Territoire 21 février 2025

La mutualisation au cœur du développement d’une communauté nourricière

Après avoir obtenu du financement du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec pour élaborer un plan de développement de communauté nourricière, la municipalité de Roquemaure, en Abitibi-Ouest, entame la phase de mise en œuvre de ce projet qui vise à consolider un système alimentaire de proximité durable.

Ainsi, elle déploiera, dès ce printemps, au cœur du village, une installation nourricière, sorte d’assemblage entre légumes annuels et arbres fruitiers. Pour le maire de cette municipalité de 400 habitants, le succès de l’initiative repose sur le développement de partenariats avec d’autres acteurs de la communauté. 

Mathieu Guillemette

« Ce sont les élèves de l’école qui vont se rendre chez un maraîcher local pour démarrer les semis et, à la fin de l’année scolaire, ils vont aller les transplanter. Le camp de jour va prendre la relève pour veiller sur l’installation et, à la fin de l’année, on va faire une récolte », relate le maire, Mathieu Guillemette. 

La Coopérative de solidarité est aussi un acteur « névralgique », poursuit-il, puisqu’elle agit comme « point de distribution » pour les maraîchers. On souhaite y élargir l’offre d’aliments sains et faire passer sa mission de dépanneur à quelque chose qui ressemblerait davantage à celle d’une épicerie. 

Un changement de culture

« Ça prend du temps. C’est un changement de culture, mais on le sent », fait valoir Jovette Godbout, experte en mutualisation, qui se penche sur le sujet dans le cadre de sa maîtrise en recherche-action à la Chaire Desjardins de développement des petites collectivités de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. 

La Coop offre les produits de producteurs que je n’avais jamais vus. Les gens sont mobilisés, enthousiastes.

Jovette Godbout, experte en mutualisation

Celle qui est propriétaire d’une terre agricole et qui se définit pour l’instant comme « saisonnière » à Roquemaure réfléchit même à réorienter son projet agricole de manière à ne pas faire concurrence aux producteurs déjà établis et à plutôt « compléter l’offre alimentaire », par exemple avec des petits fruits. 

Jovette Godbout

Dans une autre vie, Mme Godbout a dirigé un laboratoire de recherche universitaire sur les mines et l’environnement basé sur la mutualisation. Elle souhaite maintenant appliquer ce modèle au développement de la communauté nourricière de Roquemaure, c’est-à-dire se doter d’un mode de gouvernance où les acteurs partagent, répartissent et mettent en commun leurs ressources au bénéfice de l’ensemble. 

La municipalité va, par exemple, embaucher une personne pour coordonner les initiatives alimentaires et une autre pour communiquer les avancées du projet à la population.

« On coconstruit ça ensemble avec les membres de la communauté et des représentants de la Société d’aide au développement des collectivités, pour avoir un modèle qui va être applicable à une initiative de Roquemaure, mais aussi qui va pouvoir servir de modèle pour implanter d’autres communautés nourricières ailleurs sur le territoire, espère-t-elle. On construit des bases. Ça prend du temps, mais on pense que c’est porteur. »

L’initiative, qui pourrait faire des petits ailleurs en Abitibi-Ouest, a retenu l’attention des participants au premier colloque régional sur la sécurité alimentaire, où ont convergé des acteurs du monde municipal, de l’agroalimentaire et de la santé, à Rouyn-Noranda, le 13 février.