Une terre peu performante pour les grandes cultures et la production forestière est maintenant valorisée par la production de canneberges. Photos : Gracieuseté des Atocas boréals
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S'abonner maintenantLes pelles hydrauliques travaillent sans relâche et continueront de le faire pour les cinq prochaines années à Dolbeau-Mistassini, où Les atocas boréals développent une nouvelle cannebergière qui produira, avec deux autres sites, près de cinq millions de kilos de canneberges, dans sept ans, au nord du Lac-Saint-Jean.
Avec un secteur regorgeant d’eau et de sols sableux propices à la canneberge, le développement de cette culture prend de l’ampleur et change un peu le portrait du pays des bleuets. Le père de Rudy Perron a justement commencé avec une bleuetière avant d’aménager un premier site de canneberges. Père et fils s’y sont fait les dents avant de passer à l’offensive avec le présent projet de 100 hectares.
Deviendront-ils les plus grands producteurs de canneberges du Saguenay–Lac-Saint-Jean? « Les plus gros, je ne sais pas, mais j’aimerais qu’on soit les meilleurs sur le coût de production et ceux qui produisent le plus à l’hectare », dit Rudy Perron, qui avait les mains sur les manettes de son excavatrice au moment de l’entrevue.
Malgré l’hiver qui a rapidement abrié le chantier d’une couche de neige, les travaux se poursuivent. « Présentement, on creuse le réservoir, on crée nos chemins et nos canaux de drainage. On a eu un automne froid, mais c’est préférable à un automne trop mouilleux où on n’aurait rien pu faire. Depuis juillet, nous avons complété trois planches, pour qu’on puisse commencer à planter au printemps 2026 et avoir une première récolte à l’automne 2027 », explique-t-il, entouré de six pelles hydrauliques en action, un bouteur (bulldozer) et un camion articulé.

Les reins solides
Si le projet est aujourd’hui en marche, c’est qu’il a fallu énormément de patience et de travail pour d’abord obtenir les permis. « On pensait de commencer à préparer le terrain en 2021, mais ç’a pris quatre ans pour avoir les permis… Ça bloquait sur plusieurs points et durant le processus, on ne sentait pas les gens du ministère très collaboratifs, sauf à la fin, où c’était mieux. Il y a eu aussi des changements durant ces quatre ans sur la réglementation pour les milieux humides, la faune, etc. Même les employés du gouvernement avaient de la difficulté à suivre! » déplore M. Perron, ajoutant que son groupe a dû allonger 250 000 $ en études hydrologique, biologique, archéologique (en raison de la possible présence d’un cimetière autochtone), etc. « Il faut vraiment que tu veuilles pour réaliser un projet comme ça », assure-t-il.
L’autre point qui ajoute une dose de stress concerne les investissements de 20 M$ associés à l’achat des terres et de machinerie, puis au développement des infrastructures, et ce, sans revenus immédiats. « Le dernier morceau qu’on va faire sera en production seulement à la 7e année. D’ici là, il peut y avoir des changements dans la demande mondiale et le taux de change [qui influenceront le prix de vente de canneberges]. Tout ça amène un peu d’incertitude. Pour l’instant, la demande est stable, mais on ne connaît pas l’avenir. La canneberge, c’est une plante pérenne que tu plantes une fois pour longtemps. Ce n’est pas comme un champ de maïs que tu peux changer pour du soya ou autre si ça ne fonctionne plus », compare Rudy Perron.
Âgé de 35 ans, ce dernier est coactionnaire des Atocas boréals avec son père et un entrepreneur du Centre-du-Québec spécialisé en irrigation agricole. Leur plan d’affaires a été évalué selon différents paramètres, et même dans un scénario pessimiste de prix, leur production de canneberges devrait offrir une rentabilité acceptable, dit-il.
Dernières avancées
Les infrastructures de production de même que la régie de culture suivent les dernières avancées propres au domaine de la canneberge. Les variétés à haut rendement, capables de générer jusqu’à 50 000 kilos à l’hectare, seront plantées au fur et à mesure que les parcelles seront prêtes. « Elles produisent plus, mais sont beaucoup plus difficiles à contrôler. Si tu ne donnes pas assez d’engrais, elles perdent leurs fleurs et avec trop d’engrais, elles font trop de feuilles », souligne l’agriculteur.
Une multitude de sondes seront installées en champ afin de surveiller la température, le gel, le fonctionnement des systèmes d’irrigation, etc. L’apport en eau des plants est également géré avec grande précision. « La technologie nous donne beaucoup d’avantages. Tu peux tellement suivre tes cultures et optimiser tes rendements que tu ne peux plus dire que c’est la faute de dame Nature, si ç’a mal été, à part bien sûr si tu as de la grêle ou un événement majeur. Avec une précision comme ça, les bons gestionnaires font la différence. Pour moi, c’est un défi stimulant », affirme-t-il.
Le bonheur d’être agriculteur
Rudy Perron aime le métier d’agriculteur, lui qui cultive les parcelles de cannebergières de son père déjà en activité. Il prend maintenant plaisir à aménager leur futur site d’importance en production de canneberges. « Être agriculteur, c’est un bonheur. Tu travailles sur tes terres et tu vois les choses évoluer. Quand tu regardes toutes les machines travailler, c’est plaisant; on sait que chaque coup de pelle donne un peu plus de valeur à notre terrain. Parce qu’ici, ce n’était pas exploitable pour d’autres cultures ni pour le bois, car rien ne poussait. C’était trop humide. C’est de la création de richesse qui n’aurait pas pu se produire si on ne mettait pas ça en canneberges », indique celui qui n’a pas d’antécédents agricoles.
À court terme, il est prévu d’envoyer leurs récoltes dans le Centre-du-Québec, mais les volumes considérables à venir nécessiteront éventuellement la construction d’un centre de nettoyage et de congélation, croit M. Perron, que ce soit par son groupe ou par un autre des quelques producteurs majeurs de canneberges de son secteur.