Forêts 6 juin 2025

Le nouveau régime forestier subit déjà des critiques

TROIS-RIVIÈRES – Les producteurs forestiers réunis en assemblée générale annuelle, à Trois-Rivières, le 30 mai, ont adopté une résolution pour réclamer que le nouveau régime forestier réponde davantage à leurs attentes. La rencontre a eu lieu au lendemain du passage de la Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) à la Commission sur l’aménagement du territoire à l’Assemblée nationale pour proposer des amendements au projet de loi 97 visant à moderniser le régime forestier.

Vincent Miville

D’entrée de jeu, le directeur général de la FPFQ, Vincent Miville, a expliqué aux producteurs qu’il faudrait se battre « corps et âme » pour conserver un gain obtenu dans le projet de loi, soit le transfert aux MRC du pouvoir d’aménagement des forêts privées plutôt qu’aux municipalités. « Ça fait des années que vous discutez des enjeux que vous vivez avec la réglementation, si on est en mesure de [le conserver], ce sera un bon gain qui viendra simplifier votre environnement réglementaire, a-t-il fait valoir. Ce ne sera pas quelque chose de facile à faire avaler, notamment à la Fédération québécoise des municipalités et à l’Union des municipalités du Québec, qui vont se positionner contre ça, mais je pense que pour les producteurs forestiers, c’est une question de gros bon sens. » Les producteurs réclamaient ce changement depuis 30 ans. 

André Roy

Intervention « dangereuse »

Les producteurs souhaitent également revenir à la méthode préconisée dans un ancien régime forestier pour établir les redevances en forêt publique, soit qu’elles soient calculées en fonction des coûts de production en forêt privée. Pierre Lemieux, le président du Syndicat des producteurs de bois de la Côte-du-Sud, a mis l’assemblée en garde contre l’intervention « dangereuse » du député de Pontiac, André Fortin, en Commission, la veille, alors que ce dernier faisait valoir que cette demande des producteurs pourrait coûter plus cher aux usines. « Il a mis en doute la concurrence entre l’augmentation des prix du bois et l’augmentation que les citoyens vont payer en lien avec la construction de leur maison, dit-il. Il va falloir qu’on définisse ce serait quoi une augmentation de coût justifiée pour arriver à nos coûts de production et ça représenterait quoi dans le coût de la construction finale de la maison. C’est ça qu’il faudrait développer. » Le 1er vice-président de la FPFQ, André Roy, lui a donné raison. « L’augmentation du prix du bois sur l’augmentation du prix de la maison [en construction], ça n’a rien à voir et ce n’est pas ça qui va ralentir la construction. Il va falloir le marteler, ça aussi. » Alors qu’en commission parlementaire, la Fédération a proposé son aide au ministère pour établir le coût de production, en assemblée, les producteurs ont plutôt proposé qu’une firme indépendante s’en charge. Un amendement dans la résolution sur le projet de loi 97 a été adopté en ce sens.

Redditions de compte

Le projet de loi dans sa forme actuelle prévoit d’allonger de 5 à 10 ans la durée des licences d’aménagement forestier accordées aux industriels par le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF). Or, par voie de résolution, les producteurs ont demandé que la durée des licences soit maintenue à cinq ans et qu’un mécanisme de reddition de compte annuel soit prévu par les détenteurs de licences pour assurer le respect du principe de résidualité. Rappelons que ce principe oblige le gouvernement à considérer d’abord les volumes de bois disponibles en forêt privée avant d’octroyer ceux en forêt publique aux industriels. 

Le principe de résidualité oblige le gouvernement à considérer d’abord les volumes de bois disponibles en forêt privée avant d’octroyer ceux en forêt publique aux industriels. Photo : Shutterstock

Une reddition de compte annuelle entre la Fédération et le MRNF sur les volumes de bois disponibles en forêt privée serait aussi bénéfique, ont estimé les producteurs. Cela permettrait d’ajuster les volumes octroyés entre les deux entités et, à terme, de rehausser les objectifs de récolte de 20 à 30 % comme le souhaite la ministre. Un amendement a été ajouté en ce sens à la résolution sur le projet de loi 97.  

Les producteurs de deux régions demandent l’arbitrage à la Régie

Devant l’impasse des négociations entre le Syndicat des producteurs forestiers du Sud du Québec et le Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ) deux mois avant l’entrée en vigueur du règlement menant à la création d’une agence de vente, les producteurs ont déposé une demande d’arbitrage à la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec,  le 16 mai. Cette négociation mènera à l’établissement d’une première convention de mise en marché pour le bois de sciage sapin-épinette. « On est allés en conciliation, on s’est entendus sur certains points, mais il y a encore une douzaine de points qui sont en litige [comme les prix] et qui devront être tranchés par la Régie », a mentionné le président du Syndicat, André Roy, en précisant que la durée de l’arbitrage sera connue le 19 janvier.

La situation est similaire dans la région de Côte-du-Sud, qui négocie également une première convention de mise en marché du bois de sciage et de déroulage avec le représentant des acheteurs, le CIFQ. « La conciliation est finie, on a fait une demande d’arbitrage et on est à l’étape d’attendre la Régie », a mentionné le président du Syndicat des producteurs de bois de la Côte-du-Sud, Pierre Lemieux. 

En bref

  • En 2024, 64 municipalités sur 1 108 au Québec ont réduit en moyenne de 19 % la taxe sur les immeubles forestiers. Il y en avait 42 l’année précédente.
  • L’épidémie de tordeuse des bourgeons de l’épinette connaît cette année une résurgence en ce qui concerne tant les superficies affectées que la gravité. Trente et un mille producteurs sont touchés, principalement en Outaouais, dans les Laurentides, en Mauricie, dans Charlevoix et dans les Appalaches.
  • La semaine dernière, le Canada a été déclaré comme un pays à faible risque par l’Union européenne,  qui applique un règlement sur les produits exempts de déforestation sur son territoire. « Super bonne nouvelle, mais par contre ça ne nous enlève pas le fardeau de réaliser la traçabilité », a indiqué le directeur général de la Fédération des producteurs forestiers du Québec, Vincent Miville. Un exportateur de bois en Europe devra prouver que les produits ne sont pas le fruit de la déforestation liée à l’agriculture ou de la dégradation de forêts canadiennes.