Les exportations de foin, réalisées à 97 % au pays de l’Oncle Sam, représentent des ventes de quelque 30 M$ par an. Photo ; Gracieuseté du CQPF
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Les exportations québécoises de foin de commerce sont réalisées en très grande partie aux États-Unis. Si ce marché devait se resserrer, voire se fermer, les effets seraient limités à court terme pour les producteurs. Mais, à long terme, l’histoire pourrait être toute autre, estiment des exportateurs de foin aguerris.
Chose certaine, la situation actuelle a des airs de jamais-vu pour plusieurs d’entre eux. « On ne s’attendait pas à ce qu’il [le président américain] veuille mettre autant la pagaille », laisse tomber Marc-André Lassonde, président des Fermes Kavalier 2000, à Varennes.
Le foin de commerce sera-t-il soumis à des droits de douane ou non? La question a taraudé au cours des dernières semaines tous les producteurs et exportateurs sondés. À l’heure actuelle, le foin échappe aux tarifs. Mais la menace est-elle totalement écartée? Rien n’est moins sûr. « Ça amène une incertitude qui est moins le fun », déplore David Normandin, de Norfoin, à Saint-Césaire, en Montérégie.
« Les producteurs vont continuer à produire, mais ils se demandent s’ils en font moins cette année, fait pour sa part valoir Robert Bouffard, d’Ayer’s Cliff, en Estrie. Ce n’est pas une décision facile à prendre, parce que c’est un peu inquiétant de savoir comment les marchés vont réagir. »
Celui-ci produit et commercialise du foin depuis de nombreuses années. Il envoie annuellement 750 000 petites balles aux États-Unis. Il suit donc avec attention la situation et les déclarations du président Trump concernant les tarifs douaniers.
Des tarifs de 25 %, tel que l’a laissé présager Donald Trump durant un moment, auraient pu inciter certains clients américains de Robert Bouffard à se tourner vers les producteurs locaux.
J’ai eu des réactions de clients dans ce sens-là, dit-il. Mais jusqu’à quel point peuvent-ils avoir du foin? Ça, c’est une autre question.
Pas trop longtemps
Le président du Conseil québécois des plantes fourragères (CQPF), Vincent Audet, estime que l’impact des tarifs douaniers pourrait, si la situation perdure, être plus tangible à moyen et à long terme. La demande ne devrait toutefois pas se volatiliser à court terme.
« Il faut reconnaître qu’ils [les clients américains] ont besoin du produit, dit-il. Ça fait des années qu’on vend là-bas et qu’ils l’achètent. Ils ne pourront pas se tourner de bord en quelques semaines. Il va y avoir une période où on va continuer à faire du business ensemble, malgré le coût additionnel. »
« Mais, je pense qu’il ne faudrait pas que ça dure trop longtemps », ajoute du même souffle M. Audet, en faisant référence au maintien des droits de douane.

Le marché ne se fermera pas en deux semaines, estime également Robert Bouffard. Il n’entend pas apporter de grands changements à sa production à court terme. « On prendra les décisions en conséquence, cet automne », dit-il.
« Ils n’auraient peut-être pas tant d’options, du côté américain, pour se revirer de bord à court terme, croit également Marc-André Lassonde. Ma clientèle de la côte Est est habituée avec des petites balles de 40 livres. Ils en font venir un peu de l’Ouest américain, mais ça arrive en grosses balles ou, si ce sont des petites, elles viennent de grosses balles coupées et recompressées. Et c’est un produit différent. »
Les Fermes Kavalier 2000 a mis une croix sur la production il y a quelques années pour se concentrer sur la commercialisation du foin d’autres agriculteurs. Ses ventes aux États-Unis représentent environ 50 % de ses activités.
Options limitées
Selon Marc-André Lassonde, les options de mise en marché n’abondent pas dans le contexte actuel. Les marchés québécois et ontarien sont déjà « un peu saturés », bien qu’il y ait encore certaines zones où les gens ont de la difficulté à s’approvisionner en foin de qualité, dit-il.
Même son de cloche de Robert Bouffard, également actif en production bovine. « Si le marché américain se ferme, je ne pense pas qu’il y ait assez de demandes (locales), dit-il. Soit ça va faire baisser les prix ou soit ça va créer une abondance. »
Les exportations représentent un peu moins de la moitié du chiffre d’affaires de Norfoin. David Normandin entend ainsi continuer à répondre d’abord aux besoins de sa clientèle locale.
« La demande est quand même forte et on veut continuer de servir nos clients qui nous ont aidés à démarrer, qui ont été nos premiers acheteurs, dit-il. On ne veut pas les lâcher. »
Exporter outre-mer?
Norfoin se distingue cependant des autres joueurs, car l’entreprise a fait le choix d’investir dans les équipements appropriés, dont un séchoir et un compacteur, afin d’être en mesure d’exporter son foin outre-mer. Ses produits prennent entre autres la direction des Caraïbes et du Moyen-Orient, à coup « de deux ou trois conteneurs à la fois ».
« Aujourd’hui, ça nous sécurise de ne pas avoir tous nos œufs dans le même panier », dit David Normandin.
Les ventes outre-mer de Norfoin représentent 10 % de ses affaires, et celles en sol américain, environ 28 %.
Qui sait, avance David Normandin, si les États-Unis persistent avec les tarifs douaniers, cela pourrait même créer de nouvelles opportunités. Si les exportations américaines de foin sont revues à la baisse pour répondre à la demande intérieure, d’autres joueurs, comme Norfoin, pourraient, par exemple, contribuer à combler la demande mondiale.

Les ventes à l’international ne sont toutefois pas à la portée de tous, relève Vincent Audet du CQPF.
Ça prend de l’équipement et de l’expertise. Les normes phytosanitaires sont très pointues et compliquées. Comme les coûts à la tonne sont élevés, l’utilisation des conteneurs doit être maximisée et le foin, surcomprimé.
La compétition est également forte. Et elle vient d’un peu partout sur la planète : de l’Espagne, de la Roumanie, des pays d’Afrique et d’Asie, note-t-il.
« Ça peut se faire, développer d’autres marchés. Mais il faut vraiment avoir de gros volumes », ajoute M. Audet, en précisant que la Chine, le Japon et la Corée sont d’importants acheteurs de foin. « C’est loin pour nous, et comme on a de petits champs au Québec, c’est difficile de répondre aux volumes demandés », fait-il valoir.
Dans un monde idéal, les mouvements commerciaux pourraient toutefois « être plus fluides » entre les provinces canadiennes. « Ça nous permettrait entre autres de mieux répondre aux crises, croit le président du Conseil québécois des plantes fourragères. S’il y a une sécheresse au Québec et qu’on manque de foin, par exemple, le ‘‘pipeline’’ serait déjà là. Ça serait plus facile d’augmenter le débit. »