que s’il y a une sécheresse, l’arbre doit puiser dans ses réserves plus tôt dans l’année.
Arbres déshydratés, sève moins sucrée
Pendant trois ans, à savoir de 2021 à 2024, M. Rademacher et une équipe de l’Université du Québec en Outaouais, chapeautée par la professeure Audrey Maheu, ont étudié les conséquences d’un manque d’eau sur les arbres dans une érablière naturelle non exploitée. Pour ce faire, l’équipe a installé des bâches au-dessus d’un secteur boisé afin de le priver d’eau. Tout près, une zone intouchée a servi de contrôle pour la recherche. Il explique que lors du processus de photosynthèse, par lequel les feuillus absorbent du dioxyde de carbone pour le transformer en oxygène, les arbres perdent de l’eau à travers leurs pores, appelées stomates. En cas de sécheresse, ces stomates vont se refermer pour conserver l’eau dans l’arbre. « En conséquence, on observe moins de photosynthèse en période de sécheresse », résume le scientifique.

Les sécheresses pourraient aussi affecter le taux de sucre dans les arbres. « On sait que le sucre retrouvé dans la sève peut s’être accumulé dans l’érable depuis quelques années. On pense que ça va de trois à cinq ans, voire même dix ans, indique Tim Rademacher. Ça nous montre que l’arbre a une certaine résilience. »
Les érables entaillés dans la zone sèche de l’érablière étudiée ont offert une sève moins riche en sucre que ceux de la zone de contrôle. Les arbres situés aux limites de la zone asséchée, dont les racines pouvaient absorber un peu d’eau, étaient épargnés, « ce qui suggère que c’est vraiment l’effet de [l’assèchement] qui a influencé le taux de sucre », note le chercheur, qui avait signé un billet de blogue sur le sujet en 20241.
Les plus petits érables semblaient davantage touchés que les plus gros, signe que l’apport en eau peut influencer le taux de sucre des arbres pendant leur croissance. « Pour entailler, il faut suffisamment de bois sain, rappelle Tim Rademacher. Il faut donc s’assurer que les arbres vivent une bonne croissance pour qu’ils puissent régénérer autant de bois que ce qu’on enlève lors de l’entaille. »
Les recherches n’ont toutefois pas pu déterminer si un manque d’eau influençait le volume de sève produite.
Ultimement, si les sécheresses perdurent, les érables peuvent mourir, prévient Tim Rademacher. « C’est peu probable, mais ça pourrait être possible localement et surtout, si les sécheresses sont plus fréquentes et plus longues », détaille-t-il.
Une migration vers le nord à prévoir
Une étude2 présentée en février par le biologiste Samuel Royer-Tardif, affilié au Centre d’enseignement et de recherche en foresterie (CERFO), indique que le sud-ouest du Québec, notamment en Estrie, pourrait ne plus être un habitat propice aux érables à sucre en raison du réchauffement climatique d’ici 2071 à 2100. En revanche, des régions au plus au nord de la province pourraient être plus accueillantes pour cette variété d’arbre.
On peut aussi s’attendre à ce que les forêts soient plus à risque de s’enflammer quand la foudre les frappera.
Les zones de feuillus sont moins à risque de brûler que les forêts de conifères, nuance Tim Rademacher. « Même si on entend parler de plus en plus de feux de forêt à cause des sécheresses, c’est généralement en forêt boréale que ça se passe », note-t-il.
Cependant, de petits incendies naturels et isolés ont eu lieu l’été dernier dans des érablières de l’Estrie, entre autres. « De ma compréhension, c’est quelque chose d’assez exceptionnel et d’anecdotique parce qu’il y a beaucoup trop d’humidité dans les érablières pour soutenir un incendie, indique le chercheur. Mais cet été a été très sec, alors c’est quelque chose qu’on devrait étudier davantage. »
Que faire pour protéger ses érables?
Un sondage mené en 2018 pour la firme Ouranos auprès d’acériculteurs nord-américains révélait que 77 % des personnes sondées jugeaient que les moyens d’adaptation aux changements climatiques étaient insuffisants pour l’acériculture et plaidaient pour que de nouvelles solutions émergent3. Plus d’un acériculteur sur deux affirmait en outre manquer d’informations, de moyens financiers et de soutien technique pour faire face à cette nouvelle réalité.
Tim Rademacher considère l’étude menée en Outaouais comme un « projet pilote » aux résultats limités. Ce faisant, il se fait prudent dans les recommandations.
« En sachant que les plus petits arbres sont davantage affectés [par la sécheresse], il serait judicieux de ne pas entailler ces érables trop tôt », propose-t-il, rappelant que les normes d’entaillage sur les terres publiques ont été revues en 2023.
Peut-être aussi vaut-il mieux laisser certains arbres se reposer une année de plus avant de les entailler à nouveau, ce qui leur permettra d’emmagasiner plus de réserves de sucre.
Dans un autre ordre d’idées, le chercheur recommande de revoir l’aménagement forestier de l’érablière pour améliorer l’apport en eau de certains secteurs pouvant souffrir des périodes de sécheresse.
« L’aménagement peut avoir des impacts sur le drainage et l’apport en eau, rappelle M. Rademacher. Si on aménage un chemin avec des ponceaux, l’eau va s’écouler en dessous et va se concentrer dans un secteur. Il faudrait voir comment aménager les chemins forestiers pour rediriger cette eau vers les zones les plus asséchées. »
Et si les tubulures cessaient d’être à sens unique? « On pourrait aussi utiliser la tubulure, qui sert à amener la sève vers la cabane, pour renvoyer de l’eau vers les érables, illustre le chercheur. Pourrait-on s’en servir pour irriguer les arbres? Je ne connais pas de producteur qui l’a fait, mais c’est une piste qui mérite d’être explorée. »

Pour sa part, Ressources naturelles Canada suggère le chaulage des sols et la diversification des espèces dans les érablières pour « favoriser la résistance et la résilience du peuplement » face aux changements climatiques.
Pour contrer les effets des sécheresses, le ministère fédéral suggère également de pratiquer l’éclaircie afin de permettre aux meilleurs arbres d’être suffisamment alimentés en eau.
1. ppaq.ca/fr/blogue/les-secheresses-estivales-peuvent-elles-affecter-la-production-acericole/
2. www.ouranos.ca/sites/default/files/2025-02/03_Royer-Tardif_Samuel_Jour1_7_Session7_14h.pdf
3. www.ouranos.ca/sites/default/files/2022-07/proj-201419-rforest-houle-docvulgarisation.pdf