Plusieurs pièces de porcs produites au pays, dont les pattes, la tête et les abats, sont exportées en Chine, puisqu’elles sont peu consommées dans les autres marchés. Photo : Myriam Laplante El Haïli/Archives TCN
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S'abonner maintenantLes droits de douane que la Chine prévoit imposer dès le 20 mars sur certaines importations agricoles et alimentaires canadiennes, dont l’huile de canola et le porc, sont une nouvelle tuile pour l’industrie porcine, déjà inquiète de possibles tarifs douaniers américains.
Cette annonce a d’ailleurs pris tout le monde par surprise, bien que le secteur porcin eût pressenti qu’il pourrait être la cible de représailles de la Chine après la décision du Canada d’imposer une taxe de 100 % sur les véhicules électriques en provenance de ce pays, en octobre dernier.
Le président du Conseil canadien du porc (CCP), René Roy, a indiqué que ces tarifs de 25 % sur le porc canadien exporté en Chine n’affecteront toutefois pas l’industrie de la même manière que les possibles tarifs américains de 25 %. La Chine représente un marché complémentaire, mais pas moins important, a-t-il spécifié, étant donné qu’y sont vendues les parties du cinquième quartier, c’est-à-dire des pièces comme les pattes, la tête ou les abats, qui sont plus difficiles à valoriser dans d’autres marchés.
Différent de la pandémie
La situation est différente de ce qui s’est produit pendant la pandémie de COVID-19, lors de laquelle la Chine avait complètement fermé son marché à certains transformateurs canadiens, a ajouté M. Roy. Cette fois, les exportations pourront se poursuivre, mais les profits qui en seront tirés seront amoindris.

Pour des transformateurs comme Aliments Asta, à Saint-Alexandre-de-Kamouraska, dans le Bas-Saint-Laurent, on estime qu’il est encore trop tôt pour évaluer les effets concrets de ces tarifs sur les activités. « On est en train de faire le calcul pour évaluer les pertes possibles et savoir si ça vaudra la peine de continuer ou non d’exporter en Chine », a réagi la directrice générale, Stéphanie Poitras, le 11 mars. Elle a souligné qu’il leur manquait encore plusieurs détails avant de pouvoir élaborer une stratégie, ne sachant pas encore, par exemple, si les tarifs s’appliqueraient à la date où la cargaison part du Canada ou quand elle arrive en Chine.
Dans l’éventualité où l’entreprise déciderait de ne plus exporter ces produits vers la Chine, certaines pièces du cinquième quartier, comme les pattes, pourraient quand même être réorientées vers d’autres marchés, a-t-elle mentionné, alors que d’autres, comme les os, trouveraient difficilement preneur ailleurs et pourraient donc finir à l’équarrissage.
Soutien demandé
En entrevue avec La Terre, le 11 mars, le président du CCP, René Roy, a précisé que les discussions avec les gouvernements se poursuivaient pour soutenir l’industrie à travers ce chamboulement des marchés.
On a eu des discussions avec les ministres, dont le ministre du Commerce international, mais c’est sûr que dans le cas du pire scénario [des tarifs imposés à la fois par les États-Unis et la Chine], ce n’est pas des bonnes nouvelles, mais tout dépend de la durée de ces tarifs. Si ça persiste à travers le temps, c’est clair qu’il va y avoir un impact substantiel sur la structure de l’industrie porcine au Canada. Donc on espère que ça va se résoudre rapidement.
Dans un message destiné à ses membres, Louis-Philippe Roy, président des Éleveurs de porcs du Québec, a rappelé que le marché chinois génère plus de 300 M$ par année en revenus pour la filière porcine québécoise. Cela représente environ 20 % de la valeur totale des exportations. Il a ajouté que cette instabilité complique également la planification et freine les investissements à long terme dans un secteur déjà fragilisé.