Territoire 11 février 2025

Le service de maillage L’Arterre fermé dans une trentaine de MRC

« L’année 2025 sera déterminante pour L’Arterre », écrit, dans son bulletin de début d’année, cet organisme qui a pour mission d’aider la relève non apparentée à reprendre des fermes d’agriculteurs cédants. Sur les 82 MRC que desservait L’Arterre en 2019, une trentaine a laissé tomber l’organisme, conduisant à un total de 50 MRC qui utilisent toujours ce service de maillage et d’accompagnement.

Lanaudière, Capitale-Nationale, Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine et plusieurs MRC de Chaudière-Appalaches sont sur la liste des secteurs qui n’offrent plus le service. « On a perdu plusieurs territoires à la fin 2023. On voudrait que L’Arterre y soit présente, mais ce sont les territoires qui font le choix ou non de poursuivre avec nous. Plusieurs territoires nous ont coupés par manque de financement. On milite pour un financement global du service pour l’ensemble des régions afin d’assurer la pérennité », explique le coordonnateur de L’Arterre, Benoit Curé.

 Le soutien financier actuel diffère selon deux formules. Certaines MRC paient la note à 100 % pour le service sur leur territoire, alors que d’autres adhèrent à une entente régionale stipulant que les frais sont divisés entre les MRC, le ministère de l’Agriculture du Québec et le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation.

Des élus en quête de statistiques

En Montérégie, l’une des deux agentes de développement agricole de L’Arterre, Amélie Tremblay, déplore également la dégringolade du service. « En Montérégie, tout le territoire était couvert. Aujourd’hui, il y a juste 8 MRC sur 15 qui sont restées. Ce sont les élus de chaque MRC qui décident. Ils avaient des attentes. Ils s’attendaient à avoir de grosses statistiques de jumelage pour évaluer notre travail. Mais certains ne prennent pas en considération le nombre de personnes accompagnées [avant le jumelage] », souligne-t-elle. Elle fait référence aux aspirants agriculteurs que les agents, comme elle, dirigent vers des ressources pour améliorer leur plan d’affaires, pour aller chercher de la formation en agriculture ou pour prendre de l’expérience dans une ferme, par exemple.

Ce sont des résultats qui se verront après plusieurs années et qui n’entrent pas dans les statistiques actuelles.

Amélie Tremblay, agente de développement agricole de L’Arterre

Avec le financement du gouvernement provincial qui se fait attendre et les élections municipales qui pourraient inciter des élus à effectuer des coupes budgétaires, elle craint de perdre d’autres MRC. Et chaque fois, ce sont des dossiers de transfert de fermes qui sont perdus, déplore-t-elle. « Si les personnes demeurent dans une MRC dont on ne peut plus s’occuper, même si la relève et le cédant étaient en démarche, le service est terminé. On ne peut plus les accompagner. »

Benoit Curé a eu vent que des MRC de Lanaudière et de Chaudière-Appalaches ont de l’intérêt à offrir de nouveau le service chez eux. Il n’a pas écho de perdre d’autres MRC, mais demeure conscient que l’incertitude et les régions perdues peuvent avoir le désavantage de créer un roulement de personnel non souhaité chez les agents de maillage.

Pérennité

Le président de la Fédération de la relève agricole du Québec, David Beauvais, rappelle que L’Arterre a permis des maillages entre la relève et des cédants qui n’auraient jamais eu lieu sans cet organisme. « Il faut trouver une manière de pérenniser L’Arterre », plaide-t-il, expliquant justement que le cabinet du ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, a contacté sa fédération dernièrement afin d’obtenir son évaluation de l’importance de L’Arterre et des éléments qui pourraient être améliorés dans son fonctionnement.