Maraîchers 12 septembre 2025

Le grand virage de trois jeunes maraîchers

SAINT-DAMASE – Un grand changement de cap commence pour trois jeunes maraîchers de Saint-Damase, en Montérégie, qui, après une année parsemée d’embûches et d’incertitude pour vendre leur ail frais en grande distribution et leurs courges à l’exportation, choisissent de revoir complètement leur modèle d’affaires.

« Au lieu de tout envoyer à l’exportation ou à de très gros grossistes, on va viser plus local. On pense que l’argent est dans les kiosques », fait valoir l’un des membres du trio, Jacob Palardy. À ses côtés se trouvent sa conjointe, Alicia Desnoyers, avec qui il a fondé À la ferme Palardy, en 2021, et son ami de longue date, Loïc Riendeau, qui s’est greffé comme partenaire, l’an dernier.

Les dernières années ont été dures pour ces agriculteurs, mais ça ne les empêche pas d’accueillir La Terre avec sourire et entrain, le 3 septembre, dans l’un de leurs champs de citrouilles. L’idée de devoir se réajuster, en commençant une nouvelle aventure, ne les décourage pas; elle semble au contraire les motiver.

Si les copropriétaires bénéficient de l’aide ponctuelle d’employés, ils sont motivés à faire la grande majorité du travail à trois, pour limiter les coûts de main-d’œuvre. Aussi, ils choisissent de louer leurs terres, dans l’optique d’économiser en frais d’exploitation. Photo : Caroline Morneau/TCN

Engorgement dans l’ail

Après s’être fait un nom pour leur ail frais, qu’ils vendaient dans les grandes chaînes de supermarchés, par l’entremise de distributeurs, les trois entrepreneurs ont décidé de larguer cette production, pour se concentrer sur leur autre spécialité, la culture de citrouilles et de courges. La concurrence entre producteurs d’ail est devenue trop féroce dans les épiceries, observent-ils, ce qui a rendu l’écoulement de leurs produits pénible, en 2024 et 2025. Ils constatent par exemple qu’une entente d’exclusivité conclue entre IGA et la ferme Une Touche d’ail, de Saint-Anicet, a grandement restreint les options de débouchés pour leurs produits.

On est tannés de se battre pour vendre notre ail. On veut se tourner vers quelque chose de plus sûr.

Alicia Desnoyers

Un kiosque sur un plateau d’argent

Ce « quelque chose de plus sûr », c’est le kiosque maraîcher Palardy Fruits et Légumes, situé à Saint-Basile-le-Grand, dont Jacob prend les commandes, dès cette année, avec son père, Benoît. 

« C’est un kiosque qui appartient à mon oncle depuis plus de 20 ans, à Saint-Basile. En mai, il m’a proposé d’en prendre la relève à la location, avec mon père, et j’ai accepté », explique le jeune agriculteur de 24 ans, qui, en plus d’exploiter une entreprise maraîchère avec Alicia et Loïc, devient commerçant de fruits et légumes diversifiés avec son père.

Plutôt que de vendre leurs courges à un exportateur, comme ils l’ont fait ces trois dernières saisons, Alicia, Jacob et Loïc profiteront de cette occasion pour se tourner vers le marché du détail. 

« Je vais me retrouver à me vendre des courges à moi-même, donc on pense que c’est une valeur sûre. Surtout que c’est un kiosque établi, qui fonctionne bien », ajoute Jacob.

L’un des producteurs rencontrés, Jacob Palardy (deuxième à partir de la droite), est également coexploitant du kiosque maraîcher Palardy Fruits et Légumes, situé à Saint-Basile-le-Grand, depuis cette année. Photo : Facebook/Palardy Fruits et Légumes Kiosque

Incertitudes à l’export

Cette occasion tombe à point, puisqu’Alicia, Loïc et lui se cherchaient justement de nouveaux débouchés pour leurs courges, depuis que des menaces de tarifs douaniers planaient, cet hiver, rendant le marché de l’exportation incertain.

« Moi, il faut que je sache en janvier-février comment je me prépare pour la prochaine saison. Et à ce moment-là, on ne savait pas ce que notre transporteur allait faire. Il ne nous donnait pas de nouvelles. Il y avait beaucoup d’incertitude », raconte Jacob, qui ne souhaite plus dépendre des exportateurs, ni d’aucun distributeur, d’ailleurs.

Une nouvelle saison qui commence

Comme le kiosque Palardy Fruits et Légumes, de Saint-Basile, est déjà reconnu pour le commerce de citrouilles et de courges, et que ces produits y sont en demande, Jacob, Alicia et Loïc sont sûrs que leur production, qui s’étend sur 2,5 hectares, pour l’instant, se vendra bien là-bas. C’est d’ailleurs une autre raison qui les conforte dans leur décision de délaisser l’ail pour se concentrer sur les courges et les citrouilles. 

« On était des spécialistes de l’ail, mais la citrouille aussi, on sait comment ça marche. On le prend comme un nouveau tournant. C’est ça, le métier », conclut Jacob.  

Loïc, Alicia et Jacob cultivent 2,5 hectares de citrouilles et de courges qu’ils vendront en kiosque. Ils prévoient augmenter les superficies pour les prochaines saisons. Photo : Caroline Morneau/TCN