La construction de deux nouvelles lignes de transport d’électricité d’Hydro-Québec pourrait entraîner la coupe de milliers d’érables, ce qui suscite des levées de boucliers chez les acériculteurs. Hydro-Québec assure que toutes les mesures seront prises pour minimiser l’abattage d’érables. Photo : Martin Ménard/Archives TCN
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S'abonner maintenantLÉVIS – Le sujet qui a suscité les plus longues discussions et le plus de grogne lors de l’assemblée générale des Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ), à Lévis, le 22 mai, concerne les trois nouvelles lignes de transport d’électricité qu’Hydro-Québec implantera sur le territoire québécois et qui auront des répercussions sur le monde agricole et acéricole.
« On n’acceptera pas que vous détruisiez les érablières », a martelé un producteur au micro en parlant vd’Hydro-Québec. Karine Douville, une acéricultrice de Saint-Ubalde, dans Portneuf, s’est levée pour ajouter un exemple concret. Le tracé actuel de la ligne nommée Vallée-du-Saint-Laurent raserait 2 000 entailles chez elle. « C’est 2 000 entailles qui seront coupées à blanc, [lesquelles s’ajouteraient] aux 400 entailles que j’ai perdues à cause des vents. Monter une érablière de 2 000 entailles quelque part d’autre, c’est du volume de transport [d’eau d’érable]. Une érablière, c’est un bien immobilier non transférable. C’est une richesse qu’on a; des érables qui donnent cinq livres [de sirop d’érable] chacun, chaque année », énonce-t-elle.
La productrice, qui a assisté aux consultations d’Hydro-Québec, a relaté la présence des petits producteurs acéricoles.
Ils perdent leurs biens. Oui, il y a la valeur monétaire, mais [des érables], c’est quelque chose d’encore plus fort. Déménager une maison, c’est possible; des érables, non.
À l’unanimité, les membres des PPAQ ont voté une résolution sommant Hydro-Québec de suspendre immédiatement les travaux d’inventaires environnementaux et techniques en cours et le déboisement, le cas échéant, pour la ligne Vallée-du-Saint-Laurent, qui partira de la région de la Capitale-Nationale et se rendra jusque dans Lanaudière. La résolution donne aussi le mandat d’effectuer des représentations afin de faire modifier le tracé final afin de limiter au maximum l’abattage d’érables.
Hydro se défend
Le conseiller en relation média d’Hydro-Québec, Pascal Poinlane, indique que le tracé de la ligne Vallée-du-Saint-Laurent découle d’une consultation auprès de 70 organismes qui a permis de dégager un consensus, soit celui de longer une ligne existante. Des érablières s’y trouvent, mais il y en a un peu partout dans le secteur, mentionne le porte-parole, si bien que de déplacer le tracé en toucherait d’autres. M. Poinlane spécifie toutefois que le tracé sera optimisé afin d’éviter de perturber les éléments sensibles dont font partie les érablières.
Chaudière-Appalaches grogne aussi
L’insatisfaction envers les projets d’Hydro-Québec touche aussi la région de Chaudière-Appalaches, où deux lignes, dont l’une à l’étape de projet, risquent de mettre au sol des érables, déplore l’acériculteur Michaël Gagné. « Ça stresse bien des producteurs. Est-ce que la ligne va passer? Est-ce qu’elle peut passer ailleurs que dans les érablières? Est-ce qu’il y aura des compensations en conséquence? Pour moi, il y a un autre non-sens. On passe des lignes à travers nos érablières et ils ne nous donnent même pas accès à l’électricité, au courant triphasé », a-t-il mentionné en entrevue avec La Terre, en marge de l’assemblée.