Une pratique durable à reconnaître

Reconnaître la culture des plantes fourragères pérennes comme une pratique durable et accorder à ses producteurs une rétribution des pratiques agroenvironnementales permettrait de stabiliser, voire d’augmenter, les superficies en culture. De nouveaux marchés pourraient également être développés.

C’est ce que croit le président du Conseil québécois des plantes fourragères (CQPF), Vincent Audet. Actuellement, dit-il, les producteurs de plantes fourragères pérennes ne peuvent bénéficier d’aucune des rétributions financières accordées, par exemple, dans le cadre du Plan d’agriculture durable (PAD), du gouvernement du Québec. 

« Un producteur de céréales (maïs, soya, grains) peut aller chercher une rétribution s’il utilise des plantes de couverture pour couvrir ses champs durant l’hiver, relève M. Audet. Mais, les producteurs de fourrage qui, eux, couvrent leurs champs depuis des années, et dont les prairies et pâturages sont recouverts chaque hiver, n’en ont pas. »

Pourtant, les superficies allouées à la culture des plantes fourragères, dont au foin, contribuent à la réduction de l’érosion, à l’amélioration de la qualité de l’eau, à la réduction de l’utilisation de pesticides et à la réduction de fertilisation azotée, énumère le président du CQPF.  

« Ces gens-là, qui sont les meilleurs élèves de la classe en matière d’agriculture durable, ne peuvent pas recevoir de rétribution pour leur bon travail, déplore Vincent Audet. On veut rétribuer les bonnes pratiques et on récompense ceux qui commencent. Mais ceux qui le font depuis des années n’y ont pas droit. »

Selon les données relevées dans le « Plan stratégique de la filière des plantes fourragères pérennes 2025-2030 », les superficies en cultures fourragères ont chuté de 22 % entre 2001 et 2021. Photo : Martin Ménard/Archives TCN

Réflexion

M. Audet affirme qu’aucune représentation officielle n’a encore été faite auprès du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation. Les discussions réalisées à cet effet au cours des derniers mois par le CQPF avec différents intervenants lui ont toutefois permis de confirmer que ses arguments tiennent la route. 

« Historiquement, ça a toujours été tenu pour acquis que les producteurs laitiers et de bœuf avaient besoin d’avoir des prairies et des pâturages et que ça faisait partie de leur modèle d’affaires », relève M. Audet, qui croit que les choses devraient être vues d’un autre œil. 

« Je suis d’accord avec le principe, affirme le producteur et commerçant de foin, Robert Bouffard, d’Ayer’s Cliff, en Estrie. Si les producteurs de grains l’ont (la rétribution), pourquoi les producteurs de foin ne pourraient pas l’avoir? Si ça peut aider des agriculteurs, c’est tant mieux. De notre côté, on essaie quand même de se débrouiller avec nos affaires. »

« C’est une bonne réflexion à avoir, estime également David Normandin, de Norfoin, à Saint-Césaire. Pour des ­producteurs de foin, ça serait le fun parce que nos terres ne sont jamais à nues. »

Stabiliser les superficies

Une potentielle rétribution à titre de pratiques agroenvironnementales pourrait permettre de stabiliser les superficies de plantes fourragères pérennes en culture, calcule Vincent Audet. 

De plus en plus, on voit des producteurs qui choisissent de remplacer leurs prairies et leurs pâturages par des cultures annuelles. Mais si on rétribuait les producteurs pour qu’ils conservent leurs plantes pérennes dans leur production, on améliorerait notre bilan pour le plan d’agriculture durable.

Vincent Audet, président du CQPF

Selon les données relevées dans le « Plan stratégique de la filière des plantes fourragères pérennes 2025-2030 », les superficies en culture ont chuté de 22 % entre 2001 et 2021, tandis que celles allouées aux grains ont augmenté, mais dans une moindre proportion, durant la même période. 

Dans le contexte où la guerre commerciale avec les États-Unis semble vouloir compliquer les exportations de foin au sud de la frontière, où 97 % des ventes sont réalisées, l’augmentation des superficies en culture de plantes fourragères pourrait présenter des avantages, calcule le président du CQPF. 

« Si on a plus d’hectares, on pourra fournir des ­acheteurs qui cherchent de grands volumes et aller chercher de nouveaux marchés », est convaincu Vincent Audet. 

Chose certaine, le programme de Rétribution agroenvironnementale, instauré en 2022, connaît un fort engouement. La totalité de l’aide financière disponible pour 2025 a rapidement été accordée. La période ­d’inscription, qui débutait le 5 mars, est terminée, souligne la Financière agricole du Québec.  

Le total de l’aide directe aux entreprises dans le cadre de cette mesure phare du Plan d’agriculture durable 2020-2030 (PAD) atteindra 122 millions $, a souligné le MAPAQ.