Agronomes 14 novembre 2025

L’Ordre des agronomes ne s’estime plus capable de protéger adéquatement le public

SAINT-HYACINTHE – Le président de l’Ordre des agronomes du Québec (OAQ), Michel Montpetit, presse le gouvernement provincial de moderniser la Loi sur les agronomes rapidement, sans quoi il craint une catastrophe.

Michel Montpetit
Michel Montpetit

« Nous ne sommes plus en mesure d’être une garantie de protection adéquate pour les citoyens : nos moyens sont limités, et nos mécanismes de protection, inapplicables. […] Est-ce qu’il faut qu’il arrive quelque chose de grave et que les médias s’en saisissent pour que le gouvernement bouge? » a-t-il lancé pendant son discours de clôture du congrès annuel des agronomes, le 11 novembre, à Saint-Hyacinthe.

Le principal problème, a-t-il expliqué par la suite, est que l’agriculture a beaucoup évoluée depuis 1973, année d’adoption de Loi sur les agronomes. Or, dans le contexte plus diversifié et spécialisé du secteur agricole contemporain, le cadre législatif n’est plus efficace pour intervenir en cas de manquement professionnel d’un membre, déplore l’OAQ. Celle-ci dit d’ailleurs être engagée dans plusieurs batailles juridiques « coûteuses », alors que des plaintes déposées par le syndic de l’Ordre pour des manquements professionnels sont contestées par les agronomes visés. « Le manque de clarté de la Loi, et le fait que l’acte agronomique ne soit actuellement reconnu qui si la rémunération est versée directement à l’agronome, font en sorte que la jurisprudence se bâtit actuellement contre l’Ordre », affirme M. Montpetit, en entrevue avec La Terre. « Un client qui ne paierait pas directement les services d’un agronome, mais une entreprise, pour un service qui inclut ceux d’un agronome salarié, n’aurait donc plus aucun recours auprès de l’Ordre en cas de manquement », donne-t-il en exemple. 

Une situation qui risque de miner la crédibilité de la profession, en plus de compromettre la protection du public, selon le président de l’Ordre, qui réitère l’urgence de réformer la Loi. Entre autres suggestions, l’OAQ aimerait voir le champ d’exercice de l’agronome et les actes réservés mieux définis, un aspect défaillant présentement. Elle demande également de moderniser le code de déontologie pour qu’il soit applicable à tous les agronomes. 

« On dit que la loi, c’est la loi, mais si la loi est mal écrite, on fait quoi? » questionne M. Montpetit, qui souhaite que le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) priorise le dossier. Le compte à rebours est toutefois commencé, puisque les prochaines élections provinciales, prévues dans un an, pourraient encore une fois repousser les délais. 

À ce sujet, le cabinet du ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec a référé La Terre au ministère du Travail, qui est responsable de l’application des lois professionnelles. Ce dernier a répondu qu’il était conscient des enjeux liés à l’exercice de la pratique agronomique et qu’il avait été à l’écoute des préoccupations exprimées lors des rencontres tenues à ce sujet avec les représentants du milieu. « Nous allons maintenant étudier les différentes possibilités qui s’offrent à nous afin d’y donner suite de manière appropriée », a fait savoir Alice Trahan, attachée de presse au cabinet du ministre Jean Boulet.

Rappel des faits

Le milieu a été ébranlé, il y a environ sept ans, par les déclarations très médiatisées de Louis Robert, agronome au MAPAQ, qui avait dénoncé l’influence de l’industrie des pesticides dans le travail des agronomes et dans les centres de recherche publics du Québec. L’ancien ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, avait par la suite déposé, en juin 2022, un premier projet de réforme de la Loi sur les agronomes, afin, notamment, de réduire les possibles conflits d’intérêts associés à la vente d’intrants agricoles et les services-conseils. Le projet est toutefois mort au feuilleton avec le déclenchement des élections provinciales d’octobre 2022. L’OAQ a par la suite entrepris un vaste processus de consultation qui a mené à la publication d’un rapport, le 25 septembre 2025, dressant plusieurs constats et demandes qui devaient orienter le gouvernement dans l’élaboration d’un nouveau projet de loi.