Grandes cultures 10 février 2025

Coût de transport : les régions éloignées toujours pénalisées

Rien ne laisse croire que les coûts de transports du grain vont diminuer pour les producteurs des régions éloignées, malgré les préjudices que les distances leur font subir, comme l’atteste une récente étude commandée à une firme spécialisée l’an dernier par les producteurs de semences du Québec. 

Portrait d’une dure réalité

L’étude sur les coûts de transports en région éloignée a été réalisée au cours de l’été 2024 auprès d’une centaine de producteurs. Elle confirme que les producteurs des régions de l’Abitibi-Témiscamingue, du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et du Saguenay–Lac-Saint-Jean doivent supporter des coûts nettement plus élevés que leurs collègues des autres régions. 

La faute en est bien sûr attribuable aux distances qui séparent les exploitations des postes de criblage et autres endroits de livraison. Ainsi, la distance d’un poste de criblage est en moyenne de 200 km pour les régions éloignées et 120 km pour les régions mitoyennes (Capitale-Nationale, Estrie, Laurentides, Mauricie et Chaudière-Appalaches).

Gabriel Provost, administrateur du syndicat des producteurs de semences du Québec. Photo : Gracieuseté de Gabriel Provost

« On se doutait déjà que les producteurs en régions éloignées payaient beaucoup plus cher pour le transport de leurs grains, explique Gabriel Provost, administrateur du syndicat des producteurs de semences du Québec, mais on voulait avoir des preuves solides pour nos négociations avec les acheteurs. »

Le rapport remis aux administrateurs confirme que les coûts moyens de transport de tous types de semences (céréales à pailles et soya, entre autres), excluant le maïs, est de
31 $/TM (tonne métrique) pour les régions éloignées et de 22 $/TM pour les régions mitoyennes.

À titre de comparaison, les coûts de transport sont en moyenne à 20 $ par TM pour l’ensemble du Québec pour tous types de semences excluant le maïs, alors que pour les céréales à paille le tarif est à 23 $/TM et à
18 $/TM pour le soya.

Mais il s’agit là de moyennes. De nombreux producteurs doivent payer beaucoup plus cher encore, c’est-à-dire entre 35 $ et 50 $. 

Une facture salée

« Les coûts ont vraiment explosé après la pandémie », constate David Hossay, propriétaire de la Ferme Liégeoise, à Albanel, dans la MRC de Maria-Chapdelaine au Saguenay–Lac-Saint-Jean. « On payait moins de 25 $ la tonne avant la pandémie et là, on peut payer facilement le double. »

M. Hossay expédie l’équivalent de 20 camions de grains pour une facture dépassant les 135 000 $, mais elle serait beaucoup plus élevée s’il ne parvenait pas à négocier avec les transporteurs. 

Dans le Bas-Saint-Laurent, le président du Syndicat des producteurs de grains, Francis Caouette, de la Ferme Franscal, constate que certains producteurs paient jusqu’à 60 $ la tonne.

« Là, on parle des livraisons qu’on doit faire, dit-il. Il ne faut pas oublier que nos membres paient aussi des frais de transport beaucoup plus élevés pour se faire livrer leurs intrants. » 

L’automne dernier, lors des négociations avec les acheteurs, les représentants des producteurs de semences ont espéré marquer des points en déposant le constat sur les coûts de transport, mais la stratégie n’a pas donné les résultats escomptés. 

« On n’a pas vraiment réussi à faire de gains », dit Gabriel Provost qui était assis à la table de négociations.

Chez les représentants des semenciers, on explique que les producteurs pour qui les taux établis ne couvrent pas leurs frais peuvent s’entendre avec l’acheteur.

« La convention prévoit un montant pour la livraison au centre de criblage », explique Luc Roger, directeur Approvisionnement et Distribution chez Maizex, qui lui aussi était présent à la table de négociations du côté des semenciers.

Si le producteur est trop loin, il peut s’entendre avec le semencier avec lequel il a un contrat pour combler la ­différence.

Luc Roger, directeur Approvisionnement et Distribution chez Maizex

Les acheteurs de semences voulaient éviter de majorer le taux pour couvrir les frais de transport pour l’ensemble des producteurs. 

« Présentement, le taux fixé par la convention couvre la très grande majorité des producteurs, indique Luc Roger. On ne veut pas augmenter le taux ­minimum pour tous les contrats de semence. On préfère gérer les exceptions à la pièce. »

Longue bataille

La bataille des producteurs des régions éloignées ne date pas d’hier. Lors de leur assemblée générale il y a environ deux ans, les producteurs de l’Abitibi-­Témiscamingue avaient demandé à la Financière agricole du Québec (FADQ) de modifier le programme ASRA en tenant compte de leur situation.

Selon Gabriel Provost, des solutions sont à l’étude pour tenter de déterminer une formule d’uniformisation des coûts pour les producteurs des régions éloignées.