En cette période des semis, La Terre fait le point sur les dernières technologies mises à la disposition des producteurs de grandes cultures tant biologiques que conventionnelles. De l’avis de plusieurs, certaines marquent un virage dans l’histoire de la machinerie agricole. Photomontage : Judith Boivin-Robert/TCN
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S'abonner maintenantDe nouvelles avancées technologiques cognent à la porte des producteurs de grandes cultures. Ces équipements plus précis et plus performants sont aussi plus dispendieux, ce qui pousse les manufacturiers à imaginer de nouvelles façons d’en faire la commercialisation.
Des pulvérisateurs automoteurs John Deere équipés d’une technologie capable de diminuer considérablement les doses de pesticides de contact sont vendus pour la première fois au Québec. L’une des machines était en démonstration dans la région de Saint-Hyacinthe à la mi-mai. « Ça s’appelle le See & Spray Ultimate. Ce sont des caméras qui détectent les mauvaises herbes dans les cultures de maïs et de soya. C’est fou raide, les gains que ça permet », lance Bruno Bouchard, directeur des ventes pour les concessionnaires JLD-Laguë.
Les essais réalisés aux États-Unis font état d’une diminution de 59 % des doses de pesticides épandues. Les tests effectués l’an dernier au Québec par M. Bouchard et son équipe ont plutôt affiché des baisses moyennes de 47 % des doses administrées, un résultat moindre par rapport à celui de John Deere, qu’il explique par des essais exploratoires effectués selon différents paramètres. « Mais quand même, 47 % de moins, ce sont des dollars de moins en achat de pesticides pour le producteur et c’est tout l’impact positif sur l’environnemental, sans oublier le fait qu’utiliser moins de pesticides crée moins de résistance chez les mauvaises herbes et stresse moins les cultures », explique-t-il.
Une technologie qu’il faut payer à l’hectare
Le See & Spray Ultimate est non seulement nouveau dans les champs; sa façon d’être commercialisé l’est également. En effet, dans ce cas-ci, l’époque où l’agriculteur achetait un équipement et l’utilisait comme bon lui semblait est révolue. La technologie d’application sélective des pesticides se détaille sous les 50 000 $ pour l’agriculteur, au lieu de sa valeur réelle qui avoisine les 200 000 $. Si le coût d’acquisition est plus faible, c’est que le producteur devra par contre payer des frais d’utilisation qui varieront de 3,46 $ à 17 $ l’hectare.
En fait, plus la technologie est mise à contribution, plus l’agriculteur économise en pesticides, mais plus il doit payer pour l’utiliser. Par exemple, si l’application est effectuée avant les semis, c’est-à-dire que tous les végétaux dans le champ sont à ce moment de la mauvaise herbe, le système d’analyse aura la vie plus facile et John Deere facturera un montant moindre à l’agriculteur. Par contre, si l’application d’herbicide s’effectue en post-levée, par exemple que le maïs est au stade cinq feuilles, le système devra différencier les plants de maïs des adventices, ce qui augmentera la facture à l’hectare.
Si le coût à l’hectare peut en freiner quelques-uns, Bruno Bouchard affirme qu’il s’agit pourtant d’un choix avantageux.
Au lieu de vendre une technologie de 200 000 $ et que pratiquement personne ne peut en justifier l’achat à ce prix, on la rend abordable dès le départ. Les calculs qu’on a faits en fonction du coût des pesticides nous montrent un retour sur investissement de deux ans. Ça devient un no brainer. C’est donc une approche qui permet de démocratiser ce genre de technologie.

Bruno Bouchard ajoute qu’un prix de base plus accessible attirera plus d’utilisateurs, donnant l’occasion à John Deere de collecter plus d’informations. « C’est comme ça que tu améliores le machine learning [l’apprentissage de la machine par la machine]. Ça nous permettra d’aller plus loin plus vite. » Il est ainsi prévu que des caméras adaptées à la vision de nuit puissent éventuellement être offertes, tout comme la possibilité de sélectionner un seul type de mauvaises herbes à traiter, par exemple le souchet.
Photo : Gracieuseté de Bruno Bouchard
Un jet d’engrais sur chaque semence pour en mettre moins
Quatre producteurs du Québec essaient présentement une nouvelle technologie de John Deere qui s’installe sur les planteurs et qui consiste en une buse qui envoie un jet d’engrais liquide sur chaque semence juste avant qu’elle ne soit mise en terre. « Ça permet d’utiliser du tiers jusqu’à la moitié moins d’engrais au démarrage comparativement à l’engrais qui est habituellement placé sur toute la longueur du sillon », dit Bruno Bouchard. Cette technologie est disponible pour les planteurs neufs, mais aussi sur certains modèles des années précédentes. Il en coûte 15 000 $ pour s’en munir, en plus de frais d’environ 2,50 $ à l’hectare payables à John Deere pour l’utiliser. « On essaie toujours maintenant de voir le retour sur investissement de ces nouvelles technologies. On fait nous autres même des essais au Québec et, dans ce cas-ci, on calcule un retour sur investissement de 1,5 an pour quelqu’un qui a 400 ha », mentionne-t-il.