Phytoprotection 29 septembre 2025

Des solutions de rechange concluantes

Les essais de solutions de rechange aux pesticides réalisés sur trois fermes donnent des résultats qui surprennent autant les responsables du projet que les producteurs agricoles qui y participent. 

Un premier bilan des essais a été livré à une trentaine de personnes au cours d’une visite au champ chez l’un des producteurs participants, à la Ferme Macha, de Louiseville, propriété du producteur laitier Martin Caron, qui est également président général de l’Union des producteurs agricoles.

« Je suis agréablement surpris des résultats », a confié le producteur en montrant à ses invités deux champs de soya, l’un cultivé en régie conventionnelle avec épandage de produits phytosanitaires et l’autre ayant seulement fait l’objet d’un travail minimum du sol avec désherbage mécanique.

Vous allez remarquer que les tiges sont légèrement plus hautes dans le champ travaillé mécaniquement, mais les plants comptent le même nombre de gousses. Les rendements à la récolte vont le confirmer.

Martin Caron

Le projet de quatre ans est mené par le Centre d’expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité (CETAB+) avec un investissement de 1,8 M$, versé par le ministère de l’Environnement. Murielle Bournival, agronome au CETAB+, en est la coordonnatrice. En plus de la Ferme Macha, l’entreprise Céréales Bellevue, de Paul Caplette, en Montérégie, et la Ferme Roger Beauchemin, de Yannick Beauchemin, dans le Centre-du-Québec, y ont collaboré. 

Dans le champ de soya non traité aux pesticides, l’agronome Murielle Bournival, coordonnatrice du projet du CETAB+, constate la présence de mauvaises herbes, « mais pas plus que dans l’autre champ, où il y a eu utilisation de produits phytosanitaires ».

Dans chaque cas, l’équipe du CETAB+ s’adapte aux pratiques des producteurs, explique la coordonnatrice du projet.
« Notre intention, ce n’est pas d’imposer notre vision, mais bien de voir avec le producteur jusqu’où il est prêt à aller, comment il peut intégrer dans son travail des pratiques qui permettent de réduire l’utilisation de pesticides et on va pouvoir évaluer les résultats pour déterminer les gains. »

Cette approche a été utilisée à la Ferme Macha, et l’agronome est satisfaite des résultats. Au printemps, le champ a d’abord été débarrassé des résidus de plants de maïs avant d’être travaillé au Strip-Till [travail du sol en bande] et au sarcleur lourd. 

« On se rend compte qu’on aurait pu ne rien faire et on aurait obtenu les mêmes résultats », explique la coordonnatrice. « Ce que ça nous dit, c’est que le projet ouvre la porte à limiter les interventions, peut-être de ne parfois pas en faire, de sauter une année occasionnellement dans la rotation. On peut alors avoir en tête qu’il n’est pas toujours nécessaire d’ajouter des produits pour contrôler les mauvaises herbes. On va avoir des résultats équivalents avec un équipement pour désherber. Ici [à la Ferme Macha], j’ai été surprise de voir qu’un mois après les semis de soya il n’y avait pas de mauvaises herbes, pas du tout. » 

En fin de saison, toutefois, quelques mauvaises herbes se sont immiscées ici et là parmi les plants de soya, mais rien de dramatique de l’avis même de Martin Caron. « Je suis à l’aise avec ça », dit-il. « Je suis habitué de gérer ça, c’est ce que la production bio nous apprend. On réduit nos coûts de production, sans compromettre les rendements et la qualité. »

On se rend bien compte qu’on est rapides sur la gâchette pour mettre des produits [phytosanitaires] alors que, parfois, on pourrait ne rien faire pendant une année dans une stratégie de rotation et on aurait de bons résultats.

Martin Caron

Puisque le projet est sur quatre ans, les principaux intéressés pourront suivre l’évolution d’un champ, en incluant les rotations de cultures. 

« Dans cette optique-là, dit l’agronome, j’ai fait faire un semis de blé d’automne à la volée par drone et vous pouvez voir que le blé est déjà bien établi sous le soya. Ça veut dire que l’année prochaine, on aura un blé d’automne sans pesticide. Par la suite, on va faire un engrais vert pour aller chercher de l’azote et, l’année suivante, on va refaire du maïs et reprendre le travail mécanique du sol. Non seulement on pourra réduire l’utilisation de pesticides, mais on aura amélioré la qualité du sol. »

Pour Martin Caron, l’expérience s’avère des plus concluantes. « On est prêts à faire des essais parce qu’on veut innover, mais c’est important d’être bien accompagnés. »

Le travail se poursuit

L’équipe du CETAB+ projette maintenant d’étendre ses essais à d’autres régions, dès l’an prochain. Elle souhaite donc recruter cinq autres entreprises dans les régions de la Montérégie, de Lanaudière, de la Mauricie, au Centre-du-Québec et peut-être même dans le Bas-Saint-Laurent.