Le consommateur d’aujourd’hui s’éloigne de la traditionnelle McIntosh et recherche un fruit avec une chaire plus dure, très sucrée, aromatisée et très croquante. Photo : Patricia Blackburn/TCN
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S'abonner maintenantDe plus en plus de pomiculteurs, surtout ceux qui sont aussi emballeurs, se tournent vers des variétés exclusives pour gagner des parts de marché sur les tablettes des épiceries.
Éric Rochon, président des Producteurs de pommes du Québec (PPQ), estime que cette tendance, où « chaque emballeur veut avoir sa variété à lui », gagne en popularité et devrait devenir la norme dans les cinq prochaines années. « Le consommateur cherche de nouveaux goûts, donc on veut leur en offrir, mais on voit aussi que les emballeurs veulent se démarquer avec des variétés qu’ils sont les seuls à pouvoir vendre », observe-t-il.

Au Québec, deux groupes d’hybrideurs, La Pomme de demain et celui piloté par l’agronome Serge Mantha, sur l’île d’Orléans, développent de nouvelles variétés de pommes. Toutefois, ce travail en est un de longue haleine, signale M. Rochon. « La Pomme de demain a découvert la Rosinette, mais c’est après plus de 20 ans de travaux. Et le groupe de l’île d’Orléans a découvert la variété d’Orléans, aussi après des années de tests », récapitule-t-il. Car une hybridation peut produire jusqu’à 1 000 variétés, qui doivent ensuite être sélectionnées dans l’espoir de trouver la pomme rare. Le défi en est ensuite un de commercialisation, car il n’y a aucune garantie qu’elle sera adoptée par le consommateur, « qui a ses petites habitudes », souligne Éric Rochon.

Les conditions de production et de vente de ces nouvelles variétés varient selon le détenteur des droits. La Rosinette est, par exemple, une « variété club », ce qui permet à tout le monde d’en produire, mais selon certaines normes. Or, seulement trois emballeurs peuvent la vendre dans les grandes chaînes, tout comme l’Orléans, dont les droits ont été achetés par la Maison de la pomme.
On peut la vendre en autocueillette ou à son kiosque à la ferme, mais on doit passer par la Maison de la pomme pour vendre en gros.
Certains emballeurs se tournent, quant à eux, vers des variétés développées dans d’autres sites d’hybridation à travers le monde, en achètent la royauté, ce qui leur donne le droit exclusif de les vendre selon différentes conditions. Le producteur et emballeur de pommes Yves Boileau et Fils, situé à Havelock, en Montérégie, compte parmi les premiers à avoir utilisé cette stratégie dès 2014. Depuis, il mise sur trois variétés exclusives, soit la Ariane, la Red Prince et la Sweetango, dont il partage les droits avec les Vergers Stevenson. « On ne veut pas cannibaliser les ventes de pommes de la marque Qualité Québec, qui sont à part de nos variétés exclusives, mais on veut prendre la place des pommes d’importation, parce qu’il y a pratiquement une pomme sur deux qui est importée », spécifie Chloé Boileau, directrice des ventes et du marketing de l’entreprise.
Jusqu’ici, cette stratégie s’est avérée profitable, estime-t-elle, malgré l’investissement nécessaire pour acheter les droits, attendre que la plantation commence à produire et faire découvrir ces nouvelles variétés par un travail de marketing. « Ce sont des pommes qu’on vend un peu plus cher, mais on voit la plus-value : le retour sur l’investissement est meilleur qu’une variété de commodité », observe-t-elle.
La pomme du futur sera croquante et sucrée
Selon le président des Producteurs de pommes du Québec, Éric Rochon, le consommateur d’aujourd’hui s’éloigne de la traditionnelle pomme McIntosh et recherche de plus en plus un fruit avec « une chair plus dure, très sucrée, aromatisée et très croquante », décrit-il. « Et il faut que la pomme soit croquante à l’année, comme si elle venait d’être cueillie », renchérit Chloé Boileau, du verger Jean-Yves Boileau.
Le critère de conservation est désormais pris en compte dans les tests de nouvelles variétés qui se font à ce verger, tests qui ne s’arrêtent jamais « pour ne pas passer à côté des nouvelles tendances du marché », mentionne Mme Boileau. Cette tendance de consommation n’est pas unique à la pomme, mais à plusieurs autres fruits, remarque-t-elle, en donnant l’exemple des raisins barbe à papa ou du kiwi jaune, récemment introduits sur les marchés.
M. Rochon signale par ailleurs que le réchauffement climatique a permis d’introduire, dans les dernières années, de nouvelles variétés de pommes comme la Gala, la Honey Crisp et la Ambrosia, « qui sont de plus en plus cultivées au Québec et qui répondent à une nouvelle demande des consommateurs », remarque-t-il.