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S'abonner maintenantAlors que les prix de tous les grains avaient baissé pour amorcer l’année 2024 jusqu’à atteindre un plancher à la fin de l’été, c’est un scénario différent qui se profile dans les prochains mois, à tout le moins pour le maïs.
« Entre la fin août et présentement, on parle d’une augmentation de 33 % pour le prix du maïs, ce qui est quand même appréciable. Pour donner un ordre de grandeur pour nos producteurs au Québec, il y a du maïs qui se vendait 210 $ à 230 $ la tonne pour la récolte alors que le prix est présentement entre 270 $ et 280 $ la tonne », note Ramzy Yelda, analyste principal des marchés aux Producteurs de grains du Québec.
Trois facteurs ont mené à ce redressement, selon lui. Dans un marché baissier comme dans la première moitié de 2024, le réflexe premier des acheteurs est d’attendre dans l’espoir d’obtenir un prix plus bas. « Quand ça s’est mis à remonter en fin d’été, tous ceux qui avaient attendu sont revenus en masse sur le marché. »

Producteurs de grains du Québec. Photo : Bernard Lepage
Deuxième élément, la perspective en début d’automne d’une victoire de Donald Trump aux États-Unis puis éventuellement son triomphe en novembre ont également poussé les acheteurs à devancer leur achat étant donné le programme du futur président prévoyant l’imposition de tarifs aux frontières.
Enfin, dernier facteur, l’évolution des rapports mensuels de l’USDA (Département de l’Agriculture des États-Unis). Alors qu’ils misaient durant des mois sur des records de production pour le maïs et le soya, les estimations ont commencé à baisser au début de l’automne.
Alors que l’USDA prévoyait des stocks américains de 2 milliards de boisseaux de maïs il y a quatre mois, on se retrouve à 1,5 milliard en janvier. On a perdu 25 % de l’inventaire prévu pour 2025. Ce qui fait que présentement, on a des prix du maïs qui ont nettement rebondi.
Tsunami de soya brésilien
Pour le soya, des baisses de rendement sont également prévues aux États-Unis, mais dans une proportion moins spectaculaire que le maïs. En regardant la situation présentement au Brésil, premier exportateur mondial de soya, l’analyste principal des marchés aux Producteurs de grains du Québec ne voit rien qui pourrait contribuer à faire remonter les prix dans les prochains mois.
« L’USDA prévoit là-bas une production record de 169 millions de tonnes, un record absolu. Ce qui est clair présentement, c’est qu’un tsunami de soya brésilien va commencer à déferler sur le marché. À la bourse de Chicago, les contrats à terme pour le maïs ont beaucoup augmenté, mais moins pour le soya parce que la bourse est parfaitement consciente de la situation au Brésil. »
La perspective d’un cessez-le-feu en 2025 dans le conflit opposant l’Ukraine à la Russie n’aura pas une incidence notable sur l’évolution des prix, estime Ramzy Yelda. « La bourse de Chicago est devenue indifférente à cette guerre. L’Ukraine a réussi à conserver des exportations de maïs et de blé assez massives, et qui plus est, à des prix qui défient toute concurrence. S’il y avait un accord signé demain matin, ça aurait peut-être un impact négatif mineur sur le prix du blé ou du maïs parce que malgré tout, on viendrait enlever ces surprimes d’assurance pour les navires parce qu’on reviendrait à une situation normale. »
Enfin, Ramzy Yelda invite les producteurs à garder un œil dans les prochains mois sur le taux de change du dollar canadien vis-à-vis son pendant américain. « Ce qui a beaucoup aidé les prix pour les producteurs au Québec, c’est évidemment la hausse boursière à Chicago, mais c’est aussi la baisse du dollar canadien. On a beaucoup parlé de l’effet Trump, mais il faudrait aussi mentionner l’effet Justin. Le fait qu’il y a un vide politique à Ottawa, ça a fait chuter encore plus notre dollar. Si nous n’avions pas de crise politique, on ne serait pas à 69 ¢, mais plutôt à 71 ¢ ou 72 ¢ », conclut-il.