Maintenant que ses enfants sont plus âgés, Geneviève Migneault vit pleinement sa passion pour la génétique bovine. Photo : Gracieuseté de Geneviève Migneault
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S'abonner maintenantRégion par excellence pour l’élevage bovin en raison de grandes étendues de terres accessibles et de la qualité de ses sols particulièrement propices aux fourrages, l’Abitibi-Témiscamingue se démarque aussi par le nombre de femmes à la tête de grandes entreprises en production bovine. Discussions croisées avec trois éleveuses passionnées.
« Ç’a tout le temps été clair, depuis que j’étais au primaire que je savais que je reprendrais la ferme », lance d’emblée Geneviève Migneault, qui a toujours donné un coup de main à son père, Maurice, un éleveur bien connu de Mont-Brun.
Si tout a commencé par l’amour des animaux, la mère de quatre enfants de 12 à 23 ans se passionne aujourd’hui pour la génétique au sein de son troupeau de près de 1 000 têtes, réparti à parts égales entre les races Angus et Simmental.
« On fait des transferts d’embryons. Tout ce qui est reproduction, c’est vraiment ce qui me passionne. Et c’est sûr que de gérer une entreprise, c’est un challenge tout le temps. On ne s’ennuie pas, on est tout le temps stimulés et on n’est pas dans la routine », soutient celle qui dirige la Ferme Complémenterre avec son conjoint entrepreneur forestier.
Comment explique-t-elle que plusieurs femmes reprennent comme elle les rênes de grandes entreprises familiales le plus souvent héritées de leurs pères?
Je pense que le plus gros travail a été fait avant nous. Jamais je n’ai senti que parce que je suis une femme, on se faisait moins prendre au sérieux. Et je pense qu’aujourd’hui, que tu sois fille ou gars, ce n’est même plus un enjeu, tant que tu es passionnée.
À moins d’un mois de son rush qui commencera vers la mi-avril avec les vêlages pour durer jusqu’aux foins de la mi-septembre, elle trépigne à l’idée de rencontrer les petits derniers. « C’est la plus belle période! assure-t-elle. Même si je fais des 14-15 heures par jour, je vois le fruit de ce qu’on a croisé. C’est ça qui m’allume le plus », mentionne l’éleveuse.
Un lieu favorable à l’émulation
Geneviève Migneault fait partie du Club d’entrepreneurs bovins d’Abitibi-Ouest, où les éleveurs, tous sexes confondus, continuent de se perfectionner grâce aux échanges, mais aussi à des conférences spécialisées.

Nancy Godbout, de la Ferme JNS Godbout à Poularies, dit se reconnaître davantage dans ce club que, par exemple, au sein d’un regroupement d’agricultrices, où les réalités des entreprises, généralement de plus petite taille, diffèrent. « Le Club d’entrepreneurs bovins est très actif. C’est vraiment le fun de voir les femmes et tout le monde, de se regrouper pour des affaires sociales et des activités. L’Abitibi-Ouest est un gros développeur de vache-veau. C’est un milieu propice à ça. Et je ne sais pas pourquoi il y a beaucoup de femmes. Mais ce sont toutes des femmes bien entourées dans des entreprises démarrées depuis longtemps », souligne celle qui dirige avec son père, Jean-Guy, la ferme qui a délaissé la production laitière pour se réorienter dans l’élevage bovin au début des années 1980.
Elle ajoute d’ailleurs que, comme pour Geneviève Migneault, la réussite est aussi une affaire de famille. « Ma mère a 70 ans et donne toujours un petit coup de main. Par exemple, hier, je vêlais des vaches et l’école essayait de me rejoindre. C’est finalement ma mère qui est allée chercher les enfants pour s’en occuper », illustre-t-elle. Cette dernière précise que ses fils, malgré leur jeune âge, sont aussi en train de se faire la main.

Des sources d’inspiration
Ces deux éleveuses sont des sources d’inspiration pour Annabel Duquet-Laferrière, copropriétaire de la ferme Témisca Ranch.
Son conjoint et elle ont choisi, en 2020, de s’éloigner de leur Bellechasse natale pour s’établir à Fabre, au Témiscamingue, afin de réaliser leur rêve. « On voulait vraiment. Quand tu t’en vas à 10 heures de route de chez toi, il faut que tu sois une équipe », dit-elle.
Insistant pour dire qu’elle ne se décrit pas comme une féministe, elle mentionne que chacun a ses forces dans le couple et que la division stratégique des tâches ainsi que la mécanisation lui permettent de se réaliser au sein de l’entreprise où elle travaille à temps plein, alors que son conjoint occupe également un emploi à l’extérieur de la ferme.
S’inquiète-t-elle de la venue de son premier enfant – elle est aussi belle-mère de cinq autres enfants qui donnent un coup de main à la ferme – pendant la période intense des foins de septembre? « Ça ne me stresse pas trop. Ma sœur a eu ses cinq enfants à la ferme et elle a travaillé jusqu’à sa journée d’accouchement. Je vais écouter mon corps. Je suis bien accompagnée », conclut-elle.