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« Lorsqu’on travaille avec des outils à disques, il faut faire attention aux risques de formation de croûtes de battance et d’érosion du sol qui peut entraîner le ruissellement des particules fines », prévient Vincent Lamarre, qui suggère pour éviter ce phénomène de réduire la vitesse d’avancement du tracteur, la profondeur du travail et l’angle d’agressivité des disques. Photo : Gracieuseté de JLD Laguë

« Lorsqu’on travaille avec des outils à disques, il faut faire attention aux risques de formation de croûtes de battance et d’érosion du sol qui peut entraîner le ruissellement des particules fines », prévient Vincent Lamarre, qui suggère pour éviter ce phénomène de réduire la vitesse d’avancement du tracteur, la profondeur du travail et l’angle d’agressivité des disques. Photo : Gracieuseté de JLD Laguë

L'importance de comprendre le fonctionnement d’un outil

Pour Vincent Lamarre, spécialiste de l’interaction entre le sol et la machine, il n’existe pas de mauvais outils, mais plutôt des outils au mauvais endroit. « Soit le producteur n’a pas choisi le bon ou il l’a mal ajusté en fonction de ce qu’il veut obtenir », précise le professeur-chercheur à l’Institut de technologie agroalimentaire Québec (ITAQ), campus de La Pocatière.

L’ingénieur agronome explique qu’il est difficile d’anticiper la performance d’un outil d’un sol à l’autre. « Il n’y a pas de règles absolues. Un outil va offrir un résultat dans un type de sol, mais un autre dans un sol de texture différente. Et même pour la texture, on va obtenir des résultats différents selon la structure du sol. »

Néanmoins, ajoute Vincent Lamarre, les résultats provoqués par le contact des pièces sur le sol sont prévisibles et documentés depuis des lustres. « Une dent, ça reste une famille de pièces et le disque, c’est une autre famille. Les deux travaillent différemment. Quand je conseille les producteurs, je veux bien leur faire comprendre le principe d’action d’une dent versus les familles de disques [plats, concaves et ondulés]. Avec ça, ils sont capables d’anticiper les résultats que ça va donner. »

Une machine équipée de dents aura pour effet de fissurer et d’éclater le sol à son contact.  Les dents feront monter les particules grossières en surface pour laisser en dessous un mélange  de terre fine et de petites mottes. Photo : Gracieuseté de Grégoire Besson

Une machine équipée de dents aura pour effet de fissurer et d’éclater le sol à son contact. Les dents feront monter les particules grossières en surface pour laisser en dessous un mélange de terre fine et de petites mottes. Photo : Gracieuseté de Grégoire Besson

Dents versus disques

Une machine équipée de dents aura pour effet de fissurer et d’éclater le sol à son contact. « L’onde de choc sera plus ou moins importante selon l’effet dynamique de la vitesse, soit celle du tracteur en déplacement ou la rotation d’une pièce comme une herse rotative, par exemple », souligne l’agronome.

Les dents feront monter les particules grossières en surface pour laisser en dessous un mélange de terre fine et de petites mottes. « C’est important d’ajuster sa vitesse en fonction du sol dont on aura besoin. Plus ça va rapidement, plus le choc est important et plus le sol va se fracturer en particules. » Le degré d’émiettement sera également influencé par le type de dents utilisé et son nombre.

Les disques, quant à eux, découpent puis mélangent le sol et les résidus. « Les disques concaves, par exemple, vont pulvériser et broyer le sol en faisant remonter les particules fines en surface. Ici, il faut faire attention aux risques de formation de croûtes de battance et d’érosion du sol qui peut entraîner le ruissellement des particules fines », prévient Vincent Lamarre, qui suggère pour éviter ce phénomène de réduire la vitesse d’avancement du tracteur, la profondeur du travail et l’angle d’agressivité des disques.

« Dans un travail du sol à l’automne avec des disques, on va limiter la vitesse de passage pour avoir un sol le plus grossier possible parce qu’un sol trop émietté devient vulnérable pour passer l’hiver. Au printemps, on va augmenter nos vitesses parce qu’on va chercher un sol plus émietté en prévision des semis. Avec les disques, il faut toujours agir avec prudence », recommande le professeur-­chercheur à l’ITAQ.

Dans la perspective d’un travail réduit ou minimum, il suggère d’ailleurs de privilégier un outil à dents. « La dent fracture le sol, crée une meilleure aération en laissant un sol plus grossier et non affiné comparé aux disques qui broient et pulvérisent les sols. Il n’existe pas de disques qui limitent la dégradation du sol. »

Les rouleaux ont la particularité d’émietter le sol en surface et d’améliorer la gestion de l’eau. Photo : Sylvain Joubert/TCN

Les rouleaux ont la particularité d’émietter le sol en surface et d’améliorer la gestion de l’eau. Photo : Sylvain Joubert/TCN

Quelques outils optionnels

Pour préparer le lit de semence, d’autres outils peuvent être greffés à la machinerie. Sur une déchaumeuse à disques, par exemple, on peut installer des écrans qui vont faire éclater le sol de façon plus ou moins importante selon le degré d’agressivité d’angle qu’on leur donnera.

Les peignes, quant à eux, trient les particules de sol. « Ils font l’action d’une petite dent en faisant remonter les particules grossières en surface. C’est utile pour préparer le lit de semence parce qu’on a besoin d’agrégats en surface et des particules fines en bas où on va déposer la semence », explique l’ingénieur agronome en ajoutant que les peignes ne devraient pas être utilisés à l’automne.

Enfin, les rouleaux ont la particularité d’émietter le sol en surface et d’améliorer la gestion de l’eau. « Avec un printemps sec, les rouleaux vont permettre de limiter l’évaporation de l’eau et en cas de pluie, l’eau va pouvoir s’infiltrer dans les zones tendres du sol », souligne Vincent Lamarre.

En raffermissant le sol sans toutefois le compacter, les rouleaux vont aussi avoir pour effet d’enlever les poches d’air qu’on pourrait avoir autour de la semence. « Si on a des poches d’air, on n’obtient pas un contact sol-semence optimum. Le transfert d’humidité sera plus lent et ça va faire une levée moins uniforme. »

Actualisation des coûts en 2022

Pour ce qui est du coût du travail du sol, le principe demeure toujours le même. « Un travail conventionnel coûtera toujours plus cher que le travail réduit ou le semis direct, qui sont évidemment moins onéreux », indique le spécialiste. Les dernières données à ce sujet du Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ) datent de 2018 et son équipe des Références économiques planche présentement sur le recensement des prix des machines en 2022. Le dévoilement des résultats est prévu au cours de la présente année.

À ce sujet, lorsque vient le temps d’acheter un nouvel équipement pour travailler son sol, Vincent Lamarre suggère toujours de faire préalablement des tests dans les champs ou de discuter avec d’autres ­producteurs qui cultivent sur des sols similaires.

« Les fabricants de machinerie renouvellent leurs outils en apportant des changements techniques, en ajoutant des pièces, en changeant les dimensions, mais toutes ces nouveautés ne viennent pas modifier la nature même des dents et des disques et leurs effets sur le sol. Plutôt que se référer à la marque et au modèle, se demander si on doit acheter un outil bleu, rouge ou vert, le producteur doit revenir à la base et comprendre le principe de l’interaction sol-machine, c’est-à-dire de l’action des pièces sur le sol », conclut Vincent Lamarre.


Les critères de choix d’un outil : dents ou disques?

• Système cultural (conventionnel, réduit ou semis direct)
• Type de régie (ex. : conventionnelle ou biologique)
• Texture et structure du sol
• Culture à implanter

 

Selon Vincent Lamarre, un outil à dents fracture le sol et crée une meilleure aération en laissant un sol plus grossier et non affairé.
Avec un outils à disques, au printemps, Vincent Lamarre suggère d’augmenter la vitesse de passage pour obtenir un sol plus émietté en prévision des semis.