Environnement 1 avril 2025

Les producteurs de grains réclament la fin de la tarification carbone au Québec

SAINT-HYACINTHE – Les agriculteurs de la plupart des provinces canadiennes sont libérés de la taxe carbone depuis le 1er avril, ce qui motive d’autant plus les Producteurs de grains du Québec, réunis en assemblée générale à Saint-Hyacinthe le 28 mars, à demander la fin du système du marché du carbone pour le carburant acheté par leurs fermes. 

« En Ontario, ils vont payer 18 cennes de moins [le litre] et nous 20 cennes de plus », a dénoncé Normand Gagnon, un agriculteur de la Montérégie lors de l’assemblée. La résolution votée par les délégués prévoit aussi de demander au gouvernement du Québec le remboursement des 140 M$ que les producteurs allèguent avoir versé depuis 2015 au Fonds d’électrification et de changements climatiques à partir de leurs achats de carburant et de propane.

Normand Gagnon est revenu sur le sujet devant le ministre André Lamontagne en fin d’assemblée. « Vous êtes un ministre responsable. C’est proche 500 M$ [que les producteurs ont payé pour la bourse du carbone]. Même si vous mettez des programmes, ce n’est pas ça qu’on veut. Avec la conjoncture qu’on vit avec les Américains, on en a besoin tout de suite. Exempter l’agriculture [de la tarification carbone, y a-t-il] moyen d’avoir ça avec vous? »

Le ministre Lamontagne ne dit pas non

Ce n’est pas la première fois que le ministre Lamontagne répond à des questions sur le marché du carbone québécois qui influence le prix du propane et du carburant des agriculteurs. Par contre, cette fois, il a porté l’oreille à l’argument selon lequel les producteurs québécois seront désavantagés face aux producteurs de l’Ontario et de l’Ouest canadien qui n’ont pas à payer une taxe de carbone.

Ce sera de voir effectivement comment cela viendra affecter la compétitivité de nos entreprises. […] Je ne peux pas m’engager aujourd’hui pour vous dire que demain matin ou dans un mois, le Québec va abolir sa participation à la bourse de carbone ou que le ministre des Finances […] va soustraire le milieu agricole, mais s’il y a vraiment un enjeu [de compétitivité], je vais être le premier à chercher la meilleure façon possible qu’il puisse avoir réparation de cette situation-là.

André Lamontagne

« Montrez vos reçus »

Les agriculteurs du Canada anglais ont mis de la pression, ces dernières années, pour mettre fin à la taxation carbone du gouvernement fédéral, qui régit la majorité des provinces canadiennes. Jusqu’à tout récemment, la campagne #ShowYourReceipts incitait les producteurs canadiens à montrer leurs reçus afin de démontrer au gouvernement le coût réel de la taxation carbone pour les agriculteurs et les ranchers.

Aussitôt nommé premier ministre du Canada, Mark Carney a signé un décret, le 14 mars, ordonnant que la taxe sur le carbone soit annulée au 1er avril 2025, date à laquelle elle devait passer de 65 à 80 $ la tonne de gaz à effet de serre. Cette mesure touche la majorité des provinces canadienne, sauf le Québec, la Colombie-Britannique et les Territoires du Nord-Ouest, qui ont adopté un système différent de la simple taxe carbone du fédéral.

Rappelons que le Québec utilise avec la Californie un système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre depuis 2013. Il ne s’agit donc pas d’une taxe visible par le consommateur ou l’agriculteur sur sa facture de carburant, comme c’était le cas dans le Canada anglais.

Au Québec, les distributeurs de carburant et de combustible doivent acheter des crédits compensatoires, mieux connus sous le nom de crédits carbone, si leurs émissions dépassent un certain plafond. Le coût de ces crédits de carbone est ensuite refilé à leurs clients québécois. Les 140 M$ que les producteurs de grains allèguent avoir payé au marché de carbone depuis 2015 demeurent donc une estimation. Le gouvernement du Québec redirige l’intégralité des revenus provenant des ventes du marché du carbone au Fonds d’électrification et de changements climatiques. En 2024, Québec annonçait que 82 M$ provenant de ce fonds sera réinvesti dans la lutte aux changements climatiques des secteurs agricole, bioalimentaire et des pêcheries.