Le démarrage d’une cannebergière a été fastidieux pour Sabrina Caron, qui estime toutefois que le jeu en vaudra la chandelle. Photo : Gracieuseté de Sabrina Caron
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S'abonner maintenantAprès avoir traversé un long processus étendu sur de nombreuses années pour démarrer leur cannebergière, Sabrina Caron et Danny Giguère, des producteurs laitiers et désormais horticulteurs, ont finalement récolté leurs premiers fruits rouges à la mi-octobre.
« On se diversifie. La raison première, c’est de maximiser les actifs [les terres] qu’on avait déjà », témoigne la productrice de Laurierville, dans le Centre-du-Québec, précisant qu’elle vient aussi d’obtenir un quota acéricole et qu’elle entend démarrer une érablière au printemps.
Ça fait des années qu’on nous dit qu’il va y avoir une chute des quotas. Je n’ai pas peur que les quotas disparaissent, mais je me dis que la diversification, ça amène une belle résilience à une entreprise. C’est dans notre vision de pérennité.
De premières démarches en 2012
La production de canneberges était convoitée depuis longtemps par ces agriculteurs, dont les terres sont propices à cette culture, mais le processus pour y parvenir a été parsemé d’embûches. Leurs premières démarches d’obtention d’un certificat d’autorisation du ministère de l’Environnement remontent à 2012. Après avoir dépensé des dizaines de milliers de dollars pour l’embauche d’ingénieurs, d’agronomes et d’autres professionnels, qui ont mené des études et travaillé à ce que les plans de ferme répondent aux exigences, ils ont finalement obtenu leur permis en 2015. Cependant, une série d’événements, dont un incendie qui a détruit leur étable, les a incités à mettre leur projet de cannebergière sur pause jusqu’en 2021-2022. Comme leur certificat obtenu plusieurs années auparavant n’était plus valide à ce moment, de nouvelles démarches fastidieuses et la réembauche d’experts ont alors été nécessaires pour le réactiver. Puis, les travaux de confection des champs ont commencé en 2023, suivis d’une implantation en 2024, en vue d’une première récolte en 2025.

Une culture profitable
« C’est extrêmement long et coûteux, indique Mme Caron. Au départ, on ne savait pas que ce serait aussi compliqué, mais on est des gens qui n’abandonnent pas facilement. » Surtout que le jeu en vaudra la chandelle, selon ses calculs, puisque la production de canneberges sur des terres propices à cette culture comme les siennes, en sol de sable grossier, sera beaucoup plus profitable, en fin de compte, que celle de grandes cultures. À terme, elle estime que les 45 hectares (110 acres) qu’elle prévoit cultiver d’ici 2030 lui assureront un revenu annuel tournant autour de 1 M$. À titre comparatif, une production de soya sur la même superficie lui rapporterait environ 100 000 $, dit-elle.

Une première récolte en mode observation
En 2025, sa production de canneberges s’étendait sur 17 hectares (43 acres). D’autres phases de développement s’ajouteront progressivement à compter de 2027.
Sabrina Caron raconte que la récolte d’octobre, qui s’est faite en trois jours, a été « petite », mais qu’elle répond aux attentes qu’elle s’était fixées pour une première année de production. « Ça nous a fait une pratique. On n’avait jamais fait ça. Nos voisins venaient nous récolter à forfait et on les regardait faire », raconte l’agricultrice, qui a aimé apprivoiser la logistique complexe, notamment pour le transfert d’eau d’un champ à l’autre, qui se cache derrière la récolte de canneberges.
« On a fait environ 4 000 livres par acre, mais on vise un rendement de 5 à 10 fois plus élevé dès l’an prochain. C’est à partir de la saison prochaine que le champ devrait être beaucoup plus fourni », anticipe l’agricultrice.
Agréablement surpris des rendements de canneberges au Québec
Après une année de rendements généreux, en 2024, les producteurs de canneberges de la province s’attendaient à une récolte « moyenne » en 2025, mais ont finalement été « agréablement surpris », affirme le nouveau directeur général de l’Association des producteurs de canneberges du Québec, Arnaud Choquette.
« Les producteurs ont tiré plus fort que ce qu’on se serait attendu », résume-t-il, précisant que les récoltes étaient terminées à 95 % en date du 5 novembre.
Les faibles pluies de juillet, août et septembre ont obligé les producteurs à puiser davantage dans leurs réserves d’eau et à inonder sur de plus petites superficies à la fois pour être en mesure de mieux recycler l’eau, ajoute-t-il, ce qui a eu pour effet de prolonger un peu le temps de récolte. Si cela a parfois représenté un « casse-tête » pour les producteurs, la saison s’est somme toute bien conclue, assure M. Choquette.