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Le producteur ovin et agronome Pierre-Luc Lizotte insiste sur l’importance de mener des essais à la ferme pour bien optimiser l’utilisation d’engrais azotés. Photo : Gracieuseté de Pierre-Luc Lizotte

Le producteur ovin et agronome Pierre-Luc Lizotte insiste sur l’importance de mener des essais à la ferme pour bien optimiser l’utilisation d’engrais azotés. Photo : Gracieuseté de Pierre-Luc Lizotte

Végétal : des pistes de solution pour la fertilisation azotée

Avec la guerre en Ukraine et le blocage des exportations provenant de Russie, la pénurie d’engrais de synthèse se fait déjà sentir dans plusieurs régions du monde. Si la situation peut s’avérer préoccupante pour certains producteurs qui dépendent en grande partie de ces fertilisants, elle peut également devenir un point de départ pour développer des stratégies d’optimisation ou de réduction de cette ressource. Deux agronomes partagent avec nous quelques pistes de réflexion.

L’agronome Julie Boisvert constate que la question de l’approvisionnement et du prix des engrais de synthèse devient une préoccupation chez certains producteurs.

L’agronome Julie Boisvert constate que la question de l’approvisionnement et du prix des engrais de synthèse devient une préoccupation chez certains producteurs.

Premier constat : certains agriculteurs disposent d’une certaine latitude pour diminuer leur fertilisation azotée, estime Julie Boisvert, conseillère au Club Agri-Durable, en Montérégie. « Si je regarde ma région, plusieurs ont une marge de manœuvre, particulièrement ceux qui produisent du maïs et qui utilisent des déjections animales, mais qui hésitent à réduire leur utilisation d’engrais azotés parce qu’ils ont de la difficulté à faire confiance à l’apport d’azote provenant des lisiers. » 

D’autres producteurs qui ont une marge de manœuvre sont ceux qui ont des prairies ou des engrais verts dans leur rotation et qui hésitent à réduire leurs apports d’engrais minéraux, ajoute-t-elle. Cela n’est toutefois pas le cas des producteurs de foin de graminées, puisque la plupart du temps, « on tend à leur faire augmenter les fertilisations et non à les réduire pour capter le potentiel de rendement de ces cultures ». 

Producteur ovin et agronome du Bas-Saint-Laurent, Pierre-Luc Lizotte constate que certains producteurs ont freiné leurs achats de fertilisation azotée pour les prairies. « Si la rareté des intrants se poursuit avec le conflit, je pense que les producteurs et les conseillers vont devoir réfléchir à leur façon d’utiliser les engrais azotés. (…) À un moment donné, on atteint un seuil où l’augmentation du rendement par rapport à une dose supplémentaire d’engrais ne couvre pas la dépense. En même temps, on ne veut pas récolter pour rien et on doit répondre à nos objectifs de production », soupèse-t-il. 

Différentes technologies et techniques existent pour optimiser ou réduire l’utilisation d’engrais azotés. Cependant, il faut s’armer de patience avant d’espérer en retirer des bénéfices. « Cela prend minimalement deux ou trois ans pour bien roder une nouvelle technique et en tirer le maximum », prévient Pierre-Luc Lizotte, qui suggère aux producteurs d’aborder la question avec leur conseiller.

L'agronome Julie Boisvert rappelle que plus un sol est vivant, plus il est en santé et plus il est en mesure de fournir des éléments fertilisants “gratuitement” aux cultures.

L’agronome Julie Boisvert rappelle que plus un sol est vivant, plus il est en santé et plus il est en mesure de fournir des éléments fertilisants “gratuitement” aux cultures.

Valoriser les fumiers

De l’avis des deux agronomes, les producteurs auraient intérêt à mieux valoriser leurs fumiers, l’analyse des lisiers étant un outil encore trop peu utilisé. « Souvent, ce sont les valeurs de référence qui sont utilisées dans la rédaction des PAEF [plans agroenvironnementaux de fertilisation]. Pourtant, dans notre régie, plein de facteurs peuvent influencer la teneur en azote ou en phosphore de notre fumier. Même si leur utilisation représente plusieurs défis, je crois qu’il y a des gains à faire à ce niveau », souligne le producteur. 

Pour les cultures exigeantes en azote, Julie Boisvert recommande de faire des tests de réponse à l’azote dans leurs propres conditions « pour mieux comprendre comment se comportent leurs sols et leurs engrais de ferme après des applications de déjections et après la culture d’un engrais vert ou la destruction d’une prairie ».

Application du taux variable

Rien de nouveau ici, mais cette technique qui consiste à définir deux ou trois zones à l’intérieur du champ avec une prescription précise offre la possibilité d’optimiser l’application de l’azote. « On peut en mettre un peu plus dans les zones qui rendent bien et moins dans les zones à rendements plus faibles, précise Pierre-Luc Lizotte. La beauté de cette technique, c’est qu’elle ne requiert pas nécessairement d’équipements coûteux. Il suffit d’avoir un téléphone avec un GPS qui nous donne notre position dans le champ, et de varier la vitesse d’avancement pour régler le taux d’épandage. » 

La santé du sol : un incontournable

Il s’agit un élément crucial à prendre en considération, rappelle l’agronome du Club Agri-Durable. « Plus un sol est vivant, plus il est en santé et plus il est en mesure de fournir des éléments fertilisants “gratuitement” aux cultures, souligne Julie Boisvert. Ça passe par plusieurs éléments comme de bonnes rotations [trois cultures ou plus], des cultures de couverture, des déjections animales, un bon égouttement de surface, un bon drainage et un bon chaulage. » 

Évidemment, améliorer la santé du sol est un travail à long terme, mais un producteur qui introduit des cultures de couverture cet automne verra déjà certains bienfaits l’année suivante, mentionne-t-elle. 

Faire des essais à la ferme

En tant que membre de l’organisme Développement agricole des Basques et participant au réseau Agriclimat, Pierre-Luc Lizotte croit beaucoup en l’importance de mener ses propres travaux à la ferme. « Comme toute entreprise, il faut faire un minimum de recherche et développement pour rester compétitif, insiste-t-il. Oui, ça demande du temps, de l’énergie et de l’argent, mais on peut récolter des données à la ferme pour observer différentes courbes de rendement en fonction des taux d’azote. Il s’agit d’une bonne base à partir de laquelle fonctionner. »

Ce dernier suggère par exemple de faire des essais par bandes avec différents taux en post-levée à un stade v6 ou v8 pour en observer les résultats et possiblement de faire des répétitions dans différentes zones d’un champ. 

« À la ferme, je fais beaucoup d’expérimentations, notamment avec les différentes sources d’engrais azotés. On voit que le comportement de certains fertilisants varie selon la météo ou le moment de la saison, d’où l’intérêt de faire ses propres observations »,
souligne M. Lizotte.


Ce texte a été publié dans l’édition de juillet 2022 de L’UtiliTerre.