La flambée du prix des œufs aux États-Unis vide les poches des producteurs canadiens

Les producteurs d’œufs du pays ont accumulé d’importantes pertes financières dans les derniers mois en raison de la hausse fulgurante du prix des œufs aux États-Unis, qui les a forcés à revoir leur stratégie d’importation complémentaire.

Bien que l’industrie soit épargnée par les fluctuations du prix des œufs produits au sud de la frontière – en raison du système de gestion de l’offre canadien qui régule la production domestique –, une partie de l’allocation qui ne peut pas toujours être produite ici est importée des États-Unis.

« Disons qu’on garantit 10 000 boîtes par semaine [à nos transformateurs], et que cette semaine-là, on en a produit 8 000. Il reste 2 000 boîtes manquantes pour approvisionner le marché canadien. Ce sont les œufs pour lesquels on dit à nos transformateurs : ‘‘Allez les chercher aux États-Unis, et vous nous ramènerez la facture’’ », résume Sylvain Lapierre, président de la Fédération des producteurs d’œufs du Québec (FPOQ).

La flambée du prix des œufs aux États-Unis a forcé les producteurs d’œufs canadiens à augmenter leur production pour mieux répondre à la demande domestique. Photo : Archives/TCN

Historiquement, cette entente servait bien le système, puisque les œufs américains étaient généralement à prix équivalents ou moins chers que les œufs canadiens. La stratégie permettait également aux producteurs canadiens de réduire les risques d’augmenter leur production trop rapidement et de se retrouver avec des surplus à gérer, puisque la consommation d’œufs, tout comme la production, « n’est pas toujours une ligne bien droite », spécifie M. Lapierre.

Or, les récents épisodes de grippes aviaires qui ont décimé plusieurs gros pondoirs américains ont changé la donne, en créant une pénurie d’œufs qui a fait monter les prix à des niveaux « jamais vus ».
« La douzaine d’œufs est passée de 1,50 $ à plus de 12 $, avant de redescendre d’environ la moitié depuis quelques semaines », rapporte le président de la FPOQ.  

La facture pour le « soutien à l’importation » que les producteurs d’œufs ont dû payer dans le cadre de cette entente avec leurs transformateurs a donc explosé en début d’année, entraînant des pertes « de plusieurs millions de dollars », a-t-il estimé.

Les « vieilles pondeuses » à la rescousse

Devant cette crise financière importante, les producteurs d’œufs ont donc dû trouver une solution rapide pour augmenter leur production afin de réduire leur dépendance au marché américain, et donc, les coûts reliés aux importations. À long terme, cette situation aurait pu justifier une augmentation du prix des œufs au Canada, « ce qu’on ne souhaite pas », mentionne M. Lapierre.

Le plan a été d’ajouter 700 000 poules pondeuses supplémentaires dans les fermes du pays, dont 400 000 seulement au Québec.

On a été un peu avant-gardistes [au Québec] dans les dernières années, car on a bâti des poulaillers avec de la surcapacité pour être prêts à répondre à la demande croissante du marché. Il y avait donc un peu d’espace libre.

Sylvain Lapierre, président de la Fédération des producteurs d’œufs du Québec

Ce sont principalement les plus vieilles pondeuses qui sont actuellement mises à contribution en prolongeant leur cycle de ponte, alors que les lots de poulettes continuent d’être renouvelés dans les élevages. 

M. Lapierre estime que jusqu’ici, la stratégie fonctionne bien. Elle a permis d’augmenter temporairement la production, tandis que les prix du côté américains continuent de redescendre.

Une hausse de la consommation qui rajoute au défi

Parallèlement, les producteurs d’œufs font également face à une hausse marquée de la consommation au pays, de l’ordre de 7 % en 2024, comparativement à la moyenne habituelle de 2 à 3 %, signale M. Lapierre. En comblant en priorité la demande pour les œufs de table, « il en reste un peu moins pour la transformation », ce qui rajoute au défi, selon lui, et force le secteur à poursuivre les importations d’œufs américains pour combler le manque.