Lait 29 avril 2025

Des producteurs adoptent les robots et délaissent le contrôle laitier

Bon nombre de producteurs ont délaissé le contrôle laitier, jugeant suffisantes les données fournies par les robots de traite. Face à cette réalité, Lactanet redouble d’efforts pour démontrer la plus-value de ses services.

Un producteur de Saint-Simon, en Montérégie, Samuel Giard, ne regrette pas la décision qu’il a prise, il y a quelques années, d’arrêter de recourir au contrôle laitier de Lactanet comme outil de gestion. Il estime que le système de traite robotisée de marque Lely dont sa ferme s’est dotée en 2023 lui donne amplement de données précises sur chacune de ses vaches pour mener à bien ses activités.  

« J’ai mon taux de gras, mon taux de protéines, mes cellules somatiques. Peut être que les données ne sont pas calibrées à la perfection, mais je peux comparer les vaches de mon troupeau. Pour moi, ça va super bien comme ça », assure celui qui est copropriétaire de la Ferme Giard avec son père.

Un producteur de Saint-Simon, en Montérégie, Samuel Giard, estime que le système de traite robotisée Lely, dont sa ferme s’est dotée en 2023, lui donne amplement de données précises, à chaque traite, pour mener à bien sa gestion de troupeau. Photo : Gracieuseté de Samuel Giard

Le contrôle laitier à sa ferme, ajoute-t-il, impliquait beaucoup de temps pour la préparation des échantillons de lait avant les cueillettes et lui coûtait entre 8 500 $ et 10 000 $ annuellement pour environ 135 vaches en lactation. Un prix qu’il jugeait élevé, considérant la quantité phénoménale d’informations que ses robots lui fournissent déjà à chaque traite. « Ça faisait beaucoup de sous et beaucoup de temps que je pouvais mettre ailleurs. »

Un producteur de Roxton Pond, en Estrie, Christian Maheu, a décidé d’arrêter le contrôle laitier « temporairement », après être passé du salon de traite aux robots, il y a quelques mois. Il se donne du temps pour apprivoiser les nouvelles informations que lui procure la technologie avant de décider s’il recourra de nouveau aux services de Lactanet.

« Si je trouve que ce n’est pas assez précis dans les analyses, peut-être qu’on retournera au contrôle laitier », témoigne le copropriétaire de la Ferme Marcel Maheu.

Là, on a les données pour les cellules somatiques et ç’a l’air d’aller. Pour le gras et la protéine aussi, mais peut-être qu’avec le temps, on va se rendre compte que tel ou tel rapport nous aidait vraiment à prendre les bonnes décisions et qu’ils nous manquent.

Marcel Maheu

Dix des 17 producteurs en traite robotisée qu’accompagne la conseillère en gestion Caroline Collard, du Centre ­multi-conseils agricoles, dans Chaudière-Appalaches, ne font plus le contrôle laitier. Plusieurs, dit-elle, ont réduit cette dépense après avoir investi pour de nouveaux équipements hyper performants qui leur confèrent déjà une foule d’informations. Ses clients, tout comme plusieurs producteurs avec qui La Terre s’est entretenue, perçoivent que Lactanet a mis trop de temps à adapter ses services à l’ère des robots et que le contrôle laitier est moins un incontournable qu’il l’a déjà été.

Taux de rétention de 80 %

Le chef de l’exploitation et directeur du centre d’expertise chez Lactanet, Daniel Lefebvre, précise que 62 % des fermes canadiennes, dont 1 100 en traite robotisée, adhèrent encore au contrôle laitier, alors que la proportion était d’un peu plus de 75 % il y a dix ans. Son collègue Jean-Marc Neilson, qui est directeur national des ventes et des services, assure que son équipe travaille d’arrache-pied, depuis quelques années, pour démontrer la plus-value du service aux producteurs qui transitent vers la traite robotisée et faire en sorte qu’ils continuent d’y recourir. Depuis deux ans, le taux de rétention au contrôle laitier est d’environ 80 %, dit-il. 

« Il y avait une décroissance dans nos parts de marché pour le contrôle laitier depuis cinq ans, mais dans les deux dernières années, on a stabilisé l’érosion », insiste M. Neilson.

Oui, la technologie s’est développée, mais nous aussi. Le contrôle laitier, c’est plus que le gras, la protéine et les composantes. Ce sont des analyses de santé, de la gestation, du glucose. On fait des tests, vache par vache, pour aider les producteurs à prendre les meilleures décisions à la ferme. […] On accompagne le producteur pour qu’il ait un retour sur l’investissement.

Jean-Marc Neilson

Il affirme que plusieurs fermes qui avaient délaissé le contrôle laitier ont d’ailleurs renoué avec le service dernièrement, dont la Ferme Landrynoise, qui a 30 robots de traite. « Les contrôles, ça nous confirme ce que nos robots nous disent. Ça nous garantit une exactitude des données », indique le copropriétaire de cette ferme de Saint-Albert, dans le Centre-du-Québec, Carl Landry.  


Satisfait du contrôle laitier électronique et des services-conseils

Mikaël Walaszczyk, relève et coactionnaire de la Ferme Walas, a choisi d’adhérer au contrôle laitier électronique (CLÉ), soit une option que Lactanet propose depuis quelques années aux producteurs en traite robotisée.

Moins coûteux en temps et en argent que la traditionnelle cueillette d’échantillons de lait, ce service prend les données des robots pour la production de rapports d’analyse poussés. Les transferts de données se font à distance et sont accompagnés de services-conseils dont le producteur de Henryville, en Montérégie, ne se passerait pas.  

« Ça te force à t’asseoir avec quelqu’un, une dizaine de fois par année, pour analyser ce qui va bien et ce qui ne va pas bien. Où est-ce qu’on s’en va par rapport au passé? » indique le producteur qui voit les bénéfices de ce service pour la gestion de son troupeau. Ses robots Lely, observe-t-il, lui donnent des données précises au jour le jour, mais ne lui permettent pas de se comparer à d’autres producteurs de la province et de pousser l’analyse plus loin. « Ce qu’il manquait, c’étaient des comparatifs et des analyses à long terme, sur un an ou sur trois mois. »

Le contrôle laitier électronique utilise les données des robots pour faire des rapports d’analyse poussés et est accompagné de services-conseils dont Mikaël Walaszczyk ne se passerait pas. Photo : Gracieuseté de Mikaël Walaszczyk

Un nutritionniste neutre

Michael Breault, de la Ferme Middleview, à Clarenceville, en Montérégie, a songé à délaisser le contrôle laitier avec collecte d’échantillons après la robotisation de l’étable, en 2017, mais a finalement décidé de continuer. Le service, juge-t-il, apporte une précision de plus, notamment pour le taux de gras dans le lait. Il est aussi accompagné des conseils d’un nutritionniste neutre, ce qu’il apprécie. 

« J’aurais un peu de la misère à engager quelqu’un d’une meunerie à qui je dois acheter de la moulée. Le représentant de Lactanet, il s’en fout d’où ma moulée vient », fait-il valoir.