Bio 23 mai 2025

La plus grande usine de biochar au Canada est inaugurée à Port-Cartier

Une première usine au Canada capable de produire du biochar en quantité industrielle à partir de résidus forestiers a été inaugurée à Port-Cartier, le 22 mai. 

Cette matière, par ses propriétés fertilisantes, a un potentiel énorme en agriculture pour réduire l’utilisation d’engrais chimiques, affirme Michel Gagnon, chef de la direction d’Airex Énergie, soit l’un des partenaires participant au projet de démarrage de l’usine Carbonité, sur la Côte-Nord. 

Riche en carbone produit par pyrolyse à haute température, à partir de biomasse résiduelle, le biochar est également efficace, dit-il, pour la séquestration du carbone.

M. Gagnon raconte que son entreprise de fabrication de biochar québécoise a été approchée par la multinationale européenne Suez, spécialiste de la valorisation des déchets organiques, pour la production de cette matière à grande échelle. Le troisième partenaire est l’entreprise forestière Groupe Rémabec, qui se situe à même le site de l’usine de Port-Cartier. Elle fournit la matière première, notamment de la sciure de bois, des copeaux et de l’écorce.

On est dans une phase de démarrage, mais on fait une montée en puissance. Ça va bien, on produit tous les jours du matériel et on a fait nos premières ventes au Québec. On en a aussi de prévues en Europe, sous peu.

Michel Gagnon

En activité depuis quelques mois, l’usine Carbonité a déjà une capacité de fabrication annuelle de 10 000 tonnes de biochar, avec une ligne de production. D’ici 2026, l’objectif est d’en produire 30 000 tonnes, avec l’ajout de deux autres lignes. Dans son ensemble, le projet se chiffre à 42 M$.

Surtout en Europe

Si la majorité de ce qui y sera produit à court terme sera exporté en Europe, où le marché pour ce produit est plus développé, Michel Gagnon souhaite contribuer au développement du marché canadien. Il participe d’ailleurs à plusieurs travaux en cours dans des centres de recherche du gouvernement fédéral pour documenter le potentiel du biochar en leur fournissant de la matière.

« Dans cinquante États américains, où le marché est aussi plus développé qu’ici, on subventionne l’usage de biochar, affirme-t-il. Au Canada, on ne le voit pas encore, parce que les travaux de recherche sont moins avancés, mais ça bouge. »

L’usine a aussi des clients québécois, souligne M. Gagnon, dont une ferme à Mirabel, à qui elle a déjà livré plusieurs camions de biochar pour la production maraîchère.

Utilisé comme amendement de sol, le biochar améliore la rétention d’eau et de nutriments, ainsi que la structure des sols. Il peut aussi être utilisé comme élément de décontamination, précise-t-il.

« Leur problématique, c’est qu’ils avaient un sol beaucoup plus sablonneux. En utilisant du biochar, ça leur a permis de développer l’agriculture dans des zones [où il est plus ardu de cultiver] », indique-t-il.