Territoire 27 février 2025

Un village ravivé autour de l’agriculture

La Municipalité d’Adstock, dans Chaudière-Appalaches, a misé sur des terres agricoles en friche pour relancer l’activité économique d’un secteur dévitalisé de son territoire. Un projet qui s’est avéré gagnant et qui poursuit son essor.

L’idée a émergé il y a une quinzaine d’années, quand le conseil municipal a dû réfléchir à l’avenir de l’un de ses trois secteurs, soit Sacré-Cœur-de-Marie. Cette ancienne paroisse, qui a été fusionnée à deux autres pour former la ville d’Adstock dans les années 2000, avait déjà entamé une phase de déclin à cette époque. 

Le maire, Pascal Binet, décrit l’exode de la population, la disparition progressive des services et des commerces de proximité ainsi que la décroissance importante des entreprises agricoles de l’ordre de 46 %. « C’était vraiment dévitalisé, évoque-t-il. La municipalité louait des locaux à l’école, mais sans cela, la commission scolaire ne voyait plus la pertinence, sur le plan financier, de la garder ouverte. C’est là qu’on a eu une réflexion, car on ne voulait quand même pas que le dernier service ferme, car quand on ferme une école, après, il ne reste plus grand-chose dans ton village. »

Pascal Binet

C’est donc sur le potentiel agricole inexploité que le conseil municipal a misé pour redémarrer l’économie du territoire.  « Parce qu’il y avait beaucoup de terres en friche, donc, encore accessibles pour la culture. Mais avec l’augmentation de leur prix, elles restaient difficiles d’accès pour la relève », résume le maire. 

Une « bougie d’allumage » 

En partenariat avec la MRC des Appalaches, la Municipalité a d’abord construit, en 2013, une coopérative de services, comprenant entre autres une cuisine collective, un dépanneur, une station-service et un bureau de poste.

Ç’a été la bougie d’allumage, parce qu’il y avait comme une volonté de plusieurs citoyens de s’impliquer pour repartir ce secteur-là.

Pascal Binet, maire

S’est ensuite greffé le projet d’incubateur agricole, avec la location par la municipalité d’une terre de 20 hectares qui a été relouée en parcelles pour faciliter le démarrage de productions maraîchères biologiques à petite échelle. Parallèlement, la MRC des Appalaches a aménagé deux serres et un bâtiment multiservices servant entre autres à entreposer les récoltes et à faire de la transformation agroalimentaire.

Objectif atteint, malgré des embûches

Le projet dans son ensemble représente un investissement de près de 3 M$ pour la Municipalité et la MRC. Et quel est le résultat après 10 ans? « L’école est pleine à craquer. Certains ont quitté des villages autour pour venir s’installer dans le secteur », rapporte le maire, qui constate que le pôle agroalimentaire a redonné un dynamisme économique et créé un milieu de vie plus attrayant pour les familles. 

D’ailleurs, une dizaine de constructions sont apparues depuis, et la Municipalité souhaite doubler ce nombre dans les prochaines années. À cette fin, elle a acquis une terre de 40 hectares qui servira à poursuivre le projet d’incubateur agricole à long terme, et s’est tournée vers la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) pour dézoner une zone de deux hectares afin d’y aménager un projet résidentiel d’une douzaine de maisons et une rue donnant accès aux services de proximité. L’objectif étant de permettre notamment aux participants de l’incubateur agricole de s’établir à proximité de leur culture, ce qui viendra « boucler la boucle du pôle agroalimentaire », soutient le maire. 

Ayant d’abord émis un avis défavorable à cette demande, la CPTAQ, dans une décision rendue en mars 2024, a changé son fusil d’épaule en approuvant la demande, qui prévoit aussi, en échange du dézonage, l’inclusion d’une parcelle de 1,5 hectare à la zone agricole.

Bien qu’heureux de ce dénouement, M. Binet s’étonne encore d’avoir dû se battre pour défendre un projet qui avait comme objectif de revaloriser l’agriculture, souligne-t-il. « Pour une petite municipalité, quand tu n’as pas les mêmes ressources que les plus grosses, ça demande énormément d’énergie et de volonté pour réussir à concrétiser un projet comme ça. Il faut être persévérant. »

Pascal Binet déplore également que le projet – « qui a été pensé hors de la boîte », spécifie-t-il – ne remplisse aucun des critères des programmes de financement gouvernementaux.