Des employés du Manoir d’Youville, à Châteauguay, utilisent la plateforme de Maillage Montérégie-Ouest pour approvisionner la cuisine de l’hôtel avec des légumes locaux. Photo : Gracieuseté de la MRC Roussillon
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S'abonner maintenantApprovisionner les cafétérias scolaires et les centres de la petite enfance (CPE) avec des aliments cultivés localement est le prochain défi d’un vaste projet de maillage alimentaire nommé Maillage Montérégie-Ouest.
« L’idée est de faire émerger sur nos territoires quelque chose qui ressemble à un système alimentaire territorialisé, où l’offre se reconnecte avec des institutions locales, comme les écoles, les CPE, les résidences pour personnes âgées, les restaurants et les commerces. Il suffirait de remonter dans les années 40 pour remarquer que tout ça existait déjà. Mais à force de faire du libre-échange, ça s’est détricoté. Donc là, on essaie de retricoter tout ça », résume Frédéric Paré, expert en développement agroalimentaire à la MRC de Roussillon, qui couvre une dizaine de villes de la Montérégie.
Depuis 2023, ce « retricotage » des liens va bon train. D’abord lancé à l’échelle de la MRC de Roussillon, avec l’aide de subventions, il s’est étendu à trois autres MRC adjacentes dès 2024 et s’étend depuis à tout le territoire de la Montérégie-Ouest. Des partenariats avec deux organismes d’économie sociale, d’abord avec Les Complices alimentaires, à Châteauguay, et ensuite avec la coopérative CSUR, de Vaudreuil-Soulanges, ont permis de mutualiser l’utilisation de camions de livraison et de leurs chauffeurs, d’augmenter l’offre de produits frais avec des produits locaux transformés, et d’utiliser une plateforme de transaction d’entreprise à entreprise (B2B) qui facilite les achats dans le réseau.

Un nouvel entrepôt pour améliorer la logistique
Cette année, le projet prend de l’ampleur avec la location d’un entrepôt réfrigéré à Saint-Isidore, dans l’ancienne usine d’Unisoya. Cette nouvelle installation, que le regroupement utilise depuis à peine quelques semaines, a permis de revoir la logistique de ramassage et de livraison des produits récupérés chez les producteurs maraîchers afin de gagner en efficacité.
Avant, on faisait le ramassage et la livraison le même jour, et l’entrepôt, c’était nos camions. Maintenant, on va faire le ramassage le lundi et les livraisons le mardi et le mercredi.

Le projet compte sur la collaboration d’environ 25 producteurs maraîchers, comme le serriculteur GenV, qui participe depuis le début, et qui utilise la plateforme du réseau pour vendre des produits de classe A ou B à des institutions ou des entreprises locales.
« Je pense qu’on ne les a pas nécessairement à meilleur prix, mais on les revend à prix très compétitifs, car il n’y a pas d’intermédiaire », spécifie M. Paré. Ce dernier ajoute que le plus grand défi reste de trouver et de fidéliser des acheteurs, car la plupart étaient déjà approvisionnées par différents fournisseurs avant l’arrivée de ce projet de maillage.
Surfer sur la vague d’achat local
Pour certains d’entre eux, toutefois, c’est une occasion en or de prendre ou de poursuivre un virage écoresponsable, souvent considéré comme une plus-value par leur clientèle. Un organisme sans but lucratif de Châteauguay, qui gère un hôtel, un restaurant et un café, a par exemple rapidement adopté la plateforme pour approvisionner ses cuisines. « Pour eux, ce projet, c’est du bonbon, car ça renforce leur vocation », souligne M. Paré.
Le regroupement des quatre MRC compte d’ailleurs surfer sur cette vague de popularité grandissante pour l’achat local et l’économie circulaire pour convaincre davantage de CPE et de cafétérias d’écoles de suivre le mouvement.
« C’est une de nos priorités cette année, car on trouve que c’est un mariage gagnant pour l’alimentation locale », fait valoir l’expert en développement agroalimentaire.
Inspiré d’un projet similaire à Laval
Le projet de Maillage Montérégie-Ouest s’est inspiré d’un projet similaire instauré en 2022 à Laval, mais qui n’a duré qu’une seule année. D’autres projets ont depuis émergé au Québec, mais celui de la Montérégie-Ouest reste encore l’un de ceux qui couvrent le plus grand territoire.
Un panier de fruits et de légumes imparfaits a été mis de côté chez un maraîcher local pour que Les Complices alimentaires puissent les revaloriser. Photo : Patricia Blackburn/TCN
Des pommes locales pour remplir le ventre des étudiants
Entre les offres de poutines et de pizzas, les étudiants du cégep de Valleyfield ont accès à un réfrigérateur rempli de produits locaux transformés par Les Complices alimentaires, une entreprise d’économie sociale de Napierville, qui récupère quelques 40 tonnes de produits déclassés par année chez des producteurs maraîchers locaux. Ces produits sont ensuite conditionnés, puis congelés ou transformés afin d’être revendus à bas prix dans des congélateurs libre-service installés dans différents lieux stratégiques à travers la Montérégie. L’un des congélateurs installés au cégep de Valleyfield connaît beaucoup de succès auprès des étudiants, qui raffolent des purées de pommes locales congelées, rapporte Nathalie Collin, directrice générale des Complices alimentaires. « Ils mangent les compotes comme des Popsicle entre deux cours », se réjouit-elle. L’organisme gère également trois cantines scolaires et quatre clubs des petits-déjeuners, en plus de contribuer au réseau de Maillage Montérégie-Ouest avec son camion de livraison et en profitant de cette plateforme pour vendre ses produits transformés.