Pour Frédéric Poulin, la débrouillardise permet de régler bien des soucis. Photo : Maurice Gagnon
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Dans le monde agricole, les imprévus font partie du quotidien : une pièce brisée au champ, un boyau hydraulique qui cède, une ampoule qui grille. Être bien outillé n’est donc pas un luxe, mais une nécessité.
Selon Valérie Morin, représentante des ventes externes – agricoles chez Agrizone par BMR, un bon coffre d’outils est souvent la première ligne de défense d’un producteur contre les retards et les pertes de temps. « Il y a des incontournables qu’on devrait toujours avoir sous la main, autant dans le garage que dans le tracteur », affirme-t-elle.

Quand on lui demande quel est l’outil le plus utile? Sans hésiter, la première réponse que Valérie Morin lance : le couteau de poche. « On peut tout faire avec ça, même dans la vie de tous les jours. Pour un producteur, c’est un outil polyvalent. Couper un fil, gratter, ouvrir un sac de semences… c’est pratique dans mille situations. » Simple, mais indispensable, il incarne cette autonomie que plusieurs agriculteurs cherchent à préserver.
Les grands classiques
Autour du couteau gravitent les outils de base : clés à molette, clés à douilles, pinces et tournevis. Trois types de pinces reviennent constamment : la pince *grip*, la pince coupante et la pince à long nez. « Avec ces trois-là, on peut facilement se dépanner », dit-elle.
Les tournevis font aussi partie des essentiels. Mme Morin suggère d’opter pour un modèle à multi-embouts, plus compact et pratique qu’un ensemble complet. Quant au marteau et à la petite masse, ils demeurent des compagnons de route incontournables. « Changer une pièce sur un tracteur, ça demande parfois un petit coup de masse… surtout avec le bout en caoutchouc pour éviter de briser. »

Toujours prêt
« Sur une ferme, tout bris devient une urgence », rappelle Marylène Veilleux, directrice des ventes chez Migmaro. C’est pourquoi l’entreprise prépare régulièrement des coffres d’outils adaptés aux réalités agricoles. Ces ensembles comprennent toujours l’essentiel : un jeu de douilles, tournevis, pinces et marteau de mécanicien, auxquels s’ajoutent de plus en plus d’outils à batterie. « On voit maintenant des producteurs remplacer la barre de force par une clé à choc – ou “impact” – plus rapide et moins exigeante physiquement. »
L’entreprise de Saint-Hyacinthe, fondée en 2004 par Jacques Veilleux, conçoit ses coffres en fonction de l’espace disponible dans le tracteur ou dans les véhicules de ferme.
Certains préfèrent un petit coffre en métal fixé à l’extérieur, d’autres un sac à outils à l’intérieur de la cabine.
L’équipe personnalise chaque kit selon le type d’exploitation – cultures, machinerie, élevage – et selon ce que le producteur possède déjà. « On veut éviter les doublons et garder le tout abordable. Le but, c’est qu’ils puissent continuer à travailler sans perdre de temps », souligne-t-elle.
Électricité, lumière et petits dépanneurs
Mme Morin insiste aussi sur quelques indispensables souvent négligés : lampe de poche ou frontale, fusibles et ampoules de rechange, collets et attaches de plastique (tie wraps). « Un fusible qui saute, ça arrive toujours au mauvais moment, dit-elle. Avoir du rechange, c’est ce qui permet de repartir sans attendre. » La représentante recommande également de conserver quelques courroies de rechange, un inventaire de boulons (souvent des mêmes dimensions en milieu agricole) et un bout de boyau hydraulique. « Quand un tuyau pète, dit-elle, tu ne veux pas courir après ça au village. »
À ces outils s’ajoutent des produits complémentaires : le WD-40, qu’elle appelle en riant « un ami fidèle », et un tube de graisse HD. « Ce n’est pas un outil, mais ça fait partie du coffre », précise-t-elle.

Avant d’acheter, Valérie Morin recommande deux critères essentiels : la solidité et l’usage prévu. « Un outil conçu pour un bricoleur du dimanche ne tiendra pas le coup sur une ferme. Il faut payer pour la qualité, sinon l’outil te restera dans les mains au moment où tu en as le plus besoin », soutient-elle.
À son avis, la tendance est claire : les producteurs sont de plus en plus autonomes. « Les coûts augmentent et les réparateurs sont moins disponibles. Les producteurs apprennent à se débrouiller eux-mêmes pour gagner du temps et économiser. »
L’ingéniosité avant tout
Lorsque la question de l’outil le plus utile lui est posée, Frédéric Poulin répond : « une paire de pinces pis de la broche! » Mais pour ce producteur de L’Isle-aux-Grues, la vraie clé, c’est d’être autonome et débrouillard. « Un set de clés, des pinces, un Wescott… et une bonne dose d’imagination », dit-il. Sur une île où il n’y a pas toujours les bons outils sous la main, il lui arrive souvent d’inventer des procédés pour se dépanner.
Les outils essentiels, il les garde en plusieurs exemplaires, dispersés un peu partout. « Des pinces et un rouleau de broche, il y en a dans tous les bâtiments. On ne sait jamais quand on peut en avoir besoin. » Pour lui, le véritable outil indispensable, c’est surtout la solidarité : « C’est plus important d’avoir quelqu’un qui répond au cellulaire pour venir te porter un outil. On perd beaucoup de temps quand on est obligé de revenir au garage », insiste le débrouillard.
Et parce que l’entretien régulier fait partie du quotidien, il met l’accent sur un autre outil qu’on néglige trop souvent : le pistolet à graisse. « Le tube coûte entre sept et dix-huit dollars, mais ne pas graisser, ça coûte bien plus cher. » À la Ferme Lilogru, le gun à graisser est toujours prêt à servir, « avec la volonté de s’en servir », ajoute-t-il avec un sourire.
Avoir une trousse de premiers soins, c’est faire preuve de prudence. Mais encore faut-il savoir s’en servir : une formation demeure essentielle pour intervenir adéquatement et poser le bon geste au bon moment.
Entretien et prévention
À l’automne, les outils demeurent au cœur des routines d’entretien. « Avant de ranger la machinerie, il faut graisser, lubrifier et faire les petites réparations qu’on oubliera au printemps », rappelle Valérie Morin. Nettoyer, serrer, graisser : les mêmes outils qu’on utilise en saison servent à prolonger la durée de vie du matériel.
Bref, comme le rappelle Mmes Morin et Veilleux, le petit kit de dépannage 101 à garder dans chaque tracteur se compose d’un couteau de poche, d’un tournevis multi-embouts, d’une pince grip, d’une clé ajustable, d’un jeu de douilles et d’une petite masse. Pour le reste, la clé du succès demeure la même : entretenir ses outils, les garder accessibles et investir dans des produits durables.