Horticulture 5 décembre 2025

Une sauveuse de tradition

Certains rachètent des entreprises pour l’argent, d’autres pour s’en faire un métier, et finalement, il y a des gens comme Annie Beaupré-Battisti, qui le font par passion et pour perpétuer la tradition des prédécesseurs. Elle a repris, en 2024, les Arômes du Petit Coteau, une entreprise de plantes aromatiques comptant également plus de 75 variétés de plantes médicinales. Et voilà qu’en juillet 2025, elle a repris l’entreprise d’Antoine Leuthard, un maître vinaigrier de Lanaudière, qui cherchait désespérément une relève afin que son savoir acquis depuis 35 ans ne s’éteigne pas.

C’est comme une mission de vie, un appel à maintenir vivantes des connaissances et un savoir, très liés à la terre.

Annie Beaupré-Battisti

Si le transfert de la production horticole des Arômes du Petit Coteau s’est réalisé pendant deux ans, afin que l’ancienne propriétaire laisse tranquillement Annie « conduire le bateau », la situation est différente dans le cas de la confection des vinaigres de fruits, puisque M. Leuthard, pour des raisons de santé, ne pourra pas poursuivre la fabrication de produits de vinaigre à partir de fruits, de fleurs sauvages et de miel, selon la tradition ancestrale qu’il préconisait. Pour ne rien perdre, Annie a tout documenté. « On a signé l’offre d’achat et, ensuite, je me suis mis à aller chez lui, une à deux heures par jour, presque chaque jour, pour apprendre son savoir, pour comprendre pourquoi il a choisi de faire du vinaigre, pour connaître les secrets de cette tradition ancestrale. J’ai engagé quelqu’un pour filmer ça, nous avons aussi joint ses livres de notes, tout ça pour être certains de ne rien perdre. Même mon père est venu et s’est lié d’amitié avec M. Leuthard », partage Annie Beaupré-Battisti. 

Annie Beaupré-Battisti (en avant-plan) et Sara Venne ont appris les techniques d’Antoine Leuthard, un maître vinaigrier de Lanaudière.
Annie Beaupré-Battisti (en avant-plan) et Sara Venne ont appris les techniques d’Antoine Leuthard, un maître vinaigrier de Lanaudière.

Un art médiéval

Elle savait que les vinaigres de fruits étaient bons, mais elle a découvert tout un art. Les fruits et fleurs sauvages sont cueillis à pleine maturité : cerises, raisins, sureau et pommes sauvages, aronia, etc. « Les enzymes et les bactéries sont différentes sur tout ce qui est sauvage, contrairement aux fruits cultivés, et c’est ce qui donne des produits avec une signature unique. Aussi, on travaille juste avec du naturel. Pour la fermentation, on prend du miel comme source de sucre et on n’utilise pas de stabilisateur. C’est vraiment une technique ancestrale et même médiévale. Pour avoir le niveau de clarté désiré, on fait des transferts de filtration, on laisse décanter. Le dépôt, c’est long et ça peut être repris 10 fois. Un produit peut prendre un ou deux ans avant d’être prêt », énumère-t-elle. 

Avec sa partenaire d’affaires, Sara Venne, elle entend conserver la vocation artisanale, tout en moussant les ventes et la notoriété des produits. « J’ai un bon réseau de contacts, je sais à qui m’adresser si je veux faire embouteiller dans certaines usines et je connais le milieu de la vente internationale avec l’organisme Lanaudière international. Je me sens très confortable et capable de poursuivre son œuvre », exprime Mme Beaupré-Battisti, qui a lancé une campagne de sociofinancement pour que le public soutienne les deux entrepreneures dans la reprise de cette entreprise.