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L’endettement élevé des fermes accroît la vulnérabilité de plusieurs d’entre elles et au fil des dernières années, des conseillers et conseillères en gestion ont souligné l’accès trop facile aux prêts agricoles, lesquels plombent aujourd’hui les liquidités de plusieurs fermes. À quel titre les prêteurs sont-ils responsables de cette situation? La Terre a posé la question à deux dirigeants d’institution financière.
Au Mouvement Desjardins, le chef de la direction, Guy Cormier, affirme que son groupe ne désire pas accroître ses parts de marché au détriment de ses clients, c’est-à-dire qu’il n’accordera pas de prêts si cela peut nuire aux entreprises. Toutefois, il reconnaît que dans l’industrie, des prêts ont parfois été accordés à des producteurs, même si la rentabilité de leur projet n’était pas démontrée.
Il y a des situations où on a passé notre tour, car on considérait qu’on n’aidait pas l’entrepreneur […], mais on l’a vu parfois dans l’industrie : on a décliné un financement [et l’agriculteur] l’a obtenu quand même [dans une autre institution financière].
À la Banque Nationale, Patrick Turmel, vice-président Agriculture Canada, assure que le personnel de son institution refusera un prêt à un producteur dont la capacité de remboursement est insuffisante. Il note cependant, lui aussi, que dans de rares cas, un producteur dont le prêt a été refusé va quand même prendre la décision de tenter sa chance chez un autre prêteur et parfois réussir à obtenir le financement.
Il arrive aussi que la mise en vente d’une terre voisine inflige un grand dilemme à un producteur, persuadé que l’occasion risque de ne pas se répéter avant plusieurs années. Souvent hors de prix, cette terre offrira un rendement financier insuffisant pour couvrir le remboursement du capital et des intérêts. Le producteur tient toutefois à l’acheter. « Les gens viennent nous voir et on leur dit que [le prêt] ne passera pas. On leur propose de vendre une terre plus loin de leur site, ou de vendre une terre qui offre de moins bons rendements. C’est un phénomène qu’on voit beaucoup plus maintenant [de vendre une moins bonne terre pour financer l’achat d’une terre voisine] », expose M. Turmel.
Au sujet du surendettement, il tient à rappeler que la hausse rapide des taux d’intérêt après la pandémie a mis plusieurs fermes en mauvaise position financière, et ce n’est pas tant qu’elles avaient emprunté au-delà de leur capacité de remboursement, mais cette capacité avait été évaluée selon un taux d’intérêt plus faible.
Fait particulier : les agriculteurs québécois ont l’habitude d’opter pour des prêts avec des termes plus courts que les producteurs de l’Ontario et de l’Ouest canadien. Les agriculteurs de ces provinces varient les termes de leurs emprunts jusqu’à cinq ans pour diversifier le risque. La hausse de taux en 2022 et 2023 les a donc moins affectés. « Ils ont préservé leur capacité de remboursement avec des termes plus longs et ont été capables de financer beaucoup plus de nouveaux projets qu’au Québec », observe Patrick Turmel, qui couvre tout le Canada.