Main-d'oeuvre 27 mai 2025

Du soutien réclamé pour faire travailler des demandeurs d’asile dans les fermes du Québec

En deux ans, le comité sectoriel AGRIcarrières a placé 62 demandeurs d’asile en quête de travail dans des fermes de partout au Québec qui peinaient à recruter de la main-d’œuvre. Seulement 24 d’entre eux, néanmoins, sont toujours en poste. L’organisme aimerait peaufiner son service et assurer un accompagnement plus soutenu, mais manque de bras pour y parvenir.

« On sait qu’on répond à un besoin parce que les placements qui ont marché ont vraiment bien marché », assure Noémie Dubuc, qui est agente de liaison pour AGRIcarrières. 

« Mais il y en a beaucoup aussi qui n’ont pas fonctionné parce que la clé du succès, c’est l’accompagnement, tant du côté du travailleur que de celui de l’employeur, mais nos ressources sont ­limitées », ajoute-t-elle.

Depuis quelques années, des dizaines de nouveaux arrivants à Montréal, principalement des demandeurs d’asile, s’ajoutent chaque jour à une liste d’attente dans l’espoir de décrocher un emploi en agriculture par l’entremise du service de placement de main-d’œuvre Agrijob qu’offre AGRIcarrières. 

Comme il est impossible de trouver du travail à tout ce monde à proximité de Montréal, l’idée de jumeler des candidats avec des producteurs en régions plus éloignées qui peinent à recruter a émergé. C’est comme ça que l’organisme a commencé à faire le pont entre de nouveaux arrivants prêts à s’établir en région et des fermes capables de les accueillir. 

« On a commencé à régionaliser les placements, tranquillement. On en a placé au Saguenay, en Abitibi, dans le Bas-Saint-Laurent, en Mauricie, dans Lanaudière, dans le Centre-du-Québec », énumère-t-elle, faisant valoir que les personnes qui ont recours au système ont un permis de travail ouvert et peuvent travailler comme n’importe qui. 

L’organisme, fait un tri des demandes, s’occupe du recrutement et organise des entrevues entre l’agriculteur et le candidat avant de procéder au maillage. Il s’assure aussi que le travailleur a accès à un service de francisation, par l’entremise du centre d’emploi de la fédération régionale de l’Union des producteurs agricoles, et fait un suivi de son intégration.

Noémie Dubuc

Potentiel et défis

« C’est une main-d’œuvre qui a du potentiel, mais il y a des défis. Souvent, les demandeurs d’asile ne parlent pas français et il y a plein de choses de la société québécoise qu’ils ne comprennent pas. On se rend compte qu’il y a des malentendus reliés à la langue. Le demandeur d’asile, qui a peut-être vécu des choses difficiles avant d’arriver, est stressé, anxieux. Le producteur, lui, nous appelle pour nous dire qu’il ne comprend pas pourquoi son travailleur est bête aujourd’hui », donne-t-elle en exemple.Noémie Dubuc constate que plus de ressources seront nécessaires pour assurer un travail adéquat de préparation et d’intégration de la main-d’œuvre.

« Il faut que les employeurs sachent comment encadrer leurs nouveaux ­travailleurs. Les six premiers mois sont les plus critiques. C’est là où les travailleurs vivent toute sorte de premières expériences. On recommande aussi à l’employeur de faire des suivis pour s’assurer que le dossier d’immigration du travailleur est en ordre. Il y a plein de choses à penser. »

Manque de financement

Au début de 2025, AGRIcarrières a puisé dans son budget pour l’embauche d’une ressource à temps plein, responsable du service de placement en région. L’organisation constate toutefois que c’est insuffisant. Elle s’inquiète de ne pas être en mesure de pérenniser le service sans un soutien financier de Québec. L’idéal, selon Noémie Dubuc, serait d’ajouter deux ressources pour être en mesure de faire 50 placements par année.

Son organisation a fait une demande de financement pour son projet, mais doute qu’elle obtiendra l’aide attendue. « Il y a très peu d’organismes qui obtiennent du financement pour offrir des services aux demandeurs d’asile », signifie Mme Dubuc.

Le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale précise que la demande d’AGRIcarrières n’a pas été rejetée et qu’elle est encore sous analyse. Certains projets pilotes visant l’intégration à l’emploi ou en région des demandeurs d’asile peuvent bénéficier d’un soutien s’ils sont acceptés, assure-t-on.