Grandes cultures 4 avril 2025

Les producteurs de grains lancent un ultimatum au gouvernement Legault

SAINT-HYACINTHE – En guise de finale de leur assemblée générale annuelle, les Producteurs de grains du Québec (PGQ) avaient préparé une mise en scène afin de signifier au ministre de l’Agriculture qu’ils lancent un ultimatum à son gouvernement. Si l’argent censé leur être versé à la suite des manifestations du printemps 2024 ne leur parvient pas avant le 3 juin, ils entreprendront des moyens de pression. Une mise en scène qui ne semble toutefois pas avoir touché la cible.

C’est Benjamin Boivin, producteur de Coaticook et administrateur aux PGQ, qui a été mandaté pour énumérer au micro l’aide que les producteurs n’ont pas reçue et qui a été promise par le gouvernement Legault en juin 2024. « La moitié des engagements qui avaient été promis n’ont pas été mis sur la table. Si je prends le 106 M$ qui a été promis, ce n’est pas de l’argent tangible qu’on a eu sur le terrain. C’était ça dont on avait besoin, c’est ça dont on a toujours besoin et c’est ça que les producteurs nous font comprendre dans les réunions. Ils ne veulent pas juste de l’argent lié à des coupures ou à de futurs programmes. Aussi, notre première demande, c’était de baisser la paperasse. Et qu’est-ce qui vient avec de nouvelles mesures, avec de nouveaux programmes? C’est de la paperasse », a-t-il argumenté. À la fin de son intervention, tous les délégués se sont levés et ont plongé la salle dans une minute de silence destinée à manifester leur mécontentement et le sérieux de leur ultimatum au ministre venu à Saint-Hyacinthe, le 28 mars. 

Cette énumération des promesses non réalisées et la manifestation silencieuse orchestrée à l’avance ont fait réagir le ministre Lamontagne, qui a répondu : « Honnêtement, M. Boivin, vous avez manqué une bonne game en crime! »

Le ministre ne s’est pas fait prier pour riposter avec un bouquet de mesures de soutien d’environ 200 M$ annoncées aux agriculteurs. À commencer par les taux d’intérêt préférentiels visant à aider la relève, dont les premiers millions ont été décaissés l’automne dernier, a dit le ministre, suivi du programme de prêts de fonds de roulement, de l’argent envoyé aux producteurs victimes de sécheresses exceptionnelles en Abitibi-Témiscamingue et des 14 allégements réglementaires, etc. 

Dans la cour des PGQ

Concernant les 106 M$ promis pour aider les agriculteurs à lutter et à s’adapter aux changements climatiques, le ministre a dit que la balle était dans la cour des PGQ. Il a rappelé que les producteurs de grains, comme les autres filières agricoles, doivent établir un plan définissant leurs besoins pour faire face aux changements climatiques et qu’ensuite, l’argent leur serait distribué afin de réaliser leur plan. « Ce qui a été annoncé par rapport à ce qui touche l’environnement, ce n’est pas que trois semaines après [l’annonce], il allait y avoir un chèque envoyé à 29 000 producteurs. C’étaient des fonds sur cinq ans », a signifié le ministre, précisant que le secteur des petits fruits était avancé dans son plan, tout comme les maraîchers et les pomiculteurs. Déjà, 30 M$ des 106 M$ ont d’ailleurs été octroyés.

Christian Overbeek tire sa révérence

Après près de 20 ans d’implication, Christian Overbeek quitte son poste de président des Producteurs de grains du Québec. Le colosse passe le flambeau à Sylvain Pion, de Bedford, en Estrie, qui était premier vice-président de l’organisation. De son passage à la présidence, Christian Overbeek retient la forte progression de la notoriété des producteurs de grains, un secteur qui a gagné ses lettres de noblesse et qui est devenu le deuxième plus important en agriculture au Québec, souligne-t-il. Après avoir remercié sa famille et l’ensemble de la salle lors de son discours, M. Overbeek a précisé qu’il revenait chez lui pour reprendre le temps perdu avec ses proches après ses nombreuses absences causées par toutes ces années d’implication syndicale. Il retourne aussi aider ses deux fils à la ferme. En plus des tracteurs, pilotera-t-il des drones agricoles au sein de l’entreprise de l’un de ses garçons? « Le pilotage de drones, c’est une activité souhaitée par la relève, et on va la leur laisser », répond-il avec le sourire qui lui a valu sa réputation de pince-sans-rire.