À la ferme Céréales Bellevue, Pierre et Paul Caplette, secondés par leur mère, Pierrette Dufault Caplette, suivent un plan de semis diversifié et équilibré. Photo : Gracieuseté de Céréales Bellevue
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S'abonner maintenantQue semer en priorité dans nos champs? Écoutons l’avis d’un spécialiste des marchés et de deux agriculteurs expérimentés.

« Le prix du maïs est intéressant en ce moment, observe Étienne Lafrance, agent d’information sur les marchés pour les Producteurs de grains du Québec (PGQ). Évidemment, quand tout le monde le saura, de nombreux céréaliculteurs nord-américains en sèmeront et le prix finira par redescendre. C’est donc une bonne idée de signer déjà des contrats pour la prochaine récolte au prix actuel du maïs. »
Compte tenu de toutes les inconnues commerciales, politiques et climatiques, M. Lafrance prône une stratégie de semis dynamique, mais prudente. « Ne modifiez pas trop votre plan de culture et continuez de vendre à vos acheteurs habituels. » Selon l’analyste, il faut avant tout maximiser sa productivité avant de tout miser sur les hausses de prix.
On peut maintenir notre confiance envers les locomotives que sont le maïs et le soya, mais idéalement, on y ajoutera une troisième espèce, comme une céréale à paille, qui améliorera notre rentabilité à long terme. Et c’est toujours mieux de diversifier ses risques.
La fiabilité guide les décisions
Cette approche diversifiée convient au producteur Jocelyn Michon, de La Présentation, près de Saint-Hyacinthe. Ce pionnier du semis direct et des cultures de couverture a recours à la même formule gagnante depuis des années : du maïs-grain et du soya dans une proportion de 40 % chacun, et des légumes de transformation, à raison de 20 %. « Cette stratégie s’est avérée rentable jusqu’à présent sur nos 235 hectares », constate Jocelyn Michon.
Aidé dans les champs depuis 2018 par son fils Jean-Nicolas, le céréaliculteur observe depuis longtemps l’avantage d’une troisième culture. « Avec l’agronome Odette Ménard, nous avons démontré en huit ans de tests qu’il était plus payant d’intercaler une céréale à paille après une saison de maïs et de soya. » Sur ses terres, le blé de printemps a suivi le maïs et le soya pendant plusieurs années.
Toutefois, depuis 2015, une autre culture est venue remplacer le blé à la ferme Jocelyn Michon : les légumes de transformation (haricots verts et petits pois). Les sols de l’exploitation bénéficient aujourd’hui d’une infiltration et d’une portance exceptionnelles, grâce à cette rotation et à l’important éventail de plantes de couverture – des mélanges de 8 à 14 espèces – qui y poussent depuis des décennies. « Dans notre région, après les grands coups d’eau des deux derniers étés, le transformateur n’a pas pu circuler dans certains champs, mais ses machines ont ramassé chez nous sans problème », se réjouit Jocelyn Michon.

Un programme équilibré
La fiabilité d’une bonne formule, c’est aussi ce qui motive le choix de semis de Paul et Pierre Caplette. Ils dirigent avec leur mère Pierrette Dufault Caplette l’entreprise Céréales Bellevue, sur quelque 400 hectares, à Saint-Robert, en Montérégie.
Chaque année, on utilise sensiblement le même plan. En fait, c’est notre système de culture qui nous mène!
Également producteurs sélectionneurs de semences certifiées, lui et son frère déposent dans leurs sillons une gamme variée d’espèces qui s’équilibrent entre elles : blé d’hiver et de printemps, maïs, soya, haricots secs, pois verts, canola, sarrasin, lin, tournesol et plantes de couverture (avoine, radis, féverole et autres). « Par contre, on travaille sur l’efficacité de notre coût de production, à commencer dans le maïs et le soya. »
Oui aux nouvelles recrues
« Ajouter une culture peut amener une valeur ajoutée, confirme Paul Caplette. Elle aide à baisser le coût de production si on l’intègre bien dans le système. Par exemple, le blé d’hiver et les haricots secs sont intéressants. »
Oui, il y a les céréales d’hiver, mais aussi le haricot sec! Il est cultivable partout où l’on met le soya en terre, et même dans des zones à saison plus courte : le haricot sec devient mature plus vite que sa cousine légumineuse. Et comme elle, il est riche en protéines, peu exigeant en eau et en fertilisants.
De quoi se convaincre
Pour prévoir ou confirmer le gain économique apporté dans nos champs par une troisième culture ou plus, il existe l’outil Rotation$+, un logiciel pratique et complet. Offert gratuitement en ligne par le CRAAQ, cet outil permet de calculer les coûts et bénéfices de tout choix de semis sur une période allant jusqu’à 14 ans.