Pour réduire sa consommation de carburant requise pour sarcler, le Vignoble de la Bauge intègre des moutons qui font naturellement le travail de nettoyage, dès le printemps, en broutant tout ce qu’ils trouvent sur leur passage. Photo : Sophie Gélinas
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S'abonner maintenantLe propriétaire du Vignoble de la Bauge, Simon Naud, ne tond jamais la pelouse pendant la saison et ne passe pas souvent entre ses rangs de vignes en tracteur pour élaguer les branches ou sarcler les mauvaises herbes. Il envoie des moutons effectuer le travail d’entretien à sa place.
« Plusieurs ont essayé les moutons, mais je pense qu’il n’y en a pas beaucoup qui intègrent ça comme une partie prenante de la viticulture », observe le vigneron de Brigham, en Estrie. Ce dernier explique avoir adapté son site de 8,5 hectares de sorte qu’il est devenu un milieu de vie pour ces animaux et n’oblige pas une complexe gestion de troupeau.

« De ce que j’ai vu en France et en Italie, les viticulteurs laissent les moutons dans les vignes une fois que la saison est terminée, pour entretenir la pelouse durant l’hiver. Mais moi, je les ai vraiment intégrés pendant toute la saison végétative. Tous les ans, ils m’évitent probablement une quinzaine de passages de tracteurs par rangée », explique l’agriculteur qui cultive sous régie biologique. Comme il ne peut pas utiliser de traitement chimique, la gestion des mauvaises herbes doit se faire au sarcleur et exige normalement de nombreux passages en tracteur.
Or, pour réduire sa consommation de carburant, il intègre dorénavant des moutons qui déambulent dans le vignoble et font naturellement le travail de nettoyage, dès le printemps, en broutant tout ce qu’ils trouvent sur leur passage. La saison passée, 35 animaux s’attelaient à la tâche. L’été prochain, ils seront 50. M. Naud explique que la majorité de ses vignes étant nordiques, ses raisins poussent à une hauteur hors de portée des animaux. Ils ne mangent ainsi que des mauvaises herbes ou de la végétation excédentaire. Leur fumier, par ailleurs, sert de fertilisant.
« La majorité de mes collègues utilisent des vignes européennes, donc des vignes basses, près du sol. Ce qui fait qu’ils ne pourraient pas envoyer des moutons, parce qu’ils mangeraient les fruits », explique Simon Naud, lorsqu’on lui demande pourquoi sa stratégie n’est pas plus répandue.
« Pour mes collègues qui sont en vignes hautes, ce qu’ils me disent c’est qu’ils ne sont pas des éleveurs, qu’ils ne connaissent pas les animaux et qu’ils ne veulent pas s’ajouter une charge de plus. C’est compréhensible, mais ce que je leur réponds, c’est que l’investissement de départ que tu fais pour adapter ton vignoble aux animaux, après, il est fait pour tout le temps. »
Tous les ans, après ça, tu gagnes économiquement, parce que tu consommes moins de pétrole et que tu as besoin de moins de main-d’œuvre.
Le vigneron explique avoir installé des clôtures de chaque côté du vignoble, de sorte à le fermer complètement latéralement. Des barrières en métal ont aussi été ajoutées au bout de chaque rang. Dans chacune des parcelles, on retrouve un petit bâtiment d’environ 200 pieds carrés (18,5 mètres carrés), entouré d’un enclos qui se ferme, où les moutons vont s’abriter, boire et manger.
Plus loin que le bio
L’intégration de moutons, visant notamment à limiter la consommation de pétrole, est l’une des pratiques que Simon Naud a mises en place pour que son vignoble devienne le premier du Québec à obtenir la certification Regenerative Organic Alliance. Cette certification en viticulture de régénération atteste que le détenteur va au-delà des normes régulières en agriculture biologique, selon différents critères relatifs à la santé des sols, à la diversité des écosystèmes et à l’implication communautaire.
Pourquoi aller chercher une telle certification? « Je pense que ça crédibilise ce que je fais », répond le vigneron. « Je viens prouver aux consommateurs que ce que je fais, c’est vraiment intégré dans ma production, avec une réflexion réellement écologique. Et ça, on doit le dire aux gens, pour qu’ils comprennent pourquoi ils paient les bouteilles ce prix-là », croit-il.