Lait 29 avril 2025

Craintes d’une baisse de fiabilité des données laitières

Plusieurs éleveurs s’inquiètent d’une baisse de fiabilité des données officielles sur les animaux, auxquelles ils se réfèrent pour faire des choix génétiques, si de moins en moins d’entreprises en traite robotisée participent au contrôle laitier.

Lactanet est l’organisation désignée pour évaluer la qualité de la génétique des taureaux à l’aide des données sur la production des vaches qu’elle recueille à la ferme, lors des contrôles laitiers. Ces évaluations de taureaux, qui tiennent compte des performances laitières de leur progéniture, sont utilisées comme référence par les éleveurs lorsqu’ils font leurs choix de semence dans les centres d’insémination.

Dans un contexte où le contrôle laitier – avec échantillons de lait et électronique – est la seule source de données officielles sur la production laitière, servant aux évaluations génétiques, et où de nombreuses fermes n’y participent plus, plusieurs éleveurs sont préoccupés. 

L’un des copropriétaires de la Ferme Royolait, Maxime Roy, assure ne pas avoir besoin du contrôle laitier électronique pour sa gestion de troupeau, mais y adhère tout de même par « conscience sociale agricole ». En transférant les données issues de ses robots de traite à Lactanet, une partie d’entre elles peut ­servir aux évaluations génétiques. 

« Je paye quand même 5 000 $ par année [pour le contrôle laitier électronique] juste pour que mes données soient validées et publiées parce que je veux que les centres d’insémination les utilisent. Je me dis que s’il n’y a pas de données, il n’y a pas de chiffres, pas de base », fait valoir ce producteur d’Ange-Gardien, en Montérégie.

Ysabel Jacobs, copropriétaire de la Ferme Jacobs, dans Portneuf, partage cet avis. « Les données sont importantes parce que c’est ce qui va améliorer la génétique. Plus il y a de gens sur le contrôle laitier et sur la classification, plus on a de données sur les filles de taureaux qui sont justes », croit l’éleveuse, qui avait délaissé les services de Lactanet, mais qui y adhère de nouveau, depuis un an. Elle critique cependant le fait qu’elle doive payer le contrôle laitier électronique pour que les données de ses robots servent à l’avancement génétique.

Inéquitable, selon les membres de Holstein Québec 

Plusieurs éleveurs qui participent au contrôle laitier jugent inéquitable de payer pour fournir des données qui profitent à l’ensemble des producteurs, y compris à ceux qui ne font pas le contrôle laitier. Les membres de Holstein Québec, réunis en assemblée en février, ont d’ailleurs adopté une résolution demandant à Lactanet et aux centres d’insémination de « trouver une solution à cette iniquité », en offrant, par exemple, une rétribution aux fermes qui contribuent à la publication de données. 

« Ce n’est pas juste quelques personnes qui devraient payer pour ça », croit le président de Holstein Québec, Pascal Martin. Disant respecter le choix de fermes en traite robotisée de ne plus faire le contrôle, il estime qu’il revient à l’ensemble de l’industrie laitière de réfléchir à des solutions.  

Encore bien suffisamment de données, fait valoir Lactanet

Selon le chef de l’exploitation et directeur du centre d’expertise chez Lactanet, Daniel Lefebvre, 62 % des fermes laitières au pays adhèrent encore au contrôle laitier, ce qui serait amplement suffisant pour assurer la fiabilité des données. « On est loin d’être rendus à parler d’une perte de valeur des données », insiste-t-il.

Quant à la demande des membres de Holstein Québec, il répond que la mise en place d’un système de rétribution impliquerait une concertation de l’industrie pour répartir le financement du contrôle laitier, par exemple par l’entremise de contributions de l’ensemble des producteurs.

Chez le voisin ontarien, tous les producteurs contribuent au contrôle laitier par des prélevés sur la paye de lait. Selon les Producteurs de lait du Québec, l’idée de faire de même n’a jamais été soulevée. Au Centre d’insémination artificielle du Québec, on spécifie que les centres d’insémination fournissent déjà une contribution financière à Lactanet pour le traitement des données recueillies à la ferme servant aux évaluations génétiques de taureaux.