Fiscalité 4 février 2025

Entreprises sous-assurées : attention!

Même si les coûts de construction ont explosé au Canada depuis cinq ans, autant du côté des matériaux que de la main-d’œuvre, nombreux sont encore les propriétaires qui n’ajustent pas le niveau de protection de leur police d’assurance en cas de sinistre. 

Chef de la direction et des opérations chez Estrie Richelieu Assurance Agricole, Stéphane Bibeau confirme qu’il s’agit malheureusement d’une réalité bien concrète. « La responsabilité est sur les épaules de l’assuré et du professionnel qui le guide en assurance. Mais une fois que la discussion a été faite avec l’assuré et qu’il décide de prendre tel montant, c’est ce qui est vendu comme protection même si c’est en deçà de la valeur du bien. Il y aura toujours le phénomène des gens qui veulent économiser de l’argent. »

Stéphane Bibeau explique que chez certains de ses clients, il s’agit d’un choix fait en tout état de conscience, parce qu’ils ont les reins assez solides financièrement pour assumer le risque.

Ils estiment être capables de vivre avec la perte potentielle parce qu’ils ont une installation robuste, un bon système d’alarme, un bon système de protection. Et dans certains cas, ils évaluent qu’ils ont accumulé assez de capital dans leur entreprise pour assumer cette perte.

Stéphane Bibeau, chef de la direction et des opération chez Estrie Richelieu Assurance Agricole

Des fermes plus grosses

L’assureur basé à Granby souligne cependant que bien avant la pandémie, et avant la spirale inflationniste que celle-ci a déclenchée, l’intégration des fermes au Québec avait contribué à l’augmentation de la valeur des bâtiments. « Il y a moins d’établissements agricoles au Canada, mais la production ne diminue pas; bien au contraire. Les équipements, les bâtiments, les animaux, tout ça continue à grossir. Donc, au lieu d’avoir une grange de 300 pieds, [les agriculteurs ont des granges] de 600 pieds. Il faut donc que le niveau de protection des assurances suive lui aussi. »

Le professionnel en assurances agricoles souligne également le phénomène des assurances risques spécifiés qui, contrairement aux assurances tous risques, couvrent uniquement les types de dommages indiqués, donc offrent moins de protection et coûtent moins cher aux clients. « En 2019, à l’intérieur d’un rayon de 40 km dans Lanaudière, il y a eu une centaine de bâtiments agricoles qui se sont effondrés sous le poids de la neige. Le tiers des propriétaires n’étaient pas protégés contre ce genre de sinistre. Évidemment, quand ça survient, ils ont oublié cette clause au moment de la signature du contrat et veulent être payés. Ça crée parfois de grandes frustrations », admet-il. Stéphane Bibeau explique que bien que les primes d’assurance aient augmenté dans les dernières années, elles n’ont jamais suivi le même rythme que le marché de la construction.
« Si on avait augmenté de 25 ou 30 % pour suivre les coûts, tout le monde aurait dit que c’est trop cher et on se serait retrouvés sans client le lendemain. » 

Le professionnel rappelle que pour décortiquer l’augmentation de sa prime d’assurance, il faut tenir compte de deux facteurs : la hausse de la valeur des bâtiments et le taux de tarification. « Chez nous, par exemple, le taux de tarification n’a pas augmenté en 2023 et 2024. En 2025, on l’a même diminué un peu pour absorber la hausse de 5 % qu’on a imputée à la valeur des bâtiments », conclut Stéphane Bibeau.