Une diligence et des vélos aperçus dans le stationnement du marché public de Val Gagné, les mennonites ne pouvant conduire des voitures à essence. Photos : Émilie Parent-Bouchard
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S'abonner maintenantDepuis une quinzaine d’années, l’arrivée de familles mennonites dans le nord de l’Ontario donne un souffle nouveau à l’agriculture : des terres sont remises en culture, de nouveaux services sont accessibles pour les agriculteurs locaux et la population a accès à toute une gamme de produits locaux.
« Au commencement, on n’était pas trop certains comment c’était pour se dérouler. Beaucoup de monde dans le sud nous avait dit que les mennonites restent entre eux; ils ont leur propre école, leur propre église, leurs propres sports. Ça nous inquiétait un peu, témoigne Jason Desrochers, producteur bovin à Val Gagné. Mais après, on a vu que ça nous a amené beaucoup de services qu’on n’avait pas dans notre coin. »
Depuis l’arrivée de la communauté, on trouve effectivement viandes, fromages, fruits, légumes (frais, surgelés ou en conserves), produits de boulangerie, crème glacée, alouette au marché fermier géré par les mennonites. La communauté a aussi investi pour la construction d’un nouvel abattoir – qui fait l’envie des gens de l’Abitibi-Témiscamingue voisine, où l’abattage est un frein au développement de l’agriculture. Et ils ont aussi développé une foule de services, poursuit M. Desrochers. « On s’est aperçus que, oui, ils sont fermiers. Mais je pense qu’ils sont plutôt entrepreneurs, dit-il, énumérant les ateliers de soudure, de mécanique, de fabrication de tôle ou de tuyaux de ponceau. Les fermes fermaient ici. Ça fait que c’est bon que quelqu’un les reprenne », poursuit-il, précisant qu’au cours des 15 dernières années, la communauté est passée de sept familles à plus d’une centaine.

Un mode de vie conservateur
Comme la tradition veut qu’un père achète une terre à son fils lors de son mariage et que les familles mennonites sont nombreuses, des centaines, voire des milliers d’acres ont ainsi été remis en culture dans le Nord-Est ontarien. De nouveaux modèles se développent aussi, notamment l’engraissement à forfait. « Comme ça, ils peuvent bâtir de l’équité. Puis, plus tard, ils vont être capables d’acheter leurs propres veaux s’ils le veulent », illustre Jason Desrochers en référence à un jeune homme qui, à 23 ans, est déjà marié, père d’un enfant et propriétaire d’une étable où il soigne un troupeau de 200 têtes.
Le Syndicat des producteurs bovins de l’Abitibi-Témiscamingue a organisé, au début août, une visite des fermes à proximité de Matheson et de Val Gagné. Son président, Vincent Boisvert, a été impressionné par la remise en culture des terres, par l’économie de moyens dont fait preuve la communauté ainsi que par l’effervescence économique et agricole engendrée par son arrivée.
Je pense qu’il y a beaucoup à apprendre d’eux autres. On a des terres qu’on ne met pas en production; elles ont été bûchées et ça repousse en petits trembles. Eux autres, ils défrichent tout ça et, de la manière qu’ils font ça, ce n’est pas si dispendieux, mais on a un fond de terre qui va être productif.
Cela amène M. Boisvert à s’interroger aussi sur la tendance à mécaniser à outrance, alors que les mennonites, qui doivent travailler de manière manuelle, délèguent certaines tâches à forfait.
« Le marché de Val Gagné, on devrait prendre son modèle en considération. Au lieu d’avoir des petits marchés publics, on pourrait avoir, dans chaque ville de la région, un poste de distribution comme ça où les gens pourraient faire des conserves. Tu vas peut-être pouvoir produire trois fois plus dans ton jardin parce que tu vas avoir mis tout ton temps dans le jardin et non 50 % de ton temps au marché public », poursuit-il.
De part et d’autre de la frontière, on prépare déjà de nouvelles occasions d’échange entre les producteurs ontariens et québécois pour les années à venir.
Qu’est-ce que le mennonisme?
Le mennonisme est un mouvement spirituel chrétien anabaptiste – c’est-à-dire que l’on confirme la foi des adultes par le baptême, contrairement aux enfants dans d’autres branches du christianisme – évangélique. Leurs valeurs incluent le pacifisme, l’entraide, l’engagement envers la communauté et la foi. Certains groupes considérés comme ultraconservateurs rejettent les technologies, la modernité et la politique et vivent dans des colonies agricoles plus ou moins fermées, alors que d’autres s’intègrent à la société. On compte près de 200 000 mennonites au Canada.