Alcools 12 décembre 2025

Des perspectives à saisir pour les producteurs de houblon

Malgré les défis sanitaires et le contexte inflationniste qui fait monter les coûts de production, les producteurs de houblon québécois sont devant des perspectives de croissance.

C’est ce qu’a assuré lors d’une conférence Julien Venne, agronome conseiller au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, qui s’implique depuis 2009 dans la filière du houblon et qui connaît bien les enjeux liés à sa culture.

En novembre dernier, il a donné une conférence sur le sujet dans le cadre du Congrès de l’Association des microbrasseries du Québec.

Julien Venne
Julien Venne

Même si les houblonnières québécoises doivent composer avec l’apparition de nouveaux ravageurs et de maladies fongiques, il n’est pas plus difficile de faire pousser du houblon au Québec qu’ailleurs, a insisté le conférencier.

« Le houblon, comme la vigne ou la pomme, est une plante qui présente des défis complexes. Depuis 15 ans, le houblon québécois est reconnu pour sa qualité. Il ne faut pas baisser les bras », a-t-il dit.

Les exploitants agricoles qui déclaraient produire du houblon en 2025 sont au nombre de 26, pour une superficie de 37 hectares au total, et une production estimée à 23 tonnes de houblon séché.

En observant le contexte mondial, l’agronome a repéré d’intéressantes possibilités de croissance, qu’il invite les houblonnières à considérer.

« Entre 2021 et 2024, on a observé une baisse mondiale de 8,40 % des superficies cultivées en houblon. Aux États-Unis, c’est 25,49 % moins de superficie pour 27,70 % moins de houblon produit. Le contexte agronomique est difficile partout », a souligné M. Venne.

Les répercussions des changements climatiques sur l’industrie internationale du houblon sont documentées dans la littérature scientifique. 

« Des pertes de rendement et des hausses de prix sont attendues dans la vallée de Yakima, aux États-Unis, ainsi qu’en Europe, où l’on voit les houblonnières investir en irrigation à cause des sécheresses récurrentes. Au Québec, la majorité est déjà irriguée. »

Les brasseurs pourraient aussi voir un gain environnemental en priorisant le houblon québécois. En effet, certains pesticides nocifs pour la santé des producteurs ont été homologués aux États-Unis, dont le paraquat, interdit au Canada.

Quand on construit une industrie de toute pièce comme on est en train de le faire avec le houblon au Québec, c’est intéressant de pouvoir dire qu’on le fait de la manière la plus adéquate possible sur le plan environnemental et pour la santé des producteurs.

Julien Venne

L’agrotourisme fait également partie des possibilités à explorer, pense le spécialiste, qui voit les événements festifs se multiplier dans les houblonnières à travers le monde.

« Les fermes brassicoles rayonnent. En Ontario, il y a un important développement agrotouristique, avec des journées portes ouvertes, des ateliers, des dégustations. Le Biergarten de Houblon des Jarrets Noirs, en Beauce, attirait 35 000 visiteurs, en 12 jours! »

Enfin, la notion de terroir pourrait être davantage mise de l’avant et exploitée, pense M. Venne.

« C’est très bien de réussir à reproduire des styles de bière parfaitement, mais est-ce qu’on pourrait aller plus loin, avoir notre propre identité au Québec? L’Allemagne le fait depuis toujours; les États-Unis y sont arrivés. On pourrait aussi refléter notre terroir dans la bière grâce à notre houblon. »