Territoire 28 mars 2025

Deux fermes choisies pour cultiver dans l’Agro-parc

QUÉBEC – Une partie des anciennes terres des Sœurs de la Charité de Québec retrouveront leur vocation agricole à portée sociale cet été. La Ferme des Ambassadeurs et la Ferme urbaine sociocommunautaire et écologique (FUSÉ) ont obtenu l’aval du ministère de l’Agriculture (MAPAQ) pour commencer à y cultiver 10 hectares dans les prochaines semaines. 

Rappelons que le gouvernement du Québec a acquis ces terres de l’arrondissement de Beauport, en septembre 2022, et y a créé un Agro-parc dans le but d’en préserver la vocation agricole. 

Devant l’imposant bâtiment où résident toujours les Sœurs, Jorry Doréus, Exalien Exatul et Dominique Deschênes se sont serré la main pour la première fois, le 25 mars. Les trois représentants des deux projets agricoles choisis étaient visiblement heureux de pouvoir mettre un visage sur ceux avec qui ils partageront l’aventure… et les défis. Car des défis, il y en aura. 

Les producteurs ont été prévenus qu’aucune source d’eau ne sera accessible sur le site de l’Agro-parc pour irriguer les parcelles lors de la première saison de culture. Aucun d’eux ne possède de machinerie ni de camion réfrigéré pour effectuer les livraisons. En se promenant ensemble sur le site, les bottes tantôt dans la neige, tantôt enfoncées dans un sol détrempé typique du mois de mars, les trois hommes se sont promis de s’épauler. « C’est sûr qu’en étant sous la même grange, sous le même toit, c’est bien sûr qu’on va collaborer », a mentionné le coordonnateur du comité d’agriculture urbaine de FUSÉ, Dominique Deschênes. 

Ferme des Ambassadeurs

Heureusement, les trois légumes exotiques que la Ferme des Ambassadeurs transplantera sur une superficie de 3 à 5 hectares cet été sont peu gourmands en eau. Jorry Doréus, Exalien Exatul – des cousins, agronomes, d’origine haïtienne – ainsi que leurs deux autres partenaires testent depuis 10 ans la culture de légumes exotiques afro-caribéens. 

En 2024, par l’entremise du camp d’entraînement agricole de l’Université Laval, les copropriétaires ont pu récolter 2,5 tonnes de molokhia, un légume-feuille riche en fibres apparenté aux épinards, et 75 kg d’okra, un légume-fruit, sur une superficie totale de 0,3 hectare. La production a été écoulée à 70 % à Montréal et a généré des profits de 17 500 $. C’étaient de « très bons résultats », indique M. Doréus. De plus, poursuit-il, le molokhia n’a pas vraiment attiré de ravageurs. 

En 2025, ils tenteront de reproduire ces rendements à plus grande échelle. La difficulté sera de planter et de récolter ces cultures émergentes à la bonne période.

Le défi, ça va être le printemps. on va utiliser des protections pour planter plus tôt et récolter plus tard en utilisant des tunnels-chenille ou des couvertures flottantes, qui vont nous emmener vraiment à […] protéger nos cultures contre le froid.

Jorry Doréus, Ferme des Ambassadeurs

La Ferme des Ambassadeurs prévoit aussi cultiver une parcelle test de courge giraumon. 

Une partie de la récolte sera destinée à la vente directe et, ultérieurement, aux grandes chaînes. L’autre partie ira à l’organisme Aliments d’ici & saveurs d’ailleurs pour organiser des activités avec la communauté immigrante de la ville de Québec. 

Ferme urbaine sociocommunautaire et écologique

La gestion de l’eau a été mûrement réfléchie par le collectif d’organismes communautaires de l’arrondissement de Beauport qui forment le projet FUSÉ. Dominique Deschênes explique, entre autres, que les légumes « gourmands » en eau seront regroupés afin de faciliter l’irrigation. Toutefois, l’organisme cherchait encore une solution peu coûteuse au moment de l’entrevue. 

À grande échelle, elle cultivera, cette année, des poireaux, des pommes de terre, des haricots et du chou. Cette ferme urbaine projette de se servir de l’agriculture pour intégrer entre autres de jeunes décrocheurs, des aînés et des immigrants pour approvisionner les comptoirs alimentaires de la région en légumes frais par l’entremise de Moisson Québec. 

À petite échelle, un « potager pédagogique » de 0,13 ha sera aménagé pour les étudiants en horticulture de l’École hôtelière Fierbourg en échange de… machinerie. La Ferme Bédard et Blouin, une ferme voisine, effectuera à forfait les travaux que les étudiants n’auront pas le temps de faire. Nicolas Bédard, le copropriétaire de la ferme, souligne qu’il offrira également de l’encadrement pour la gestion de la ferme urbaine. 

Des semences difficiles à trouver

En recevant une réponse du MAPAQ si près du début de la saison, FUSÉ a eu de la difficulté à s’approvisionner en semences. « Quand je suis arrivé pour commander, on m’a dit : ‘‘C’est bien de valeur, mais le poireau, il n’y en a plus. Cherchez-en pas. Ça vient de l’Espagne et c’est back order au Canada.’’ Je suis allé voir Bédard et il avait des semences en expérimentation qu’il allait sortir en 2026. [Il a accepté d’en partager avec nous et va même baptiser ces semences FUSÉ] », a raconté M. Deschênes, en précisant que « le monde est très aidant ». 

Au moment de l’entrevue, le 25 mars, les deux fermes s’apprêtaient à signer le bail de location du MAPAQ, qui leur donnera entre autres accès à une grange près des parcelles.