Alimentation 3 avril 2025

Une distributrice libre-service antivol

Bien que les risques de vol soient présents, des agriculteurs sondés par La Terre ne sont pas prêts à faire une croix sur leur kiosque libre-service. Un couple de producteurs de l’Estrie a même trouvé une solution pour se prémunir contre les larcins.

Delphie Gendreau et Samuel Lanctôt, de la Ferme Bec-O, ont aménagé une distributrice automatisée dans le petit marché alimentaire de produits locaux en libre-service Fraîchement local qu’ils ont ouvert, il y a six mois, dans le village de Compton.

Imaginez la traditionnelle machine distributrice à chocolats, croustilles et autres collations, mais en plus grand format, et remplie de de terrines, produits de l’érable, légumes et autres pièces de viande, chacun dans leur casier fermé.

Il y a 110 casiers, explique Mme Gendreau. Les gens n’ont qu’à sélectionner ce qu’ils veulent, à payer à la borne de paiement et les cases s’ouvrent. C’est super simple d’utilisation

Delphie Gendreau, Ferme Bec-O

Samuel Lanctôt s’est inspiré d’un système similaire qu’il avait observé en France. Ce type de distributrice n’étant pas offerte au Québec au moment où le couple a ouvert son kiosque, il a aménagé lui-même des casiers dans une chambre froide pour réfrigérer certains produits.

Une entreprise française serait cependant sur le point d’importer ce type de technologie au Québec, selon Delphie Gendreau.

Son conjoint et elle donnent accès à près d’une quinzaine de producteurs de la région. « On ne voulait pas laisser en libre-service les produits vendus plus cher », dit Mme Gendreau.

Malgré les risques de vol, Nina Jackson Godbout, de la ferme La Barouette, à Eastman, misera sur un kiosque libre-service plutôt que sur les paniers fermiers, dès ce printemps, pour vendre ses légumes. Photo : Gracieuseté La Barouette

Mais l’investissement est important, reconnaît-elle. « Comme tout commerce, il faut s’assurer d’avoir un bon achalandage et des ventes suffisantes », précise la productrice.

« Tout ça a un coût, et ce n’est pas à la portée de tous », note cependant la maraîchère Évelyne Lussier, des Jardins colorés, à Sainte-Cécile-de-Milton.

Vigilance accrue

Le petit kiosque libre-service qu’elle gère depuis 2021 a été victime de vandalisme et de vol en août 2024. Cela ne l’a pas empêché de poursuivre ses activités, même si elle avoue jeter un œil plus souvent aux caméras de surveillance et être « plus stressée quand de nouveaux véhicules » se garent devant le kiosque.

Selon elle, la formule libre-service, qui repose sur l’honnêteté des gens, présente plusieurs avantages, dont celui d’offrir de la liberté aux clients, bien heureux de faire leurs achats quand ça leur convient. 

Le méfait dont elle a été victime a conscientisé sa clientèle, estime Mme Lussier. « Tout le monde ouvre l’œil, dit-elle. Ç’a renforcé le sentiment d’appartenance. »

Les aspects positifs l’emportent

Nina Jackson Godbout, de la ferme La Barouette, à Eastman, a pour sa part décidé de miser sur un kiosque libre-service, plutôt que sur les paniers fermiers, à partir de cette année pour vendre ses légumes.

« C’est décourageant de voir les vols, mais il y a tellement d’aspects positifs que c’est un risque à prendre, considère-t-elle. Et je n’ai pas la main-d’œuvre pour avoir un employé au kiosque. »  

La Sûreté du Québec n’a pas de données précises sur les vols survenus dans les kiosques libre-service. Le phénomène serait « anecdotique », estime le porte-parole Louis-Philippe Ruel.