Technique 24 octobre 2025

Des génératrices fiables pour prévenir les pertes et assurer la continuité

En agriculture, une panne de courant peut avoir des conséquences dramatiques. Qu’il s’agisse de ventilation en production porcine, d’alimentation d’eau dans un poulailler ou de robots de traite en production laitière, chaque minute compte. D’où l’importance d’un équipement souvent discret, mais indispensable : la génératrice.

« Avec l’automatisation des fermes, les génératrices ne sont plus un luxe, mais une nécessité », résume Martin Letendre, vice-président de la division diesel et génératrices au Groupe Maska. Fondée à Saint-Hyacinthe en 1950, l’entreprise familiale célèbre cette année ses 75 ans. Elle compte aujourd’hui huit succursales et entretient une relation de proximité avec la clientèle agricole, présente sur plusieurs générations.

Selon M. Letendre, la dépendance à l’électricité dans les exploitations agricoles est telle qu’une panne de quelques dizaines de minutes peut suffire à compromettre un troupeau. « Dans les bâtiments fermés comme les poulaillers ou les porcheries, la ventilation est vitale. Sans elle, la chaleur monte rapidement et les pertes peuvent survenir en moins de 45 minutes. »

Pour prévenir ces risques, le marché a évolué vers des systèmes automatiques. Ces génératrices, couplées à un boîtier de transfert, détectent instantanément la coupure et démarrent en quelques secondes. « Le transfert se fait en toute sécurité, précise M. Letendre. On évite les variations de tension qui peuvent endommager les contrôles électroniques. »

Groupe Maska présente une installation à la ferme. Photo : Gracieuseté de Martin Letendre

Des erreurs coûteuses à éviter

Carrol Allen

L’entretien régulier demeure la clé pour assurer la fiabilité de l’équipement. Une génératrice mal entretenue ou négligée peut devenir une source de perte plutôt que de sécurité. « On recommande aux producteurs de faire des essais avec la charge du bâtiment, chaque semaine, de simuler des pannes et de noter le bon fonctionnement », souligne Carrol Allen, représentant des ventes agricoles chez Drumco Énergie, distributeur autorisé des génératrices Rehlko et Kohler au Québec.

L’entretien régulier demeure la clé pour assurer la fiabilité de l’équipement. Une génératrice mal entretenue ou négligée peut devenir une source de perte plutôt que de sécurité.
Robin Lafleur

Chez Drumco Énergie, qui emploie une centaine de personnes et dessert l’ensemble de la province, cette rigueur fait partie de la culture d’entreprise. « Certaines compagnies d’assurance exigent même ces tests hebdomadaires en plus de l’entretien, ajoute Robin Lafleur, représentant. C’est logique : on parle d’un équipement d’urgence qu’on n’utilise pas tous les jours. Il faut s’assurer qu’il démarre lorsqu’on en aura besoin. »

M. Lafleur cite un cas révélateur : « Un producteur avait fait fonctionner une génératrice neuve uniquement pour alimenter quelques outils pendant la construction de son poulailler. Le moteur n’avait jamais atteint sa température de fonctionnement normale ; au bout de trois mois, la génératrice coulait l’huile et a été endommagée. » Autrement dit, mieux vaut dimensionner correctement l’appareil et le faire travailler selon sa capacité réelle.

Une question de taille

La puissance de la génératrice doit être adaptée à la capacité électrique de la ferme. Trop petite, elle risque la surcharge ; trop grande, elle fonctionnera à froid et s’usera prématurément. « On dimensionne en fonction de l’entrée électrique, mais aussi des projets futurs », précise M. Allen. « Si le producteur prévoit un agrandissement, on l’inclut dès le départ pour éviter une génératrice sous-dimensionnée dans cinq ans. »

Certaines entreprises choisissent aussi de miser sur plusieurs génératrices plus petites plutôt qu’une seule très puissante. « Dans les serres ou les grands élevages de volailles ou de porcs, par exemple, des génératrices en parallèle assurent qu’en cas de panne, il reste toujours une alimentation électrique minimale pour la ventilation, explique M. Lafleur. C’est plus coûteux à l’achat, mais beaucoup plus sécuritaire. »

Cette approche est également privilégiée par des producteurs de pisciculture, où la coupure d’alimentation en oxygène peut tuer un bassin complet en quelques minutes. « Ce sont des systèmes fermés, donc la dépendance à l’électricité est totale », souligne M. Allen.

Un exemple de mise en parallèle. Photo : Drumco Énergie

Stationnaire ou PTO ? 

Deux grands types de génératrices dominent le marché agricole : les stationnaires automatiques, raccordées au bâtiment et prêtes à alimenter la charge en moins de 10 secondes, et les modèles PTO, qui doivent être connectés à un tracteur et raccordés manuellement à la bâtisse.

Les PTO coûtent moins cher, mais elles demandent une présence immédiate, explique M. Lafleur. Il faut trouver le tracteur, le raccorder et lancer la machine. « Pour les petites exploitations laitières traditionnelles, c’est encore viable. Mais dans les fermes robotisées, où une heure de retard peut perturber toute la production, la génératrice stationnaire devient essentielle », dit-il.

Les représentants de Drumco Énergie vendent les deux types, mais insistent sur le conseil personnalisé. « Chaque ferme est unique. Le bon choix dépend du budget, du niveau d’autonomie souhaité et du degré d’automatisation », ajoute M. Allen.

Selon les spécialistes, « il est toujours préférable d’acheter une génératrice conforme aux règles de l’industrie. Une génératrice de bonne qualité peut coûter plus cher mais l’investissement en vaut la peine. »

Prévoir, tester, entretenir

À travers leurs expériences respectives, les intervenants sont unanimes : une génératrice n’est pas un achat ponctuel, mais un engagement à long terme. Elle protège la production, les animaux et les revenus, mais seulement si elle est bien choisie, bien installée et bien entretenue.

« Quand la panne survient, il est trop tard pour se demander si la génératrice partira, conclut Martin Letendre. C’est l’assurance de base de toute ferme moderne. »

Pour dormir tranquille

« J’en ai trois », lance sans hésiter Frédéric Poulin, producteur agricole sur L’Isle-aux-Grues. « Je ne pourrais pas dormir la nuit sans génératrice. » Sur une île où les pannes d’électricité ne sont pas rares, la survie du troupeau dépend directement de ces appareils. « C’est essentiel pour la ventilation l’été, pour l’eau et pour garder tout fonctionnel l’hiver. »

Ses génératrices, réparties sur différents sites, sont fixes, mais conçues pour être alimentées par un tracteur. « Chaque fois qu’on tombe en panne, je suis fonctionnel. Mes animaux ne souffrent pas. » L’éleveur rappelle que les coupures peuvent avoir des conséquences dramatiques : « Par une journée d’été à 30 °C, sans ventilation, la température monte à 38 °C en quinze minutes. Après 30 ou 40 minutes, on commence à perdre des animaux. »

Son mot de la fin résume bien sa philosophie : « On dépend énormément de l’électricité. Il faut être capable d’en produire soi-même. Sur une ferme, il y a trop de vie qui en dépend. »