Vie rurale 7 février 2022

Un démarrage qui a le vent dans les voiles

SAINTE-EULALIE  – À l’été 2020, Hubert Soucy et Florence Thibodeau fondaient la Ferme Flobert. Sans la confiance témoignée par le cédant, affirment-ils, jamais leur rêve n’aurait pu se concrétiser. Les résultats démontrent que le vendeur a eu du pif : dès la première année, le couple a obtenu les rendements prévus dans cinq ans.

Il y a un an et demi, au mois de juillet, les Soucy-Thibodeau procédaient à l’achat de 32 hectares de prairies – ils en cultivent toutefois 142 au total puisque la majorité est louée – dans le rang des Ormes, à Sainte-Eulalie, dans le Centre-du-Québec. Pour eux qui avaient acquis la maison voisine, ce démarrage non apparenté représentait une chance inestimable de déployer pleinement leur passion pour l’agriculture.

« Dans notre création d’entreprise, l’ancien propriétaire, Gaétan Prince, a vraiment cru en nous, insistent d’emblée Hubert Soucy et Florence Thibodeau. Déjà bio, il élevait des vaches et des veaux et avait un intérêt à voir s’établir une jeune relève. Pour notre part, on a décidé de se lancer dans les grandes cultures en demeurant bio. Ça rejoignait très bien notre vision et M. Prince était prêt à nous aider. »

« On s’était donné cinq ans pour parvenir à ces chiffres, mais on y est arrivés dès l’an un. C’est très satisfaisant, d’autant que nous avions beaucoup à apprendre. » – Florence Thibodeau et Hubert Soucy. Photos : Gracieusetés
« On s’était donné cinq ans pour parvenir à ces chiffres, mais on y est arrivés dès l’an un. C’est très satisfaisant, d’autant que nous avions beaucoup à apprendre. » – Florence Thibodeau et Hubert Soucy. Photos : Gracieusetés

Misant sur des valeurs sûres, le couple sème du soya ainsi que du blé d’automne et de printemps qu’il destine à l’alimentation humaine sur respectivement 50 % et 25 % de la superficie, de même que du maïs-grain pour les animaux sur les 25 % de terres restantes. Un principe de rotation est observé. Dans les champs, deux années de culture de soya sont suivies d’une en blé et d’une autre en maïs-grain.

Une jachère « payante »

« Quand nous avons acheté, nous étions devant des prairies de longue date. En 2020, nous avons opté pour la jachère afin de diminuer la pression des mauvaises herbes. À l’automne, des engrais verts ont été implantés et ce printemps, nous avons constaté que la jachère avait été payante. Sur une parcelle qui n’avait pas été faite, nous avons vu qu’il y avait plus de mauvaises herbes », rapporte Hubert.

Le diplômé en génie agroenvironnemental admet que cette pratique « a coûté cher à faire », mais qu’elle était souhaitable pour partir du bon pied. Pour la première année, le rendement en maïs-grain a été de 8 tonnes à l’hectare. Le soya et le blé ont quant à eux atteint chacun 2,5 tonnes à l’hectare. La récolte a été supérieure aux estimations qui figuraient au départ dans le plan d’affaires de la Ferme Flobert.

« On s’était donné cinq ans pour parvenir à ces chiffres, mais on y est arrivés dès l’an un. C’est très satisfaisant, d’autant que nous avions beaucoup à apprendre. Il a fallu semer les superficies, assimiler correctement les méthodes de sarclage, effectuer les opérations au moment opportun, ajuster l’équipement… Le secret a été de se renseigner, de réseauter et de bien s’entourer », témoigne le couple.

Le couple cultive 142 hectares de terres, dont 32 leur appartiennent.
Le couple cultive 142 hectares de terres, dont 32 leur appartiennent.

Bien encadrés et bien équipés

Si les Soucy-Thibodeau profitent des connaissances du cédant, ils sont en outre encadrés par des spécialistes afin d’éviter de commettre des erreurs coûteuses. Un agronome du Centre d’expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité les accompagne. Autrement, ils sont conscients que leurs terres auront besoin de drainage et de nivellement et qu’il leur faudra aussi creuser des fossés.

« Heureusement, on a bénéficié également de nombreuses subventions liées à la relève et à la culture bio, ajoute Florence, agroéconomiste de formation. On partait de zéro et le biologique, ça requiert plus d’équipement. Nos cinq silos, comme la plupart des achats que nous avons faits, sont usagés. Nous louons la machinerie et exécutons les travaux nous-mêmes, sauf le battage qui, lui, est donné à forfait. »

Et pour la suite?

Pour l’instant, les propriétaires de la Ferme Flobert se concentrent sur les cultures qui fonctionnent bien. Ils visent cependant à devenir un peu moins conservateurs avec le temps en expérimentant certaines pratiques, par exemple semer du soya sur du seigle roulé. Éventuellement, le couple veut implanter divers engrais verts, essayer des mélanges, de l’équipement inédit et de nouvelles dates pour semer. 

« Les cultures émergentes, ce n’est pas pour tout de suite, mais dès l’été prochain, on va engager un stagiaire, note Hubert. Parmi les autres projets, on souhaite bien sûr optimiser les rendements, cultiver des superficies additionnelles et améliorer la mise en marché. Dans ce dernier cas, je suis conscient que j’ai besoin d’acquérir des notions pour savoir qui aller voir et comment faire pour avoir un meilleur prix. »

À l’exception du battage, les nouveaux propriétaires louent la machinerie et exécutent les travaux eux-mêmes.
À l’exception du battage, les nouveaux propriétaires louent la machinerie et exécutent les travaux eux-mêmes.

Le défi de la gestion du temps

Si Hubert Soucy et Florence Thibodeau misent sur des forces complémentaires dans leur nouvelle aventure, ils partagent la même vision de la conciliation travail-famille. Avec deux enfants – Clara, 3 ans et demi, et Laurent, 2 ans – et un troisième en route pour le mois d’avril, les choix qu’ils ont faits sont teintés de cette réalité. Ils ont entre autres à cœur de se garder du temps en dehors des tâches de la ferme.

« Nous avons opté pour les grandes cultures en partie pour des raisons familiales. La charge de travail nous permettait aussi de démarrer en conservant nos emplois à l’extérieur, ajoute Hubert. Florence a d’ailleurs toujours son poste à 100 %. De mon côté, je suis salarié à 100 % l’hiver et à 50 % l’été. Mais pour que l’entreprise devienne plus performante, je réalise que je devrai vite passer plus de temps ici. »


Cet article a été publié dans l’édition de janvier 2022 de notre cahier Grains.