Santé animale 7 novembre 2025

Les déplacements d’une mouche sous surveillance

La progression d’une mouche susceptible de perturber la production de porcs aux États-Unis, si elle s’y installe, est suivie avec attention au Canada. Mais, pour l’instant, il n’y a pas lieu de s’alarmer, affirme le responsable de la santé et de la biosécurité au Centre de développement du porc du Québec (CDPQ), Christian Klopfenstein.

Selon lui, il a été déterminé que l’insecte, à l’origine de la myiase à callitroga du Nouveau Monde, une infection causée par les larves de la mouche, ne survivrait pas à nos hivers, s’il devait atteindre le Canada. 

Pour l’instant, il (l’insecte) est assez loin du centre de production de porcs des États-Unis, qui se trouve plus dans les états de la Côte Est, de la Caroline du Nord et du Midwest.. La mouche est à la frontière mexicaine. 

Christian Klopfenstein

N’empêche, les déplacements de cet insecte font l’objet d’une veille réalisée par le Réseau canadien de surveillance de la santé porcine (RCSSP) et, à l’échelle provinciale, par le Réseau d’alerte et d’information zoosanitaire (RAIZO). 

Christian Klopfenstein

Christian Klopfenstein participe aux rencontres trimestrielles de ces deux organisations. « On s’attarde plus aux maladies existantes, mais on surveille également les nouveaux insectes qui font leur apparition », fait-il valoir. 

Inquiétudes au Sud

Pour le moment, le parasite est présent du Mexique jusqu’en Amérique du Sud. Il peut se retrouver sur les animaux d’élevage et les animaux sauvages, mais également sur l’humain. Les larves de la mouche peuvent infester les plaies et les muqueuses, provoquer des lésions et des démangeaisons. 

Selon le rapport trimestriel du RCSSP, les États-Unis et l’Amérique centrale avaient éradiqué cette maladie entre 1957 et 2001, grâce à l’utilisation de mouches mâles stériles. Cela représente une méthode de lutte biologique, car les femelles s’accouplant avec ces mâles ne produisent pas de larves. 

Une réémergence de l’insecte serait toutefois observée depuis l’été 2023, avec des déplacements vers le nord.  

En novembre 2024, le Mexique a avisé les États-Unis de la détection de la myiase à callitroga du Nouveau-Monde chez une vache dans le sud du pays.
La myiase a aussi été signalée dans la péninsule du Yucatan, au Mexique, ainsi qu’à Oaxaca et à Veracruz.

En mai 2025, le ministère de l’Agriculture des États-Unis a fermé la frontière à l’importation d’animaux du Mexique. 

« À ce jour, les États-Unis ont investi 750 millions $ dans la prévention des infections par la myiase à callitroga du Nouveau Monde », est-il relevé dans le rapport du RCSSP. Cela comprend un investissement considérable dans une nouvelle installation de production de mouches stériles au Texas pour lutter contre cette maladie. Autre conclusion du rapport : les répercussions économiques pourraient être « énormes », si le pays ne peut prévenir l’introduction de l’insecte. 

Dans le contexte actuel de changements climatiques, cela pourrait-il contribuer à favoriser les déplacements de la mouche jusqu’au Québec? « On peut faire différents scénarios catastrophes, mais pour l’instant, le risque est très faible », tempère le représentant du Centre de développement du porc du Québec.